Aujourd’hui, ce sont les vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui nous quittent à leur tour.

Au-delà du devoir, le défi de mémoire

ÉDITORIAL / Depuis quelques années, le Jour du souvenir prend un sens tout particulier alors que les Canadiens sont appelés à souligner un siècle passé depuis la Première Guerre mondiale. Ces commémorations seront de plus en plus difficiles à faire compte tenu de la distance qui nous sépare de ces événements marquants de notre histoire, et de notre histoire militaire en particulier.

En 2014, nous commémorions le centenaire du déclenchement de cette guerre, avec l’assassinat du prince Franz Ferdinand, à Sarajevo. En 2017, c’est la sanglante bataille de Passchendaele, en sol de Belgique, qui avait lieu il y a exactement 100 ans. Dans l’assaut de nos ancêtres pour prendre le promontoire de Passchendaele, 4000 Canadiens sont morts et 12 000 ont été blessés. 

Cela faisait plus de trois mois que les Britanniques, Australiens et Néo-zélandais combattaient dans la région. C’était particulièrement difficile compte tenu du terrain : là, les sols sont détrempés à l’année et les digues qui les avaient asséchés avaient été tour à tour détruites par trois années de combats. La pluie d’automne rend le terrain boueux. Même les chars d’assaut s’enfoncent et les soldats alliés sont exposés aux tirs des Allemands qui ont eu le temps d’ériger des murets de béton derrière lesquels ils arrosent leurs ennemis de tirs nourris. Au printemps 2017, les Canadiens avaient remporté la bataille de la crête de Vimy, considérée comme sa première grande victoire militaire. Forts de cette réputation nouvelle, ils sont envoyés à Passchendaele ; là aussi ils vaincront... même si le gain sera de courte durée. Quelques mois plus tard, le village retombe aux mains des Allemands.

Un siècle donc. Il ne reste évidemment plus de témoins vivants, nous devons nous fier sur le patrimoine qu’ils ont laissé derrière eux pour mesurer l’effort de cette bataille et de façon plus générale, de toute la Première Guerre mondiale. 

Aujourd’hui, ce sont les vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui nous quittent à leur tour. 

Comment émouvoir les générations nouvelles lorsque ceux qui ont vécu ces leçons du passé ne sont plus là pour nous les transmettre ? Comment établir un lien avec la Génération X, Y ou peu importe la lettre qu’on lui donne, en leur rappelant que leurs arrières-grands-pères y ont laissé leur vie... eux qui ont peine à établir des liens significatifs avec leurs grands-parents ? La technologie dont ils sont des adeptes, voire à bien des égards des esclaves, sert déjà bien mais jusqu’à quel point remplace-t-elle le contact direct avec les acteurs ?

Pour le ministère des Anciens combattants, pour les muséologues, il y a là un défi encore plus grand pour soutenir notre devoir de mémoire.

Dans leur tâche, ils ont tout de même de nouveaux alliés. Entre 2001 et 2014, la guerre en Afghanistan a impliqué plus de 40 000 soldats canadiens, et 158 y sont morts. Ceux qui sont revenus souffrent de « nouveaux » maux, comme le stress post-traumatique, qui n’est peut-être qu’une manière nouvelle de qualifier le « shell shock » de nos aïeux. Des douleurs souvent invisibles mais pas moins réelles. 

En 2017, un siècle après Passchendaele, Vimy et Yprès, le risque est bien réel de passer dans une ère d’oubli collectif. De profondes tensions internationales existent toujours et il ne faut pas croire que nous sommes automatiquement immunisés contre les déboires du passé. 

La preuve, c’est que la génération qui a suivi la Première Guerre mondiale a succombé au piège de la Seconde...