Dominique Anglade

Anglade, première à sortir des blocs

ÉDITORIAL / Ainsi, Dominique Anglade est la première candidate à la direction du Parti libéral du Québec. La nouvelle arrive très tôt dans le processus de sélection d’un nouveau chef, qui se concrétisera en 2020.

Mme Anglade se présente avec de longs états de service professionnels : elle est ingénieure de formation et elle a œuvré pour quelques employeurs avant de passer en politique active en 2012, lorsqu’elle devient présidente de la Coalition avenir Québec. Mais après 18 mois et une défaite électorale dans la circonscription de Fabre, elle passe au Parti libéral. Elle séjourne pendant trois années dans le gouvernement de Philippe Couillard, élue lors d’une élection partielle à la suite de la démission de Marguerite Blais, qui a démissionné après le décès de son mari.

Mme Anglade accède au cabinet en janvier 2016 à la suite de la rétrogradation du ministre de l’Économie Jacques Daoust, puis devient vice-première ministre en 2017.

Elle a connu une progression fulgurante, basée sur ses qualités professionnelles et personnelles. Intelligente et articulée, son sourire ne la fait reculer devant aucun défi. Elle est vite devenue une pièce maîtresse du gouvernement.

Réélue dans la circonscription de Saint-Henri-Sainte-Anne, dans les quartiers pauvres de Montréal, elle ne peut empêcher la déconfiture de son parti aux élections d’octobre 2018. Seule une poignée d’élus libéraux ont survécu, principalement sur l’île de Montréal. Les raisons de la défaite sont nombreuses, mais l’absence d’un message aux électeurs francophones du Québec a porté négativement.

« Je pense qu’on a manqué d’écoute », explique Mme Anglade. C’est pourquoi elle dit qu’elle ira à la rencontre des électeurs, ce qui est toujours un bon plan d’action. Écouter la population enseigne toujours des leçons lourdes de sens. Chose certaine, le Parti libéral doit reprendre contact avec les électeurs francophones desquels il a pris ses distances au fil des années. Le fossé qui existe sur la question de la laïcité, qui est loi maintenant, l’illustre bien. Mme Anglade, comme tous ses futurs opposants dans cette course, doivent reconnecter avec les francophones. Le ou la gagnante devra redéfinir la laïcité à la libérale : revenir au compromis de la commission Bouchard-Taylor ou ne rien toucher ? Cela fera plus de trois ans que cette loi aura été promulguée lors des élections de l’automne 2022. Il reste à voir combien les Québécois l’auront acceptée, et combien elle aura été atteinte par des contestations juridiques.

Une chose est sûre, le Parti libéral demeurera toujours attaché aux valeurs de tolérance et d’ouverture, où francophones et anglophones se sentent les bienvenus. Mais comment être cela et se rapprocher des francophones ? C’est l’une des réponses que cette course à la direction devrait nous fournir.

Originaire de Haïti, Dominique Anglade est une femme noire habituée des premières. Elle a été la première de son ethnie à accéder à un conseil des ministres au Canada. Elle est la première femme à tenter sa chance dans une course à la direction du Parti libéral du Québec. Elle ne sera probablement pas la seule : Marwah Rizqy, nouvelle députée de Saint-Laurent, est la cible de plusieurs rumeurs.

Entourée d’élus libéraux, Mme Anglade a lancé sa campagne en Mauricie. Signe qu’elle désire se rapprocher des régions ? Sans doute. Mais il faudra plus que des gestes symboliques comme celui-là pour s’illustrer.

La course est déjà entamée. Elle sera longue. La première à s’aligner au fil de départ n’est nullement garantie de l’emporter. Mais cela lui donnera le temps de bien se positionner.