L’appel pour changer la toponymie de la rue Amherst a été relancé en fin de semaine par Jean-Paul Perreault, du mouvement Impératif français.

Amherst : il est peut-être temps

ÉDITORIAL / Montréal a décidé d’enterrer une fois pour toutes le général britannique Jeffery Amherst. Son nom, d’illustre mémoire, a été biffé de l’avenir de la métropole au bénéfice d’un nom autochtone, Atateken, qui signifie « frères et sœurs » en langue mohawk. La mairesse Valérie Plante a profité de la Journée nationale des peuples autochtones, vendredi, pour annoncer la décision qui avait été prise originalement par son prédécesseur, Denis Coderre, en 2017.

Chose certaine, ce vocable est plus fédérateur que celui de M. Amherst, blâmé pour la première guerre bactériologique alors qu’il aurait offert des couvertures infestées par la variole aux autochtones, qu’il voulait éradiquer.

Maintenant, que fera Gatineau ? 

Car il y a aussi une rue Amherst dans le secteur du Vieux-Hull, comme ailleurs au pays.

L’appel a été relancé en fin de semaine par Jean-Paul Perreault, du mouvement Impératif français.

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Comme il l’avait fait en 2010, lors d’un premier mouvement en ce sens. 

À l’époque, il avait milité pour que le nom de l’auteur autochtone Bernard Assiniwi remplace celui de M. Amherst. 

Après quelques mois, le conseil municipal de Gatineau avait clos le dossier en refusant. 

Cinq élus avaient néanmoins voté en faveur, dont Maxime Pedneaud-Jobin, entretemps devenu maire de Gatineau, en 2013. 

Le verdict pourrait-il changer cette fois ?

Peut-être bien. 

Pour cela, il faudrait passer outre le ton revanchard de M. Perreault qui a parlé d’un conseil « toujours en retard et peureux » à propos de ce « criminel » qu’est Jeffery Amherst.

Rien n’avance avec un tel langage, au contraire. 

Il ne fait que fixer les positions traditionnelles.

Pourtant, le conseil municipal a changé à Gatineau et une des preuves est survenue en 2015 lorsqu’il a effacé les noms des Philipp Lenard et Alexis Carrel. 

Le premier, prix Nobel de physique, avait des sympathies avec le régime d’Adolf Hitler, en Allemagne, et le second était partisan de l’extermination des handicapés. 

C’est la preuve que les élus de Gatineau ne sont pas les mêmes qu’en 2011. 

Certains ne sont plus là, la réflexion de certains autres peut avoir évolué. 

Le verdict sur la controverse de M. Amherst pourrait se solder par un vote tout à fait différent d’il y a presque 10 ans.

Ce serait bien si quelques résidants de la rue Amherst, à Gatineau, s’impliquaient dans le mouvement pour bannir le nom du titulaire. 

Mais à défaut, il ne faut pas que la Ville de Gatineau s’empêche de prendre ses responsabilités. 

Il est des débats où les pouvoirs municipaux peuvent s’exercer sans qu’il n’y ait un quelconque pouvoir citoyen derrière. 

C’est d’ailleurs l’exemple de la Ville d’Ottawa, où il existe un « croissant Amherst » dans le secteur Barrhaven. 

Ottawa a confirmé à Radio-Canada qu’elle consulterait la population et adopterait une politique concernant les noms commémoratifs. Il faudra 18 mois pour éclaircir la question. 

Cela laissera la poussière retomber un peu et permettra aux plus impatients, comme M. Perreault, de soupeser le vrai du faux dans toute cette affaire.

Cela fait une quinzaine d’années que le nom du général Jeffery Amherst fait problème au Québec. 

Aucune voix ne s’est fait entendre pour sa défense, hormis les forces du statu quo. 

Il est peut-être temps d’y voir. 

Mais il ne faut pas adopter une résolution à la hâte. 

L’idée est justement d’éviter de tomber dans le piège de l’empressement et des décisions mal avisées. 

Quand on réécrit l’histoire, on n’a pas de deuxième chance.