La mort d'Athena Gervais a relancé le débat sur l’accessibilité des boissons hyper sucrées et alcoolisées pour les jeunes, comme la FCKD UP.

Alcool: nécessaire prévention

ÉDITORIAL / Le décès de la jeune Athena Gervais, à 14 ans, a ému et choqué le Québec. Assez pour inciter les élus à instaurer des mesures de prévention plus fortes pour éviter que la vie d’autres jeunes et adultes prennent fin abruptement à cause de l’alcool? L’étude du projet de loi 170 qui commence aujourd’hui en commission parlementaire indiquera rapidement si le commerce a plus d’importance que la protection de la vie et de la santé publique.

Éduc’alcool, qui sera le premier organisme à faire part de ses commentaires aux parlementaires, soulève dans son mémoire qu’à «deux exceptions près, tout ce qui pourrait concerner la prévention ne se retrouve pas dans le projet de loi, mais est référé à de possibles règlements à venir».

Le titre du projet de loi 170 est clair: Loi modernisant le régime juridique applicable aux permis d’alcool et modifiant diverses dispositions législatives en matière de boissons alcooliques. Pour Éduc’alcool, le but du gouvernement est de réduire au maximum les exigences envers l’industrie. Le reste est dilué. 

Si des ajustements s’imposent forcément après des années d’application d’une loi ou d’une réglementation, la prévention doit aussi être revue et renforcée au besoin. D’où l’importance que les élus portent une grande attention à ceux qui se préoccupent de la santé et de la sécurité des Québécois et non seulement à ceux qui brassent des affaires.

Éduc’alcool insiste notamment sur l’instauration d’un prix minimal pour toutes les boissons alcooliques, ainsi que sur une formation obligatoire pour tous les serveurs. 

Dans l’avis scientifique «Intoxications aiguës à l’alcool et boissons sucrées alcoolisées», l’Institut national de santé publique du Québec signalait récemment qu’un comité d’experts avait déterminé en 2017 qu’aucun alcool vendu pour consommation à domicile ne devrait être offert en deça de 1,71 $ par verre d’alcool standard. En examinant en début d’année une trentaine de boissons à forte teneur  en sucre et alcool vendues au Québec, l’Institut avait constaté que le prix de celles-ci variait entre 0,74 $ et 1,65 $. 

Or, les jeunes, mais aussi les grands consommateurs d’alcool et les personnes aux prises avec une dépendance sont les individus les plus sensibles au prix des boissons alcoolisées. Selon l’Organisation mondiale de la santé, limiter l’accessibilité économique aux produits en maintenant des prix de vente élevés fait partie «des interventions les plus urgentes, les plus efficaces et les moins coûteuses pour assurer la santé de la population», rappelle l’Institut national de santé publique.

Au Québec, un prix minimal est fixé pour la bière mais non pour les autres boissons alcoolisées. Pourtant, au Canada, seuls le Québec et l’Alberta s’abstiennent de déterminer un prix minimal sur toutes les boissons alcoolisées vendues en magasins ou dans les bars et restaurants. Des pays européens ont également opté pour cette mesure de prévention. Québec devrait faire de même et suivre l’avis de la Santé publique. 

Le gouvernement ne devrait pas hésiter non plus à suivre l’exemple d’autres provinces et exiger que les serveurs suivent une formation unique sur les facultés affaiblies par l’alcool (un cours de deux heures environ sur le Web), pour éviter qu’un client s’intoxique ou conduise en état d’ébriété à la sortie du bar ou du resto. D’autres législations le font. Éduc’alcool cite le cas de l’Oregon où la formation des serveurs des établissements licenciés a permis de réduire de près du quart le nombre d’accidents mortels.

Pourquoi le Québec devrait-il se priver de mesures qui permettraient de réduire le nombre d’intoxications, de blessures ou de décès liés à l’alcool?