Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann
La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann

Aide médicale à mourir : prudence !

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir demeure un sujet éminemment délicat. La question a fait l’objet d’un consensus au Québec depuis l’adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie, en 2014. Le principe s’applique que dans les cas où une personne souffre d’une maladie incurable, et présente des souffrances exceptionnelles. La personne doit être en fin de vie pour la demander.

Il semble que ce consensus social soit prêt à être élargi quelque peu, à la suite d’une décision de la Cour supérieure du Québec qui a déclaré inconstitutionnel le critère de « fin de vie » dans l’aide médicale à mourir. Ce nouvel alinéa permettrait aux personnes qui souffrent de maladies dégénératives et incurables, mais dont le décès n’est pas imminent, de prévaloir de l’aide médicale à mourir. Les cas des malades Nicole Gladu et Jean Truchon ont touché la cour au point où elle a prévu l’élargissement de l’euthanasie québécoise. L’entrée en vigueur doit être à la mi-mars.

Mais voilà que parmi les cas nouvellement admissibles se trouvaient également ceux relevant de la maladie mentale.

La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann, a tenu une journée de consultations publiques, la semaine dernière, mais ce n’est nettement pas suffisant. Il en faudrait une semaine, au moins, pour bien faire le tour de la question. Et ça, ce n’est que pour une commission parlementaire n’impliquant que les élus de l’Assemblée nationale. Il faut davantage.

Les premiers critères de l’aide médicale à mourir étaient très restrictifs : souffrance exceptionnelle, maladie incurable, fin de vie. On s’apprête à biffer la notion de fin de vie pour ne conserver que les deux premiers. Après plus de quatre années de pratique, la cour nous impose un réexamen de la Loi concernant les soins de fin de vie. Nous sommes mûrs pour cela. Le compromis amené par les Nicole Gladu et Jean Truchon de ce monde, celui qui élimine la notion de fin de vie, nous semble acceptable.

Mais l’élargir aussi aux cas de maladie mentale ? Cela apparaît comme un bien grand pas que la société québécoise est prête à discuter, mais pas à adopter de but en blanc. D’ailleurs, qu’est-ce que la maladie mentale ? Des personnes souffrant de l’Alzheimer ? De la schizophrénie ? De dépression chronique ? Ces malades sont-ils en mesure d’évaluer leur propre état et de demander l’aide médicale à mourir ? Rappelons que les personnes qui en ont fait la requête, jusqu’ici, étaient saines d’esprit, en pleine possession de leurs moyens. 

Il serait envisageable d’inclure les cas de maladie mentale dans la mesure où il peut être prouvé que lorsque la personne a fait sa demande d’aide médicale à mourir, elle était pleinement lucide. Mais la démonstration doit être nette et franche.

Ces cas sont limites et interpellent les Québécois. C’est ce qu’a réalisé Mme McCann qui, dans un élan bienvenu de transparence, s’est rangée du côté de davantage de consultations, plutôt que moins. Elle a avancé que le gouvernement prendra « autant de temps que nécessaire pour arriver à un consensus social ». Les échanges avec les élus et avec la population seront « élargis, complets », transpartisans et bien plus poussés que ce qui était prévu. L’objectif est d’aboutir avec « un consensus social ». 

Voilà des paroles rassurantes sur une question hautement déchirante pour les Québécois, et les Canadiens tout autant. Il importe de la traiter avec le même calme et la même introspection qui a marqué la préparation de la Loi concernant les soins de fin de vie.