À date fixe?

De toute évidence, Pauline Marois ne se souvient pas de ce qu'elle a fait il y a huit mois...
En juin 2013, ce n'est pourtant pas loin dans le temps, son gouvernement du Parti québécois adoptait un grand projet de loi fixant au 3 octobre 2016 la date des prochaines élections au Québec, et à tous les quatre ans par la suite. Il s'agissait d'un engagement électoral du PQ et tous les partis représentés à l'Assemblée nationale l'ont endossé.
Évidemment, il s'agissait d'une date de principe puisque cela ne peut tenir compte des gouvernements minoritaires qui peuvent tomber à tout moment.
C'est donc dire que ce sont les partis d'opposition qui, en quelque sorte, décident de la date des élections puisque leur action conjointe peut redémarrer une campagne électorale.
Mme Marois semble faire fi de cette loi qu'elle et son parti ont eux-mêmes mis de l'avant alors que des rumeurs d'élections au Québec se sont subitement accélérées, hier. En marge d'une réunion du caucus du Parti québécois à Shawinigan, aucun élu du PQ n'a cru bon de rappeler cette loi.
De toute évidence, le parti au pouvoir est trop obnubilé par la perspective de pouvoir remporter une autre élection pour s'embêter des beaux principes qu'il mettait de l'avant il y a quelques mois à peine. Il s'agit d'une triste constatation qui ne fera que nourrir le cynisme de la population. Ils sont trop nombreux à croire que les politiciens ne sont là que pour servir leurs propres intérêts, ce qui n'est évidemment pas vrai pour la très vaste majorité des élus.
Cette propension à se servir des élections à des fins partisanes n'est pas nouvelle. En fait, jusqu'à l'adoption du projet de loi 3, en juin dernier, cela avait été le lot de tous les partis politiques au Québec dans l'histoire.
Mais les Québécois pouvaient légitimement croire que le bien avait enfin triomphé des intérêts partisans. Le Québec a peut-être été l'une des dernières provinces à adopter le principe des élections à date fixe - il ne reste plus que la Nouvelle-Écosse -, la population avait pu croire que cette adoption à l'unanimité signifiait l'arrivée d'une maturité politique qui tranchait avec le passé.
Malheureusement, cela ne semble plus être le cas.
À la première occasion, le gouvernement sortant est prêt à mettre ses principes de côté dans l'espoir de se débarrasser de son statut minoritaire à l'Assemblée nationale. Une majorité de sièges paraît accessible à la lecture de sondages et voilà les vieux réflexes partisans qui prennent le dessus.
Évidemment, outre les sondages, le parti au pouvoir pense que l'actualité politique lui offre présentement une occasion intéressante de devenir majoritaire.
Le projet de loi sur la charte de la laïcité semble dégager l'appui majoritaire chez les Québécois francophones. Toutes les représentations à l'effet que l'on bafouerait ainsi les droits fondamentaux des citoyens qui tiennent encore à une forme de pratique religieuse qui leur appartient sont restées lettre morte.
L'autre élément est la présentation d'un budget qui devrait confirmer un déficit de 2,5 milliards$ pendant que l'économie ralentit. Ce budget, nous en connaissons d'ailleurs déjà plusieurs éléments alors que les ministres du PQ multiplient les annonces d'investissements depuis quelques semaines, la plus marquante étant l'appui à une cimenterie en Gaspésie. Ces annonces ne sont pas mauvaises en soi; elles indiquent au moins que le gouvernement Marois ne craint pas d'utiliser les outils à sa disposition pour stimuler une économie chancelante. Cette stratégie politique se tient tout autant que celle des libéraux qui avaient tellement misé sur leur Plan nord, à l'époque de Jean Charest.
Les Québécois pourraient être appelés aux urnes en avril. Les prochaines semaines seront déterminantes et confirmeront peut-être la proximité d'une élection. Une chose est sûre: elles marqueront aussi la fin, pour ceux qui espéraient encore, d'une illusion que ce gouvernement croyait réellement au principe des élections à date fixe.