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Pierre Jury

Trump sur sa planète

ÉDITORIAL / Il y a un tel fossé entre le discours des élus du Canada et celui de Donald Trump qu’on se demande bien qui a raison.

D’un côté, des premiers ministres qui, comme celui du Québec François Legault, rappelle que nous ne sommes pas sortis de l’auberge et qu’il faut redoubler de précautions si l’on ne veut pas que la pandémie de la COVID-19 se propage de manière incontrôlée. Le message de M. Legault est à peu près identique à celui de son homologue fédéral Justin Trudeau, et à celui de tous les premiers ministres des provinces. Même Doug Ford, que l’on a accusé, peu après son élection, d’être une version édulcorée de Donald Trump.

Pierre Jury

Retrait des Jeux olympiques: le Canada, un pionnier

ÉDITORIAL / Le Canada n’ira pas aux Jeux olympiques de Tokyo, s’ils ont toujours lieu cet été. Ainsi en a décidé le Comité olympique canadien, dimanche. L’Australie a suivi la décision controversée du Canada, lundi.

La raison ? Le coronavirus, bien sûr, qui remet en question tout sur son passage. Même si ces Jeux ne devaient pas s’ouvrir avant le 24 juillet, il y avait toute une période préalable qui était remise en question à cause de la COVID-19: essais olympiques, championnats nationaux, camps d’entraînement, etc. Tous ceux-là étaient aussi dans les airs et s’avéraient même plus en danger que les Jeux olympiques eux-mêmes. Car si on pouvait considérer que le virus mortel serait chose du passé dans les quatre mois qui nous séparent de la cérémonie d’ouverture, c’était une tout autre affaire des camps d’essais et des compétitions.

Pierre Jury

L’impossibilité des courses électorales

ÉDITORIAL / Les trois partis qui se retrouvent en pleine course à la direction doivent y mettre fin immédiatement, tout simplement parce que personne n’a la tête à ça.

Le Québec, le Canada et toute la planète sont aux prises avec la pandémie de COVID-19. Alors que le monde entier est impliqué dans l’un des grands défis de son histoire, ce n’est pas le temps d’ergoter sur lequel de deux, quatre ou six candidats feraient le mieux l’affaire.

Pierre Jury

COVID-19: un premier plan d’aide du fédéral

ÉDITORIAL / Le gouvernement fédéral a dégainé son artillerie lourde, mercredi, dans le but d’aider les Canadiens à passer à travers la crise du coronavirus, ainsi les entreprises à naviguer jusqu’au lendemain. La somme de l’aide totalise 82 milliards $… et ce n’est qu’un premier pas !

Il restera, pour le fédéral, à annoncer un plan d’aide pour les industries de l’aviation, principalement, et pour tous les transports, au sens le plus large, ainsi qu’un programme pour venir à la rescousse de l’industrie pétrolière. Celle-ci, comme si le COVID-19 ne suffisait pas, est la victime d’une guerre de mots entre l’Arabie saoudite et la Russie. Ces pays sont impliqués dans une querelle de prix et de capacité d’extraction, ce qui a pour effet de faire chuter les cours du baril et d’éloigner d’autant les perspectives de profit pour les entreprises albertaines. Ils ont chuté d’environ 60 $ US à moins de 35 $ US, alors qu’ils jouaient dans la fourchette de 75 à 85 $ US il n’y a pas si longtemps. Le rêve d’un baril à 200 $ US qui provoquerait bien des changements de comportement chez les usagers est bien loin !

Pierre Jury

Un second budget social-démocrate

ÉDITORIAL / L’an passé, le gouvernement de la Coalition avenir Québec se révélait plus social-démocrate que de centre droit, l’endroit sur l’échiquier politique que l’on associait au parti de François Legault. Pour son second budget, il clame rebelote en investissant bien plus que l’augmentation des revenus.

Les déboursés de l’État québécois seront haussés de 5,1 % alors que les revenus ne croissent «que» de 2,8 %. Cela laisse donc transparaître un gouvernement plus dépensier que celui auquel les Québécois étaient en droit de s’attendre.

Les environnementalistes et Québec solidaire espéraient avoir convaincu le premier ministre Legault et son cabinet d’investir massivement pour des mesures environnementales majeures. De fait, la CAQ mise sur un réseau de transport en commun à la grandeur du Québec (Chambly, Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec). Et des mesures d’aide à l’achat de véhicules électriques se poursuivront, à défaut d’être bonifiées. Le gouvernement y va, mais timidement, ce qui fait dire à la leader Manon Massé que nous sommes devant «un budget d’écoblanchiment comptable». 

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On aurait pu croire que le coronavirus l’aurait ralenti légèrement: si la menace est aujourd’hui planétaire, le Québec est encore pas mal à l’abri. Le gouvernement a choisi de poursuivre les mesures mises en place dans son budget de 2019 plutôt que de virer la baraque à l’envers. Les foyers du COVID-19 se sont déplacés de la Chine vers l’Italie et l’Iran, un peu la France, mais d’immenses régions, comme l’Amérique du Sud et l’Afrique, en sont généralement isolées. Rien dans le budget du ministre Éric Girard ne témoigne d’un quelconque affolement. On prend ses précautions et pour le reste, la vie économique continue. Nous saurons dans un mois ou deux si c’est une politique avisée.

Les revenus de l’État québécois atteindront 121,3 milliards $ en 2020-2021, tandis que les dépenses, pourtant généreuses, se limiteront à 118,6 milliards $. L’écart de 2,7 milliards $ sera versé dans le Fonds des générations, le bas de laine des Québécois. 

Une baisse d’impôts, généralisée ou morcelée en plusieurs mesures, est remise à plus tard. Il s’agit d’une bonne nouvelle, car le filet social témoigne de plusieurs trous après des années d’austérité sous le Parti libéral. Ainsi, la CAQ augmente de 450 millions $ le budget du système de protection de la jeunesse, augmente de 376 millions $ les soins aux personnes handicapées, augmente de 181 millions $ l’appui aux femmes victimes de violence conjugale, ajoute 260 millions $ pour la santé mentale, hausse de 624 millions $ l’aide aux soins des personnes âgées, dont la construction de ses premières Maisons des aînés, investit 532 millions $ pour les proches aidants, et ajoute 200 millions $ pour l’appui aux communautés autochtones. Notons que toutes ces dépenses se feront sur cinq ans, ce qui réduit d’autant leur impact. Mais parlons tout de même d’un nécessaire réinvestissement.

Le Québec poursuit donc sa politique de déficit zéro et réduit la taille de sa dette de 45 à 43 % du Produit intérieur brut. Nous sommes encore loin du gouvernement fédéral, qui navigue autour de 30, 31 %. Mais si Ottawa tient le cap avec ses importants déficits, le Québec les réduit chaque année. Le ratio dette-PIB était à 48 %, il y a deux ans. À ce rythme, la Belle Province pourrait être sous les 40 % en 2022, l’année des prochaines élections provinciales. Pour cela, il faudra que la croissance soit toujours au rendez-vous et que le coronavirus n’ait été qu’un mal bien passager. Nous ne le savons pas et pour le moment, ce ne sont que des vœux pieux.

Éditorial

DPJ: pourquoi seulement l’Estrie?

ÉDITORIAL / La mise sous tutelle de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie, jeudi, ne devrait être que le point de départ d’une action plus large qui pourrait toucher l’ensemble des services de protection de la jeunesse au Québec. Les blâmes des tribunaux à l’endroit de la DPJ sont loin d’être l’apanage d’une seule région. Et avant que ne surviennent d’autres drames, il est temps d’appliquer une mesure plus globale.

La DPJ de l’Estrie a été mise sous tutelle après un autre cas grave de négligence d’enfants qui ont attendu des mois avant que leur dossier ne soit évalué. De tels délais sont évidemment inacceptables parce que dans bien des cas, la sécurité des enfants est réellement un enjeu préoccupant.

Pierre Jury

Facebook est une menace

ÉDITORIAL / Peut-on contrôler Facebook ? Doit-on le réguler ? De plus en plus, l’impression semble être que Facebook doit faire l’objet de plus de contrôles. Ce n’est pas nous qui le prétendons, ce sont les résidants des États-Unis eux-mêmes, dans le cadre d’un sondage auprès de 1123 répondants, en décembre dernier.

Ce qui étonne le plus, c’est le fossé qui sépare Facebook (et Twitter, accessoirement) et les autres grands joueurs du monde d’Internet. À peine 72 % des Américains ont une opinion favorable de Facebook, alors que la cote de respect oscille autour de 90 % pour Amazon, Netflix, YouTube, Microsoft et Google. Appelons-les les cinq grands. Pire, pas moins du quart des répondants estiment que Facebook (et Twitter, encore) a un impact négatif sur la société, alors que les cinq grands ont tous un impact négligeable de moins de 5 %. Sur la fiabilité avec laquelle ils trouvent qu’on traite leurs informations personnelles ? Facebook est à 41 % d’appui, Twitter à 43 %, et les cinq grands, entre 69 et 75 %. Si ce n’est pas plus haut, c’est sans doute en raison du nombre de fuites d’informations qui ont ébranlé des institutions à travers le monde.

Pierre Jury

La chirurgie qu’aux Québécois!

ÉDITORIAL / Fermer les blocs opératoires de l’Outaouais aux patients de l’Ontario, est-ce une bonne idée ? À ce sujet, deux écoles de pensée s’affrontent.

Il y a ceux qui soutiennent que c’est de bonne guerre pour les Québécois d’aider un peu leurs frères ontariens, eux qui les ont tant aidés et qui les aident encore tellement. Rappelons que bon an mal an, la facture du Québec pour ses patients qui utilisent des services de santé à Ottawa s’affiche autour de 100 millions $.

Cela comprend environ 15 millions $ à l’Institut de cardiologie d’Ottawa, où l’on procède à des soins aigus qui sont réputés ne pas être disponibles en Outaouais. C’est à peu près la même chose pour le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, qui facture 25 millions $ au Québec. Le reste de la note se divise entre l’Hôpital d’Ottawa (34 millions $), l’Hôpital Montfort (13 millions $) et des services en cabinet privé (un autre 13 millions $).

Cette aide est bienvenue pour les patients de l’Outaouais. Même qu’elle est essentielle dans le cas des soins aigus de niveau tertiaire, pour lesquels il n’y a pas d’équivalent en Outaouais. Quand vous devez consulter un spécialiste d’un champ qui n’est pas offert au Québec, vous êtes bien content qu’il y ait, juste de l’autre côté de la rivière des Outaouais, quelqu’un qui puisse répondre à vos questions avec autorité.

Il y a des gens qui martèlent que c’est un juste retour des choses que d’offrir aux Ontariens des soins de santé, lorsque les plateaux d’opération de Gatineau sont disponibles.

Et puis il y a ceux qui croient que les soins de santé en Outaouais doivent servir aux Québécois. Que hormis les services requis lors de situations d’urgence — où tous les Canadiens sont assurés de services équivalents partout au pays —, les patients de l’Ontario devraient être retournés vers leur province pour les obtenir. 

C’est cette dernière politique qui est en vigueur depuis presqu’un an. Voilà ce que soutient le Dr Nicolas Gillot, le directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), lorsqu’il parle d’« un établissement à vocation régionale ». La « région », dans cette expression, c’est l’Outaouais, et seulement l’Outaouais.

Il est difficile de départager entre ces deux axes de pensée. Il est vrai que l’Outaouais est tellement sous-développée en santé (et dans plein d’autres domaines) par rapport à l’est de l’Ontario, que charité bien ordonnée commence par soi-même. 

Il faut par ailleurs se demander comment l’Outaouais en est arrivée là. Y a-t-il eu abus ? Les documents internes obtenus par notre demande d’accès à l’information font référence à « une chirurgienne » spécialisée en soins maxillo-faciaux qui aurait utilisé les plateaux d’opération « de façon régulière ». Un seul cas ? Et c’est ce qui a amené à une politique restrictive ? Le document poursuit en spécifiant que « les services donnés sont existants en Ontario » et que la chirurgienne « pourrait obtenir des privilèges dans un hôpital ontarien ».

Au lieu de lui taper sur les doigts, les autorités outaouaises auraient-elles pu tolérer cet état de fait qui aurait pu mener au développement d’une spécialité unique en Outaouais, une spécialité pour laquelle les Ontariens auraient fait le pied de grue pour ses services ? Car cette politique restrictive élimine cette option : le fait qu’il pourrait y avoir, en Outaouais, des services courus par les deux côtés de la rivière. Pourquoi les spécialistes devraient-ils tous être à Ottawa et pas à Gatineau ?

Pierre Jury

Blocus: retour du problème

ÉDITORIAL / L’affaire des blocages de trains, qui semblait en voie de se régler, a repris de plus belle. Ce n’était qu’un mouvement d’une poignée d’autochtones et de quelques sympathisants, au départ, en appui aux chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique. 

Les voies ferrées étaient bloquées à une demi-douzaine d’endroits, principalement au Québec et en Ontario. Puis, des injonctions ont permis le démantèlement de certaines barricades. Les corps policiers de l’Ontario et du Québec y allaient avec des gants blancs, mais avec fermeté. Les blocus de Tyendenaga, près de Belleville, en Ontario, et celui de Kahnawake et de Listuguj, au Québec, ont été démantelés.

Pierre Jury

Teck Frontier: un problème de réglé

ÉDITORIAL / Justin Trudeau s’est levé, lundi matin, avec une épine de moins dans le pied. La société Teck Resources venait d’annoncer qu’elle mettait fin à son projet de mine de sables bitumineux dans le nord de l’Alberta. Ce projet, sur lequel Teck Resources planchait depuis près de 10 ans, a simplement été abandonné.

Le président de Teck, Don Lindsay, a fait référence « à la cadence de changement des marchés financiers globaux » et aux pays qui ont « un cadre en place qui réconcilie le développement des ressources et les changements climatiques ». Les blocus des chemins de fer, à plusieurs endroits au pays, n’ont pas aidé non plus. Teck Resources s’est dit « le plus important utilisateur de chemins de fer au Canada ». L’entreprise achemine beaucoup de charbon par voie ferroviaire.

Pierre Jury

Weinstein: coupable!

ÉDITORIAL / Le contraire n’aurait pas été surprenant, compte tenu de la difficulté de déclarer coupable des gens accusés d’agression sexuelle. Il fallait donc se préparer à tous les verdicts. Mais finalement, le bon sens aura prévalu : Harvey Weinstein a été déclaré coupable de deux des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui.

L’ex-producteur de cinéma, longtemps considéré comme l’un des hommes les plus puissants à Hollywood, se retrouvera donc en prison pour un minimum de cinq ans, dans deux semaines, lorsque le prononcé de la sentence se fera.

Évidemment, ses avocats porteront le verdict en appel, selon toute vraisemblance. Il faudra espérer que la peine tiendra, tellement il y avait de victimes présumées — 80 ! —, tellement il y avait d’actes répréhensibles, tellement il avait usé de son pouvoir pour forcer des femmes à se livrer à des gestes de nature sexuelle sans leur consentement libre et éclairé. C’était évidemment de la foutaise lorsque M. Weinstein déclarait n’avoir eu que des relations sexuelles consensuelles avec toutes ses victimes.

L’importance de ce verdict se démarque, car après Bill Cosby en 2015, Harvey Weinstein s’est avéré le premier d’une série d’hommes pointés du doigt dans ce qui est devenu un mot-clic très utilisé, #MoiAussi (#MeToo en anglais). Un peu partout à travers le monde, incluant au Canada, des accusations ont été déposées et ont mené à une série de procès. On n’a qu’à penser à celui de l’animateur de télévision Éric Salvail, présentement en cours, ou encore au producteur de spectacles Gilbert Rozon, dont le procès est prévu en juin 2020. De nombreux autres cas ont aussi ébranlé les colonnes du temple.

Le second volet de l’importance du verdict Weinstein est qu’il a prouvé que la justice pouvait reconnaître la culpabilité, même si les victimes ont maintenu leurs contacts avec leur agresseur. 

D’ordinaire, on aurait pu croire que les victimes auraient voulu couper tous les ponts avec M. Weinstein. Dans deux des cas soumis au jury, ce n’était pas le cas. Mimi Haleyi, une ancienne assistante de production, avait été victime d’une agression sexuelle en 2006, tandis que l’aspirante actrice Jessica Mann a été victime de viol en 2013. Les avocats de M. Weinstein ont produit une série de courriels faisant la démonstration que ces deux femmes avaient gardé contact avec lui, après les faits allégués. Cela aurait prouvé, à leur avis, qu’elles étaient pleinement consentantes.

En reconnaissant la culpabilité de M. Weinstein, les digues des accusations pourraient s’ouvrir plus grandes encore, maintenant que les liens après les faits n’éliminent pas la possibilité d’un verdict de culpabilité. C’est capital. La défense à l’effet que ces deux femmes, avides de connaître la gloire du grand écran, auraient agi par opportunisme n’élimine pas la responsabilité du producteur.

D’ailleurs, Harvey Weinstein fait l’objet de deux autres accusations d’agression sexuelle, commises à Los Angeles en février 2013. Ce procès se déroulera à une date ultérieure. Et d’autres accusations font encore l’objet d’une enquête à Londres et Dublin. 

L’accusé a tenté de se substituer aux victimes. En affirmant que les relations étaient consensuelles. En se présentant presque comme un vieillard faiblissant, appuyé sur sa marchette, du haut de ses 67 ans et de sa forte corpulence. Il est vrai que les accusations l’ont beaucoup vieilli en deux années. Mais ce n’est que la rançon de sa gloire, que le prix qu’il doit payer pour avoir forcé des victimes à avoir des relations sexuelles avec lui, tandis qu’il réalisait des films à succès.

Pierre Jury

Grève des enseignants en Ontario: l’entêtement des conservateurs

ÉDITORIAL / Près de 200 000 enseignants de l’Ontario sont sortis en masse, hier, pour protester contre la lenteur des négociations avec le gouvernement. Ils ont, de façon générale, l’appui des parents, face aux conservateurs de Doug Ford qui n’ont toujours pas su gagner leur appui.

Les enseignants ont maintenu l’approbation des parents en mesurant leurs moyens de pression : ils avertissent la population plusieurs jours à l’avance, de manière à ne prendre personne par surprise. Ainsi, les parents « planifient » chaque journée de grève. Cela ne leur plaît pas outre mesure, mais l’inverse les décourage davantage.

Pierre Jury

Crise ferroviaire: un gouvernement effacé, pleutre

ÉDITORIAL / La crise ferroviaire, ou est-ce la crise autochtone, qui perdure depuis plus de deux semaines au Canada, n’est pas sur ses derniers milles. Au contraire, de nouvelles tentatives d’installer des barrages surviennent, comme sur la Rive-Sud de Montréal, jeudi. L’intervention de la cour et le fait que le barrage ne se retrouve pas sur une réserve, y a mis fin, mais on attendait encore l’intervention des forces de l’ordre, en fin d’après-midi.

Le gouvernement de Justin Trudeau, qui devrait prendre la pole position dans ce conflit de nature fédérale, multiplie les appels au calme... depuis une semaine. Peut-être veut-il illustrer l’écart qui sépare le Parti libéral du Canada du Parti conservateur, qui réclame de l’action contre les « militants radicaux » qui ont installé des barrages sur des chemins de fer dans une demi-douzaine d’endroits au pays. Ces barrages sont « illégaux », ont convenu les chefs Justin Trudeau et Andrew Scheer, mais cela ne veut pas pour autant dire que la Gendarmerie royale du Canada peut les démanteler manu militari dès qu’elle en reçoit l’ordre.

Pierre Jury

Bars de Hull: attendons un peu

Il y a neuf mois, la Ville de Gatineau se lançait dans une expérience d’assouplissement de l’ouverture des heures de bars dans le Vieux-Hull. Comme prévu, la tentative a été concluante: il ne s’est virtuellement rien passé dans le secteur des bars de la promenade du Portage pendant ces neuf mois. Cela donnera des munitions aux tenanciers de bars à l’effet que les heures d’ouverture doivent être prolongées de façon permanente.

Mais il ne faudrait pas agir trop rapidement.

Pierre Jury

Frontier : Trudeau doit dire non

ÉDITORIAL / L’avenir du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau se joue ces semaines-ci… dans le nord de l’Alberta. La province de Jason Kenney souhaite que soit permis un gigantesque nouveau projet d’exploitation des sables bitumineux, pour lequel l’approbation du gouvernement fédéral est nécessaire. Le cabinet Trudeau devrait donner son avis d’ici la fin de février.

Souhaitons qu’il refuse ce projet baptisé Frontier. Car cette nouvelle aventure pétrolière va à l’encontre de l’engagement solennel que le gouvernement Trudeau a fait d’atteindre zéro émission de carbone d’ici 2050. C’était juste avant la marche pour l’environnement à Montréal, à laquelle avait participé la militante Greta Thunberg. M. Trudeau doit prendre les décisions qui s’imposent pour s’y rendre.

Pierre Jury

Un dialogue qui arrive à point

ÉDITORIAL / Le dialogue demandé avec empressement par les représentants des nations autochtones aurait dû démarrer il y a deux, trois jours. Cela aurait peut-être permis d’éviter l’escalade de cette crise du transport ferroviaire qui en est venue, jeudi, à paralyser tout le transport au pays. Car les trains de marchandises du Canadien National et ceux de passagers, de Via Rail, ne fonctionnant pas depuis jeudi, cela a débordé vers d’autres réseaux.

Les Premières Nations au Canada ont un pouvoir immense qu’elles n’utilisent finalement que bien rarement. Car les gouvernements, le fédéral en tête, hésitent à intervenir avec la méthode forte lorsque des militants autochtones bloquent les routes. Tout le monde a encore fraîchement en tête l’affrontement mortel qui a eu lieu à Oka, même si cela est survenu il y a 30 ans. Il y a eu mort d’homme, car la Sûreté du Québec s’en est mêlé et cela a mené à un blocus interminable sur la question d’un développement domiciliaire sur des terres revendiquées par les Mohawk. Depuis, d’autres crises ont épicé les relations entre les deux nations que sont le Canada et les Premières Nations : les conflits à Ipperwash, puis Caledonia, la crise de l’eau contaminée à Kashechewan, les Journées nationales de protestation de 2007, le mouvement Idle No More, etc.

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Les autochtones ont donc ce pouvoir en main, pouvoir controversé et rarement utilisé, mais oh combien efficace lorsqu’ils y ont recours. Ils immobilisent une partie ou l’entièreté du système de transport au Canada, le secteur ferroviaire en premier car c’est le plus facile à interrompre. 

Cela, peu importe la manière. Cette fois, ceux qui protestent ont une légitimité chambranlante. C’est officiellement pour appuyer leurs frères de la nation Wet’suwet’en, de la Colombie-Britannique, qu’une demi-douzaine de groupes de protestataires ont bloqué le trafic ferroviaire au Manitoba, en Ontario, au Québec puis en Nouvelle-Écosse. 

Au cours des dernières heures, deux « barrages » ont été levés, en Colombie-Britannique et au Manitoba. C’est le pouvoir de la négociation qui a commencé à faire son œuvre alors que le ministre Marc Miller, du Service aux autochtones, a conclu de les rencontrer. L’entretien aura lieu ce samedi.

Certains, comme le chef du Parti conservateur Andrew Scheer, ont lancé la pierre à l’absence du premier ministre Justin Trudeau, qui terminait vendredi une tournée en Afrique où il mousse la candidature du Canada dans l’espoir de récolter un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies. M. Scheer se cherchait quelque chose à dire, et il a tort. M. Trudeau n’était pas totalement absent. 

Il est intervenu tous les jours, cette semaine, pour implorer les parties au dialogue et au respect des lois. Il a laissé le ministre des Transports, Marc Garneau, s’occuper de la crise au quotidien. Ce dernier s’est impliqué de façon exemplaire. 

Qu’il ait été sur place ou non, M. Trudeau ne devait pas s’en occuper davantage, question de respecter la subsidiarité ministérielle et laisser les ministres s’occuper les questions de leurs ministères. Le premier ministre n’interviendra que lorsqu’un dialogue de nation à nation s’imposera. 

Nous n’en sommes pas là. Mais nous nous en approchons. Le retour au Canada de M. Trudeau sera bienvenu. S’il doit intervenir, il sera à proximité.  

Souhaitons que cette crise se résorbe rapidement. De grands pans de notre économie reposent sur un réseau ferroviaire efficient, ce que les Canadiens réalisent de plus en plus. Ce sera un des atouts qui aura émergé de ce conflit.

Pierre Jury

Bombardier: la fin d’un rêve

ÉDITORIAL / Il n’y a pas une, mais deux nouvelles à propos de Bombardier. Celle concernant la fin de l’aventure de la CSeries, comme on l’appelait au départ. Et celle qui germe encore, et c’est la vente des trains de Bombardier à la société allemande Alstom. Celle-là pourrait survenir d’un moment à l’autre.

Tout cela signifie qu’à terme, Bombardier ne conservera que le créneau de ses avions d’affaires. Ce qui est somme toute une bonne nouvelle, comme nous le souhaitions récemment, car c’est le secteur le plus lucratif dans lequel Bombardier est impliqué.

Évidemment, les nostalgiques pleureront. C’est la fin de la multinationale Bombardier comme on l’a connu depuis les années 1970, lorsque la société s’est lancée subitement dans le transport ferroviaire, puis en 1986, lorsqu’elle a racheté les avions-citernes Canadair. De là avait émergé une gigantesque entreprise impliquée dans les motoneiges et motomarines, dans les avions-citernes, dans les jets commerciaux, dans les avions d’affaires et dans le transport par train. Cela aura duré 30, 40 ans. C’était une époque de croissance où l’on sentait que quoique Bombardier entreprenait, elle était en mesure de réussir. (Avec une solide dose d’aide financière des gouvernements, les critiques ajouteront avec justesse.)

Puis, autour de l’an 2000, les choses se sont mises à aller moins bien. En partie en raison de l’attaque terroriste du 11 septembre 2001, qui a provoqué un ralentissement dans le secteur aéronautique mondial.

Bombardier s’est d’abord départi de ses véhicules de loisirs. Puis, le secteur ferroviaire a connu des ratés, et en connaît encore sur le plan de la qualité et de la fiabilité. Puis à la fin des années 2000, Bombardier s’est aventuré dans le lancement de la CSeries, une nouvelle famille de jets régionaux que l’on prédisait fort prometteur. Prometteur, il l’était. Mais l’aventure de la CSeries a coûté trois fois plus que prévu, quelque 6 milliards $ au lieu de 2 milliards $, ce qui a grevé le budget de la société. Bombardier s’est mis à vendre tout ce qu’il pouvait : ses Q400, ses avions-citernes, ses avions CRJ. Tout dans l’espoir de ramasser suffisamment d’argent pour passer au travers des mauvais temps de la CSeries. 

Elle a aussi vendu 33 % au gouvernement du Québec. 

Ce n’était encore pas assez. Bombardier a finalement « vendu » ses jets de la CSeries à la multinationale Airbus... pour rien. C’était une profession de foi que Bombardier faisait que ses avions à réaction, rebaptisés A220 par Airbus, s’avéreraient suffisamment bons pour faire leur place dans le marché. Bombardier ne conserverait qu’une petite participation.

C’est ce que Bombardier vient de solder. C’est la fin d’un rêve.

Et elle s’apprête aussi à vendre ses trains à Alstom. Au moins, la rentrée d’argent dans ce cas, quelque 10 milliards $, permettra de pas mal effacer la dette de Bombardier. Qui se retrouvera qu’avec ses jets d’affaires. Une bonne affaire ?

Il restera à évaluer si le jeu en aura valu la chandelle, du point de vue des contribuables. 

Bombardier a reçu des milliards et des milliards au fil des décennies. Pour conserver des emplois, essentiellement. Il n’y en aura plus qu’environ 10 000 pour Bombardier. Est-ce que cela sera suffisant ? Il faudra voir combien Airbus en conservera, à terme. Est-ce que la profession de foi d’Airbus à propos de la grappe industrielle de Montréal en aéronautique durera ? Et que fera Alstom, avec les 1000 emplois à l’usine de La Pocatière ? 

Les contribuables se retrouvent avec des professions de foi. Pour des sociétés étrangères, plutôt qu’une canadienne. Avec bien peu de garanties.

Pierre Jury

Bâillon: la lune de miel bientôt finie?

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec commence à montrer des failles. Il leur faudra colmater ces brèches avant que s’ajoutent d’autres erreurs. L’étonnante lune de miel de la CAQ, qui se poursuit depuis son élection à l’automne 2018, risque bien de s’achever sur une baisse de popularité. Il n’en tient qu’au leader François Legault d’imprimer une nouvelle direction à ses troupes.

Pour le moment, rien de tout cela ne transparaît. Au contraire. Dans la nuit de vendredi à samedi, il a adopté le projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire, mettant fin aux commissions scolaires de langue française au Québec. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, les a transformées en simples « centres de services » qui seront vraisemblablement inféodés aux diktats du ministère de l’Éducation. C’est pourquoi il s’est fait accuser de ressembler à Gaétan Barrette, l’ex-ministre de la Santé sous les libéraux, qui a tout réformé le secteur de la santé en trois projets de loi.

Pierre Jury

Cusson doit trouver son langage

ÉDITORIAL / Le candidat à la course à la direction du Parti libéral du Québec, Alexandre Cusson, est venu faire un tour en Outaouais, vendredi. Candidat associé aux régions, car il était maire de Drummondville, cette escapade ne paraît pas incongrue pour lui. Cela tombe même sous le sens.

M. Cusson a déjà acquis derrière lui deux visages connus de l’Outaouais, Norman MacMillan et Alexandre Iracà, qui se sont succédé comme député de la circonscription de Papineau. C’est bien, mais ils représentent le passé. M. MacMillan s’est retiré de la politique en 2012, il y a déjà huit ans. M. Iracà a été élu en 2012 et a été défait en 2018. Où sont les autres ? Les Stéphanie Vallée, les Charlotte L’Écuyer, les Marc Carrière, les Benoît Pelletier ? À quelle adresse logent les deux seuls élus libéraux qui restent en Outaouais, Maryse Gaudreault, qui représente Hull, et André Fortin, de Pontiac ? Leur silence finira par peser.

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Alexandre Cusson a fait un long arrêt au Carrefour jeunesse emploi de Gatineau, le premier qui ait été fondé au Québec. Là, la directrice Martine Morissette lui a rappelé que les changements apportés par le gouvernement libéral de Philippe Couillard ont fait mal à « son » CJE. 

Sans avouer qu’il s’agissait d’une erreur, M. Cusson s’est engagé à « rétablir le financement à la mission » des CJE. Il dit vouloir « regarder en avant ». On le comprend, mais cette position contraire à celle de M. Couillard suscitera du cynisme dans la population. Si les libéraux, sous M. Cusson, sont pour défaire un à un l’héritage libéral passé, cela en dira long sur ce patrimoine et ce qu’il en pense maintenant. Il est vrai que les conditions économiques ne sont plus les mêmes. Lors des coupes dans les CJE, le gouvernement libéral avait pour mission de rétablir l’équilibre financier du Québec, ce qu’il a réussi de magistrale façon... non sans imposer de profondes coupes aux services aux citoyens. En santé, en éducation, dans les services sociaux, les réformes ont fait très mal, et très mal fait paraître le gouvernement Couillard. Cela a mené à sa perte au plan électoral, au point même où la mainmise que le Parti libéral exerçait sur l’Outaouais depuis 1980 a volé en éclats en 2018. Trois circonscriptions sur cinq sont passées à la Coalition avenir Québec.

Pour ne pas trop nourrir ce cynisme, M. Cusson doit trouver ses propres réponses aux enjeux québécois. Sur les questions clefs de l’administration publique que sont la santé et l’éducation, tout particulièrement, il doit identifier des positions claires et limpides pour ses supporters, sans trop paraître comme celui qui dit le contraire de ce que soutenait le gouvernement de Philippe Couillard. Car il devra, s’il l’emporte, se débrouiller avec plusieurs députés libéraux qui ont siégé dans ce gouvernement. Ceux-là ne pourront dire une chose après avoir dit son contraire, il y a cinq ans. Il y a une limite à dire aussi que les temps ont changé, que les finances publiques ont été rétablies. 

Son opposante dans cette course libérale est Dominique Anglade, ex-ministre libérale. Elle a parlé d’une Charte des régions, lors de son passage en Outaouais. Il reste à voir comment M. Cusson répondra à cette idée, et si ce sera suffisant pour charmer les électeurs qui n’habitent ni Québec ni Montréal. 

Alexandre Cusson doit trouver son propre langage, identifier ses propres décisions, tant pour prendre ses distances du gouvernement Couillard que pour prendre ses distances de son adversaire Dominique Anglade. 

Cela ne sera pas une mince tâche.

Pierre Jury

Laïcité: contestée... et contestable

ÉDITORIAL / Dans la contestation de la Loi québécoise sur la laïcité, la première salve a été tirée pendant la campagne électorale fédérale. Le candidat du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, avait déclaré que «pour l’instant», il n’était pas question de parler de contestation judiciaire. Match nul. Nous étions en octobre 2019.

Pause jusqu’à cette semaine. Reprise de plus belle. Cette fois, François Legault occupe le champ nationaliste identitaire au Québec. Il bénéficie de l’appui du Parti québécois dont le chef intérimaire, Pascal Bérubé, a dit qu’il était « immoral» que le gouvernement canadien «finance la contestation d’une loi légitime adoptée par l’Assemblée nationale».

Pierre Jury

Les É.-U. divisés comme jamais

ÉDITORIAL / La scène était irréelle. Derrière le président Donald Trump qui venait de terminer son discours sur l’état de l’Union, Nancy Pelosi, par quatre fois, déchire les feuilles de ce discours honni par les démocrates. C’était évidemment un acte prémédité. M. Trump avait refusé de lui serrer la main à l’entrée, la leader de la Chambre des représentants l’avait présenté le plus sommairement du monde, faisant fi des fioritures habituelles de courtoisie.

Pire, la scène était disgracieuse, car Mme Pelosi s’est abaissée à faire montre d’une exaspération qu’elle aurait dû dissimuler. En traitant le papier sur lequel était imprimé le discours comme du vulgaire papier-mouchoir usagé, elle a cédé à ses instincts les plus vils.

Pierre Jury

Les avions, nœud de Bombardier

ÉDITORIAL / Bombardier est arrivé à la croisée des chemins. La société québécoise n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été.

Finies les motoneiges et motomarines qui ont fait autrefois sa renommée, fini l’avion CSeries qui en a fait un précurseur, finis les avions régionaux CRJ, fini le programme des avions Q400. Il ne lui reste que ses trains urbains et ses avions d’affaires Global 7500. 

Pour se maintenir en vie, Bombardier devra vraisemblablement choisir entre les deux. Lequel ?

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Ce questionnement fait surface alors que le Wall Street Journal a rapporté que Bombardier serait en discussions pour vendre ses avions d’affaires à l’américaine Textron, déjà propriétaire des hélicoptères Bell et des avions Cessna et Beechcraft. Tout cela afin de réduire sa dette qui avoisine les 9 milliards $. 

Le Québec a cette situation à l’œil, le regard compatissant, mais inquiet. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a ça doublement à l’œil, avec son obsession normale de préserver les quelque 2500 « bons emplois bien rémunérés » de Bombardier. Le ministre de l’Industrie, Pierre Fitzgibbon, se dit inquiet. Le statu quo est intenable, dit le ministre. Il y a de quoi. Bombardier a été un fleuron pendant des décennies de Québec Inc., et risque de ne plus l’être. 

Les motoneiges et motomarines sont à l’abri... puisque la division a été revendue à la famille Beaudoin, celle qui a dirigé Bombardier pendant des décennies. Elle a été renommée BRP, pour Bombardier Produits récréatifs. Cette entreprise va très bien. C’est de « l’autre » Bombardier dont il est question.

Alors, on garde quoi, de Bombardier ? Les trains ou les avions d’affaires ? Vite dit : les avions d’affaires. Ce sont les joyaux de la Couronne, ce sont la colonne vertébrale de la grappe industrielle de l’aéronautique au Québec. Avec les emplois de la CSeries, que l’on a donné à Airbus qui les a rebaptisés A220 — c’est ce programme novateur qui a creusé la dette de Bombardier de 6 milliards $. Les avions Global 7500 sont tout ce qui reste en propre à Bombardier. Il s’agit d’un créneau qui a toujours un potentiel d’avenir. Ils constituent « le plus gros avion, avec la plus longue portée, le plus d’espace intérieur et le plus luxueux des avions d’affaires, a commenté AviationWeek. Il existe une clientèle extrêmement fortunée pour ces types d’avions qui se vendent autour de 70 millions $ chacun. 

Les trains s’inscrivent dans une niche bien plus concurrentielle que les avions d’affaires. Il y a cinq compagnies dans le monde et la compétition est féroce. Les pressions pour la délocalisation, et pour l’assemblage des trains dans des pays où les travailleurs sont bien moins payés qu’au Canada, sont fortes. Les trains de Bombardier ont par ailleurs connu des ennuis : délais de livraison à répétition, problèmes de qualité des trains. 

La Caisse de dépôt et placement du Québec en est le propriétaire à hauteur de 30 %, mais les conditions de financement sont tels que Bombardier a intérêt à racheter la part de la Caisse rapidement. De là l’idée de vendre ce qui lui reste... les avions d’affaires.

Le président de Bombardier, Alain Bellemare, se retrouve face à un dilemme gordien. Vendre Pierre pour habiller Paul, ou l’inverse. Et puis, il doit défendre sa propre peau dans toute cette affaire. Les appels à son départ se font nombreux. Les espoirs étaient grands lorsqu’il est arrivé en relève à Pierre Beaudoin, en 2015. Il faut conclure que l’entreprise qu’est Bombardier n’est plus du tout la même qu’à ses premiers pas. 

La conclusion : Bombardier doit garder ses avions d’affaires. Quitte à se départir de ses trains... et d’Alain Bellemare.

Pierre Jury

CRTC: un rapport ambitieux

ÉDITORIAL / Le CRTC serait sur le point de vivre une transformation majeure. Ainsi le recommande un groupe d’experts qui a remis son rapport, mercredi dernier, sur l’avenir du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Ce compte-rendu, au terme de 18 mois de gestation, ratisse large, très large. Au fil de 97 recommandations, on y traite de la « taxe Netflix », de l’avenir de la technologie 5G, des publicités à Radio-Canada, de l’avenir et de l’accès d’Internet libre, sécuritaire et abordable pour tous les Canadiens, de la lutte au piratage et aux fausses informations, au fonctionnement même du CRTC. Pourtant, chacun de ces sujets aurait valu un examen propre tant les ramifications s’avèrent nombreuses et, parfois, emberlificotées.

Le défaut de cette démarche du Groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, c’est que le gouvernement pourrait choisir seulement les quelques recommandations qui lui plaisent davantage ou n’opter pour aucune, par frilosité.

C’est sans doute ce dernier scénario qu’on aurait vu s’il avait fallu que le Parti conservateur du Canada remporte les dernières élections. Le rapport aurait vite pris le chemin de la poubelle puisqu’il recommande plus de réglementation. 

Par chance pour ce Groupe d’examen, ce n’est pas ce que laisse entendre le nouveau ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, qui ne manque pas d’audace pour ses premiers pas en politique. Nous verrons bien où cela nous mènera. Il a promis des réactions rapides, d’autant plus que ce gouvernement a promis une baisse de 25 % de la facture de téléphonie cellulaire d’ici peu. Il voudra agir avec célérité.

Une chose est sûre : le CRTC a besoin d’être réformé, car il existe dans sa forme actuelle depuis 1968, un quart de siècle avant l’arrivée d’Internet et l’entrée en scène progressive des géants que sont aujourd’hui Google, Facebook et la retransmission de programmation par le sans-fil. La nature extraterritoriale de plusieurs de ces entreprises ne facilite en rien leur réglementation. Mais une chose est sûre : les grands joueurs doivent payer leur juste part pour offrir leurs services aux Canadiens. Il n’est pas question de laisser le statu quo durer plus longtemps. Et la route de la taxation directe sur les revenus, plutôt qu’une part des revenus, semble plus efficace et moins sujette à l’abus de moyens détournés pour en éviter les conséquences. C’est le cas de la « taxe Netflix » dont les investissements dans la programmation canadienne se font toujours attendre, un an après leur annonce.

Le Groupe d’examen recommande l’élimination de la publicité sur les plateformes de Radio-Canada dans un horizon de cinq ans. La nouvelle a été applaudie par les diffuseurs privés qui voient une partie de la tarte publicitaire échoir à la SRC plutôt qu’à eux. Présentement, 320 millions $ en publicité aboutissent à Radio-Canada, en plus d’une subvention de 1,2 milliard $. Pour l’éliminer, il faudrait que le fédéral compense au moins en bonne partie, ce qui déclencherait l’ire des conservateurs, opposés à davantage de financement public déjà plafonné à 29 $ par habitant. Mais l’exemple de nombreux pays étrangers, en Europe ou en Asie, où les enveloppes gouvernementales sont deux à cinq fois plus généreuses qu’au Canada, est un témoignage fort et il faudrait s’y rendre, un jour. Cela exclut évidemment les États-Unis, où le financement public n’est que de 4 $ par habitant.

Ce rapport va très loin et dans plusieurs directions. C’est très ambitieux, mais cette route est jonchée d’écueils. Voyons ce que le gouvernement fédéral, qui en reste le maître d’œuvre, en fera.

Pierre Jury

Coronavirus : le vrai et le faux

ÉDITORIAL / L’Organisation mondiale de la santé a déclaré un état d’urgence en rapport avec le coronavirus, mais il ne faut pas s’en faire pour autant, avise le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda. Car il y a là un message à la communauté internationale, qui recommande la plus grande prudence : ce message s’adresse au monde entier, à nous aussi, mais pas spécifiquement à nous.

Ce virus est très contagieux, mais pour les gens qui ont été en contact avec des personnes qui l’ont déjà contracté. Les chances d’être touché par ce coronavirus sont minimes, car le foyer d’éclosion est dans la région de Wunan, en Chine. Il ne suffit pas de croiser un Chinois qui porte un masque sur la rue pour suspecter qu’il est porteur du virus. Il est juste extrêmement prudent. Il ne serait d’ailleurs pas sorti de Chine s’il était porteur du virus. Ceux-là sont interdits de quitter le pays.

Ce n’est qu’une infime partie, quelque 3 %, qui en mourra. Les chances de survie sont donc de 97 %. Dans le cas du SRAS, en 2003, on parlait d’un taux de décès de l’ordre de 10 %...

Il n’empêche qu’il y a plusieurs cas d’intolérance qui sont rapportés. Cette situation incompréhensible sévit malgré tous les rappels que le coronavirus n’a à peu près pas sévi au Canada. Nous parlons de quatre cas autour de Toronto, aucun décès. 

Le Québec est totalement à l’abri jusqu’ici. 

Au niveau mondial, tous les morts sont en Chine, de l’ordre d’environ 250, et en lente croissance. Une centaine de cas ont été déclarés dans une vingtaine de pays. Aucun décès.

Mais les fausses nouvelles pullulent. Des histoires qui allèguent que l’eau vinaigrée pourrait lutter contre le virus, ou qui nourrissent la suspicion à l’endroit de la diaspora chinoise. Plusieurs vidéos accusatrices circulent. Les pires « #fakenews » sont celles qui racontent que le coronavirus aurait été inventé en laboratoire et que sa propagation relèverait du complot d’un gouvernement. Du grand n’importe quoi qui relève des pires théories du complot.

Pour lutter contre cette désinformation, il faut que tout un chacun fasse bien attention à ce qu’il partage sur les médias sociaux. Il doit en examiner la provenance. Cela doit provenir d’une source fiable : un ministère du Canada ou des États-Unis, une association médicale reconnue, ou un média que vous connaissez. Cela réduira à une peau de chagrin les partages de sites ou de vidéos douteux, qui se perdront dans la masse d’informations. 

C’est la propagation de fausses nouvelles qui les rendent virales et dommageables.

Le Canada ferait bien de considérer, cependant, la mise en quarantaine pour les quelque 200 Canadiens qui doivent être rapatriés de Wunan. Comme le font la France, l’Angleterre, les États-Unis. Juste pour être bien sûr.

« L’inquiétude, ça se transmet pas mal plus vite que n’importe quel microbe, a tranché le Dr Arruda. La peur, c’est une très mauvaise conseillère, et la peur fait faire des affaires qui n’ont pas (...) de bon sens, mais c’est humain. Je ne peux pas dire que les gens sont fous, ils sont juste normaux, c’est la peur qui fait ça. La peur, c’est une épidémie. »

Ces paroles d’un homme sage reconnaissent l’effet de la peur et de l’ignorance lorsque les gens sont confrontés à une menace inconnue, mais réelle. Il rappelle au passage que les gestes quotidiens comme de se laver les mains souvent s’avèrent les meilleurs moyens pour prévenir la propagation d’un virus. Coronavirus ou simple virus de la grippe ou autre. 

Pierre Jury

Consigne: un très bon départ

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec est bien plus vert qu’il ne le laissait transparaître pendant la campagne électorale de 2018. Jeudi, sous les applaudissements d’un peu tout le monde, il a annoncé l’instauration d’une consigne universelle pour les bouteilles de vins et de spiritueux, ainsi que sur les contenants d’eau, de lait et de jus.

Il s’agit d’une avancée majeure, mais surannée : les gouvernements libéraux successifs, et même les gouvernements du Parti québécois des années 1990, dans une moindre mesure, ont toujours retardé la mise en œuvre d’une consigne généralisée.

Pierre Jury

Aide médicale à mourir : prudence !

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir demeure un sujet éminemment délicat. La question a fait l’objet d’un consensus au Québec depuis l’adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie, en 2014. Le principe s’applique que dans les cas où une personne souffre d’une maladie incurable, et présente des souffrances exceptionnelles. La personne doit être en fin de vie pour la demander.

Il semble que ce consensus social soit prêt à être élargi quelque peu, à la suite d’une décision de la Cour supérieure du Québec qui a déclaré inconstitutionnel le critère de « fin de vie » dans l’aide médicale à mourir. Ce nouvel alinéa permettrait aux personnes qui souffrent de maladies dégénératives et incurables, mais dont le décès n’est pas imminent, de prévaloir de l’aide médicale à mourir. Les cas des malades Nicole Gladu et Jean Truchon ont touché la cour au point où elle a prévu l’élargissement de l’euthanasie québécoise. L’entrée en vigueur doit être à la mi-mars.

Mais voilà que parmi les cas nouvellement admissibles se trouvaient également ceux relevant de la maladie mentale.

La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann, a tenu une journée de consultations publiques, la semaine dernière, mais ce n’est nettement pas suffisant. Il en faudrait une semaine, au moins, pour bien faire le tour de la question. Et ça, ce n’est que pour une commission parlementaire n’impliquant que les élus de l’Assemblée nationale. Il faut davantage.

Les premiers critères de l’aide médicale à mourir étaient très restrictifs : souffrance exceptionnelle, maladie incurable, fin de vie. On s’apprête à biffer la notion de fin de vie pour ne conserver que les deux premiers. Après plus de quatre années de pratique, la cour nous impose un réexamen de la Loi concernant les soins de fin de vie. Nous sommes mûrs pour cela. Le compromis amené par les Nicole Gladu et Jean Truchon de ce monde, celui qui élimine la notion de fin de vie, nous semble acceptable.

Mais l’élargir aussi aux cas de maladie mentale ? Cela apparaît comme un bien grand pas que la société québécoise est prête à discuter, mais pas à adopter de but en blanc. D’ailleurs, qu’est-ce que la maladie mentale ? Des personnes souffrant de l’Alzheimer ? De la schizophrénie ? De dépression chronique ? Ces malades sont-ils en mesure d’évaluer leur propre état et de demander l’aide médicale à mourir ? Rappelons que les personnes qui en ont fait la requête, jusqu’ici, étaient saines d’esprit, en pleine possession de leurs moyens. 

Il serait envisageable d’inclure les cas de maladie mentale dans la mesure où il peut être prouvé que lorsque la personne a fait sa demande d’aide médicale à mourir, elle était pleinement lucide. Mais la démonstration doit être nette et franche.

Ces cas sont limites et interpellent les Québécois. C’est ce qu’a réalisé Mme McCann qui, dans un élan bienvenu de transparence, s’est rangée du côté de davantage de consultations, plutôt que moins. Elle a avancé que le gouvernement prendra « autant de temps que nécessaire pour arriver à un consensus social ». Les échanges avec les élus et avec la population seront « élargis, complets », transpartisans et bien plus poussés que ce qui était prévu. L’objectif est d’aboutir avec « un consensus social ». 

Voilà des paroles rassurantes sur une question hautement déchirante pour les Québécois, et les Canadiens tout autant. Il importe de la traiter avec le même calme et la même introspection qui a marqué la préparation de la Loi concernant les soins de fin de vie. 

Pierre Jury

Pour «vraiment» apprendre le français

ÉDITORIAL / Jean Charest n’est plus dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada. Rona Ambrose non plus. Et étonnamment, Pierre Poilievre non plus.

Cela ouvre toute grande la route à Peter MacKay.

Il reste bien Erin O’Toole, qui refait la course pour une seconde fois. Et quelques autres figurants qui seront là pour préparer un éventuel retour au gouvernement pour les conservateurs, car ils n’ont que bien peu de chances de faire plus que quelques vagues.

Lorsqu’il a confirmé sa candidature, Peter MacKay ne croyait pas que le chemin s’ouvrirait ainsi pour lui. Il espérait être l’un de deux ou trois candidats sérieux. Voilà qu’il se retrouve seul en tête.

Originaire de la Nouvelle-Écosse, M. MacKay est un vétéran de la politique canadienne. Il a été député pendant 18 ans, avant d’annoncer son passage au secteur privé, à l’aube de 2015. Il a même brièvement dirigé le Parti progressiste-conservateur du Canada après Joe Clark. Cette victoire fut de courte durée parce que sept mois plus tard, il acceptait de fusionner avec l’Alliance canadienne, dirigée par Stephen Harper. Il a accepté de jouer les seconds violons, ce qu’il a fait honorablement en dirigeant les ministères de la Justice, de la Défense nationale et des Affaires internationales. 

N’en déplaise à la députée Michelle Rempel, qui est lasse d’entendre parler du français du leader, et le journaliste Ken Whyte, qui croit que Brian Mulroney était un accident de parcours, parlons-en. Parce que contrairement à ce qu’ils prétendent, le français compte au Canada. Ce n’est pas une obligation constitutionnelle, ni même une convention, argue M. Whyte, mais dans le Canada moderne, la connaissance des deux langues officielles du pays est une condition essentielle, pour qu’un chef puisse parler aux deux groupes dans leur langue. 

Ce que Peter MacKay ne peut faire à ce moment-ci. Tout au long de sa carrière politique, le français est apparu comme un obstacle à ses yeux. Il avait la chance de l’apprendre, il ne l’a pas fait, ou n’y a pas mis les efforts. On peut comprendre qu’il n’ait pas eu, depuis quatre ans dans le secteur privé, l’occasion de le parler. C’est un autre témoignage du peu d’importance que M. MacKay porte au français. 

Tout n’est pas perdu pour lui malgré tout. Il aura environ 18 mois, avant les hypothétiques prochaines élections fédérales, pour le maîtriser. Apprendre le français en 18 mois n’est pas impossible: l’ex-vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, en a fait la preuve. D’autant plus que M. MacKay ne part pas de zéro. La date d’échéance est celle du premier débat des chefs en français. S’il ne peut tenir son bout dans cette arène, son chien est pas mal mort.

Ce serait dommage car Peter MacKay présente plusieurs autres belles qualités pour diriger le Parti conservateur du Canada. Il se retrouve plus au centre que l’ex-chef Andrew Scheer, et il est plus ouvert que lui sur les questions morales comme l’avortement, le mariage gai, etc. Sur les questions environnementales, il cultive un flou artistique, mais on le sent opposé à la taxe sur le carbone: ce sera à lui de proposer sa manière de réduire les gaz à effet de serre car l’objectif n’est plus négociable. De toute manière, il est difficile de raccorder les visées des provinces productrices que sont l’Alberta et la Saskatchewan, principalement, et les autres.  

Cela résume les défis et les beautés du système canadien. Mais celui de parler français demeure aussi un objectif, à moins qu’il soit prêt à sacrifier les 75 circonscriptions francophones et francophiles du Canada.

Pierre Jury

La bonne décision de Jean Charest

ÉDITORIAL / Jean Charest a choisi son camp : « Après avoir été longuement sollicité, j’ai beaucoup réfléchi et consulté, et je ne serai pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. »

Cela laisse le champ libre aux Peter MacKay et Rona Ambrose, les deux candidats favorisés par l’establishment du parti, de bâtir des consensus autour de leur nomination. Et accessoirement, aux autres candidats que sont Erin O’Toole, Pierre Poilievre et autre Marilyn Gladu de tenter de se faufiler jusqu’à la couronne.

Évidemment, tous ces candidats n’ont pas confirmé leurs intentions à ce moment-ci. Rona Ambrose est celle que tout le monde attend, et elle se fait tirer l’oreille. Dans le cas de MM. O’Toole et Poilievre, c’est un secret de Polichinelle qu’ils seront de la course. Ils attendent l’instant propice pour révéler leurs volontés.

Mais Jean Charest était le principal Québécois à être tenté par l’aventure. Il dit y avoir longuement réfléchi pendant la période des Fêtes, car le chef Andrew Scheer a fait état de son intention de laisser la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) le 12 décembre dernier. 

Jean Charest n’a peut-être pas été surpris de sa cote de popularité. Dans une entrevue exclusive consentie à Patrice Roy sur les ondes de Radio-Canada, il a précisé avoir renoué avec des fidèles du parti d’il y a plus de 30 ans. Ils l’exhortaient à se présenter. Il faut savoir que M. Charest a été leader du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998, lorsqu’il a quitté pour aller diriger les libéraux du Québec. Il a été premier ministre de 2003 à 2012. Mais il a estimé que le fossé était trop grand entre les progressistes-conservateurs et le PCC. Et les règles de cette course au leadership ne sont pas propices à un candidat de l’extérieur du parti, a-t-il aussi confié.

Assurément, le Parti progressiste-conservateur n’est pas le Parti conservateur du Canada qu’a fondé Stephen Harper. M. Charest en est bien conscient. Le changement de nom correspond à un virage à droite du parti sur de nombreuses questions, notamment l’environnement, le port d’armes, l’avortement, le mariage gai, etc. Jean Charest a adopté les valeurs libérales au fil de son passage, mais ce n’était pas si difficile que ça. Sur l’environnement et les questions sociales, son Parti progressiste-conservateur était très près du Parti libéral du Québec. 

Après une décennie et demie sous M. Harper et M. Scheer, il est temps que le Parti conservateur revienne un peu plus au centre, un peu plus près de ce qu’il était du temps du Parti progressiste-conservateur. Des forces souterraines, exercées par M. Harper soupçonne-t-on, luttent contre ce virage vers le centre. Il reste à voir jusqu’à quel point ce réalignement de positions cruciales au PCC s’articulera sous un nouveau chef. 

Et puis, il y a toutes les questions sur le financement politique et l’enquête interminable que l’Unité permanente anticorruption a baptisé « Mâchurer ». Le dévoilement d’anciens éléments d’enquête jusque-là dissimulés, la semaine dernière, ne sera pas étranger à la timidité de Jean Charest de reprendre le cours de sa vie politique active. Il attend depuis six ans que l’UPAC dépose des accusations, et elles ne viennent toujours pas. Mais le PCC aurait-il bien vécu avec un chef obscurci par le nuage de l’UPAC ? M. Charest a conclu qu’il n’avait pas besoin de revivre sous cette ombre, bien qu’il persiste à dire qu’il n’a « rien à se reprocher ». 

Depuis qu’il a repris sa carrière d’avocat, il vit mieux qu’avant. 

Pourquoi insister ? Il aura été séduit par l’idée... puis après mûre réflexion, il se sera ravisé. Somme toute, Jean Charest a pris une bonne décision.

Pierre Jury

Les 110 ans de l’AFO

ÉDITORIAL / L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario célèbre ses 110 ans cette année. Quel chemin elle a parcouru depuis 1910 !

Elle n’a pas débuté dans la discrétion. En effet, 1200 délégués s’étaient donné rendez-vous pour fonder l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFÉO). Cela fait deux ans que ça se parle au sein d’une communauté en forte croissance. Elle compte déjà 210 000 personnes et augmente dans le nord et l’est, tout particulièrement. Napoléon-Antoine Belcourt, premier Franco-Ontarien à présider la Chambre des communes, est choisi à l’unanimité pour en diriger les premiers pas. Il restera en poste le plus longtemps de l’histoire.

Le premier objectif est de lutter contre le règlement XVII. Cela prendra quelques années, mais les fondateurs y parviendront. Le rôle du journal Le Droit, fondé en 1913 pour galvaniser l’esprit de ces troupes, y joue un grand rôle. 

L’ACFÉO change de nom pour ACFO en 1969 : l’Association canadienne-française de l’Ontario correspond mieux à une ère de développement. Cela durera une trentaine d’années et dans les années 1990, l’ACFO s’essouffle. Certaines de ses sections locales n’arrivent pas à générer suffisamment d’intérêt pour se renouveler. S’en suit un long exercice de redéfinition et de repositionnement qui mènera presque à sa perte. C’est un miracle que SOS Montfort ait réussi malgré les soucis de l’ACFO. 

Avance rapide jusqu’en 2006. Mariette Carrier-Fraser assume la présidence d’une association « refondée », l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. En raison de la forte immigration, le visage des Franco-Ontariens a bien changé. Ils ne sont plus que blancs et catholiques. Elle sera suivie par Denis Vaillancourt, de 2010 à 2016, puis Carol Jolin, depuis quatre ans.

Depuis quelques années, l’AFO occupe son erre d’aller. 

L’influence tranquille de son directeur général, Peter Hominuk, se fait sentir. L’AFO a concentré ses efforts et ne perd plus autant de son temps en querelles internes aussi futiles qu’elles gaspillent des énergies essentielles. Lorsque l’AFO s’attaque à un dossier, comme le hiatus imposé à l’Université de l’Ontario français (UOF) et la fin du Commissariat aux services en français, elle s’y prend avec méthodologie, résolution et force. Cela donne des résultats parfois novateurs, comme en fait foi l’entente de financement Ontario-Ottawa où chacun injectera 63 millions $ dans l’UOF, mais à des périodes différentes, au cours des huit premières années. Cela a mis des mois à se négocier, mais l’important, c’est la finalité du projet.

Nous n’entendons plus parler des soucis financiers de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Les sections locales ont été abandonnées, cessant le traintrain de sections à bout de souffle, de membres et d’argent. Ses assemblées annuelles sont des événements courus où partis politiques, lobbies, dignitaires et membres jouent du coude. Les communautés culturelles y jouent un rôle inégalé dans l’histoire de l’Ontario. 

En 2020, des célébrations fêteront les 110 ans de l’AFO. Mais de façon plus importante, il reste encore beaucoup de dossiers à faire progresser. La communauté a changé, se concentrant davantage dans le centre-sud-ouest de l’Ontario, nourrie par l’apport de nouveaux arrivants. Il faut élargir l’espace francophone, augmenter l’essor économique des Franco-Ontariens, faire croître l’immigration francophone, améliorer le réseautage entre les institutions francophones, bref, renforcer aux 744 000 membres de la communauté francophone un environnement permettant de vivre pleinement en français.