Pierre Jury

Trans Mountain: l’aval s’imposait

ÉDITORIAL / Au fil des années, il était devenu clair que le Canada devait diversifier ses marchés, pétroliers entre autres, du seul acheteur qu’étaient les États-Unis. Il est illogique que le Canada se limite à un seul acheteur en raison de sa position géographique particulière. Compte tenu de la présence du pétrole dans l’ouest du pays plutôt que dans l’est, il semblait également logique que le Canada cible les marchés de l’Asie pour exporter ce précieux or noir.

Ainsi, c’est sans surprise que les Canadiens ont appris, mardi, que le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé la construction de l’oléoduc Trans Mountain qui reliera l’Alberta et le terminal maritime à Burnaby, près de Vancouver.

Pierre Jury

Laïcité : un débat qui n’est pas fini

ÉDITORIAL / La Loi sur la laïcité de l’État a été adoptée au Québec, mais le débat est loin d’être terminé. Il y aura des contestations qui traîneront la question en longueur et qui n’enrichiront que les avocats, sur un horizon de trois ou quatre ans probablement. Au-delà des prochaines élections québécoises. Entre-temps, le débat continuera sur le terrain, dans les écoles notamment où la loi s’appliquera de manière irrégulière. Cela mènera nécessairement à un certain exil d’immigrants du Québec vers l’Ontario, fort probablement, où ils trouveront un climat plus accueillant pour les minorités qui portent des signes religieux ostentatoires.

Cet exil ne sera pas important en nombre : quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers de citoyens. Ils seront remplacés rapidement par une portion des quelque 40 000 ou 50 000 nouveaux arrivants au Québec chaque année. 

Mais cela enverra un bien mauvais signal aux autres immigrants que le Québec pourrait accueillir. 

La Belle Province est la première juridiction en Amérique du Nord à intervenir directement dans la question des choix religieux de ses citoyens et cela lui vaudra un œil au beurre noir qui durera longtemps.

Pierre Jury

Francophonie: quel héritage?

ÉDITORIAL / La nouvelle secrétaire générale de la Francophonie vient de passer quelques jours à Ottawa et au Québec, où elle a tenu dans ses discours les idées reçues associées à sa fonction. Ainsi, Louise Mushikiwabo a défendu le partage de la richesse, notamment, et a milité pour la place des femmes et le développement de l’Afrique dans l’échiquier mondial.

Mme Mushikiwabo a ainsi réitéré les grands principes défendus par Michaëlle Jean, de qui elle a hérité le poste à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Pierre Jury

Le paradoxe de l’environnement

ÉDITORIAL / Le dévoilement de la stratégie d’élimination du plastique par Justin Trudeau, lundi, marque le vrai début de la campagne électorale fédérale.

Par là, le chef du Parti libéral indique que la campagne est lancée et si personne ne s’en doutait, que l’environnement sera l’un des éléments clefs de son programme.

Pierre Jury

Le référendum, étape nécessaire

ÉDITORIAL / Les discussions sur une réforme du scrutin ont repris. Cette fois, c’est le Québec qui s’y met. Au cours des dernières années, l’Île-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont tous refusé de revoir comment ils choisissaient leurs députés. Et le fédéral, après les promesses électorales de Justin Trudeau, a vu le premier ministre remettre le dossier à plus tard.

Au Québec, le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’était engagé à déposer un projet de loi en ce sens. Cela devrait être fait cet automne. La CAQ mise sur un mode de scrutin proportionnel mixte où 80 députés « de circonscriptions » seraient élus comme avant, et 45 seraient des « députés de liste », représentant deux ou trois circonscriptions. 

Le principal lobby en faveur de la réforme du scrutin, le Mouvement démocratie nouvelle, applaudit ces développements. Mais son président Jean-Pierre Charbonneau, l’ancien président de l’Assemblée nationale, perçoit bien des failles dans l’armure du projet. Comme le fait de recommander que le projet soit entériné par un référendum, ce qui retarderait sa concrétisation et surtout, la fragiliserait. 

Le premier ministre François Legault a soufflé le chaud et le froid sur cet élément depuis quelques mois. Jusqu’à tout récemment, il s’opposait à l’idée d’un référendum. Il ne serait plus tout à fait sûr.

Pourtant, un tel changement dans la manière que nous élisons nos députés s’avère tellement essentiel, cela va tellement au cœur de notre démocratie, qu’il est difficile de voir comment une telle idée pourrait être mise de l’avant sans que la population ne se prononce.

Certes, c’est à cette étape qu’ailleurs au pays, les projets de réforme du scrutin se sont cassé les dents. À chaque fois que les électeurs étaient consultés, ce sont eux qui ont refusé les changements. 

Il faut alors faire attention de prétendre que les Québécois en appellent de tous leurs vœux une réforme du scrutin. Rien n’est moins sûr. Et même au sein de la députation caquiste, rien n’est moins sûr. Des failles sont apparues cette semaine et il restera à voir où elle logera si le gouvernement loge bien un projet de loi cet automne, et s’il exige à ses députés de voter en faveur. Il s’agit tout à fait du genre d’initiative où les élus voteraient selon leur conscience. 

Cela dit, pourquoi appuyer une réforme du scrutin ? Pour stimuler les Québécois à voter en plus grand nombre ? 

Mais les pays où cela a été mis en vigueur n’ont pas connu d’augmentation : c’est un leurre d’y croire. Pour appuyer des idées moins populaires ? C’est justement pourquoi il faut s’y opposer. Si des idées sont partagées par moins d’électeurs, c’est précisément parce qu’elles sont parcellaires. Certains plans des partis d’opposition marginaux ne réunissent pas une majorité d’appuis justement parce que leurs idées sont à la marge, trop coûteuses ou trop difficiles à mettre en place. C’est justement la raison pourquoi ils demeurent des tiers partis, bien que leur présence soit saine et bienvenue dans notre démocratie. Par-dessus tout, il y a le risque de morceler l’Assemblée nationale avec l’émergence de trois, quatre ou cinq autres partis politiques chacun débattant leur programme et obtenant quelques sièges au parlement. 

Le régime uninominal à un tour, malgré ses défauts, permet de créer des gouvernements majoritaires stables, tout en allouant la division autour de minoritaires. C’est le beau de notre démocratie.

Avant de jeter cette mécanique aux déchets, il faut bien y réfléchir. Et cela inclut de faire adopter le projet par la population dans le cadre d’un référendum.

Pierre Jury

Difficile, l’an 1 de Ford en Ontario

ÉDITORIAL / Un an depuis l’élection de Doug Ford en Ontario : le feu roulant des coupes budgétaires, qui ont commencé dès les premiers jours du pouvoir, n’ont cessé et ne cesseront pas de sitôt. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour éliminer le déficit de 11,7 milliards $ dont il a hérité des libéraux de l’ex-chef Kathleen Wynne.

Le Parti progressiste-conservateur a été kidnappé par Doug Ford, au lendemain de la démission de Patrick Brown sous des accusations non prouvées d’agression sexuelle. En 10 semaines à peine, M. Ford tenait le Parti PC bien en mains, avec un chèque en blanc en poche. Il a choisi d’y aller avec un message populiste de redressement des finances publiques et il n’a plus regardé derrière lui. Il fonce tête baissée vers son objectif, qu’importe les conséquences.

Pierre Jury

Le triste film du train léger

ÉDITORIAL / Cela devient un mauvais spectacle de ridicule. Pour la quatrième fois, la date de lancement du train léger à Ottawa est repoussée. Le pire, c’est que le Groupe de transport Rideau (RTG) ne peut même pas avancer une date qui ne serait pas aléatoire, ou tirée d’un chapeau.

Les autorités municipales ne savent plus à quel saint se vouer.

Pierre Jury

La commission sur le « génocide »...

ÉDITORIAL / Génocide : le mot est partout dans le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Tant qu’on en est obnubilé.

Était-ce volontaire ? Sans doute, car les Canadiens avaient besoin d’un électro-choc pour être mus vers l’action, disent les commissaires. Malheureusement, ces références à un génocide polarisent le débat et viennent nuire à l’Enquête dès ses premières pages. La réalité, c’est que malgré sa bonne volonté, la population ne sait trop bien que faire et que penser de leurs relations avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis qui chacun et à des degrés divers selon l’endroit où ils sont, exigent des réponses différentes des autorités. Le gouvernement du Canada, à titre de fiduciaire des relations avec les Premières Nations, leur doit une réponse, et on le sent plus ouvert à le faire aujourd’hui qu’il y a 25 ans, à l’époque de la Commission royale sur les Peuples autochtones.

Génocide : vidons la question alors. Le rapport dit : «Le génocide est la somme des pratiques sociales, des hypothèses et des actions. Ce pays est en guerre et les femmes, les filles et les personnes autochtones sont en état de siège.»

Le Canada reconnaît cinq génocides : l’Holocauste, l’Homodomor ukrainien, le génocide arménien de 1915, le génocide du Rwanda de 1994 et le nettoyage ethnique de Bosnie entre 1992 et 1995. Mais les Autochtones n’étaient pas là lorsque la définition a été arrêtée en 1947. Mais doit-on inclure tous les peuples autochtones du monde, les Maoris, les aborigènes, les Indiens des Amériques et tutti quanti, pour qu’une définition soit acceptable ? Et que faire des autres peuples qui se réclameront eux aussi de génocide à l’avenir ? On n’en finira jamais et l’argument de la commissaire Michèle Audette ne tient pas la route.

Le Canada, en fait, n’est pas «en guerre» contre les femmes, autochtones ou non, bien qu’elles aient été trop souvent victimes de violences. Il existe un fossé entre ce que la commission statue et la réalité, aussi cruelle soit-elle parfois. 

Le rapport prend sa source en 2016 dans le fait qu’il y aurait quelque 3000 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis quelque 25 ans. Le rapport estime que «nul ne connaît le nombre exact». Parce que le gouvernement a librement encadré le débat «notamment les causes sociales, économiques, culturelles, institutionnelles et historiques», la commission d’enquête les a élargies jusqu’au génocide, ce que la commission Vérité et réconciliation ne faisait pas, qui a déposé son rapport sur les pensionnats autochtones en 2015. 

La première réponse du gouvernement du Canada était révélatrice. Alors que l’on connaît le préjugé favorable du premier ministre Justin Trudeau sur les questions autochtones, il s’est limité à dire que son gouvernement étudierait les 231 recommandations, sans s’engager à les mettre en œuvre... alors qu’il l’avait fait avec les 94 recommandations de la commission Vérité et réconciliation. Il est demeuré de glace devant le mot «génocide», lui préférant «situation honteuse». Cela dit tout.

Certaines risquent d’être adoptées, telle la création d’un ombudsman des droits des Autochtones, ainsi que des organismes de surveillance de la police, au Québec (qui a droit à son rapport indépendant) comme ailleurs au pays. Mais l’essentiel risque de se retrouver sur les tablettes, comme bien des rapports de commission d’enquête, autochtone ou pas.

Pierre Jury

Mort assistée: agir avec prudence

ÉDITORIAL / Il vaut mieux prendre deux précautions plutôt qu’une dans le débat sur l’aide médicale à mourir.

Le Québec a laissé savoir qu’il envisage étendre l’aide médicale à mourir aux patients qui souffrent de l’Alzheimer. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a dit que « le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là ».

Pierre Jury

Legault et ses rêves doux-amers

ÉDITORIAL / La Coalition avenir Québec a fait un feu d’artifices de son congrès baptisé «Pour une économie verte», en fin de semaine. La présence du militant Dominic Champagne, qui avait acheté sa carte de membre du parti (pour mieux l’influencer de l’intérieur, a-t-il dit), a été un couronnement.

Notoirement discret sur la question de l’environnement, le chef François Legault opère ce qui apparaît comme un revirement total de vision à ce sujet. Il s’est engagé, entre autres, à réduire la consommation québécoise de produits pétroliers de 40 % d’ici 2030, notamment en électrifiant les transports et en éliminant le mazout des édifices publics du Québec.