Pierre Jury

Une annonce d’années sombres

ÉDITORIAL / Le Parti québécois a encaissé un trio d’annonces de démission, hier. Agnès Maltais, Nicole Léger et Alexandre Cloutier ont tous confirmé qu’ils ne se représenteraient pas aux élections québécoises, le 1er octobre. C’est évidemment le départ de M. Cloutier, âgé à peine de 40 ans, qui fait le plus mal.

Le PQ s’en remettra, bien sûr, personne n’est plus important que son parti mais ce départ prématuré est indicateur de mauvaises nouvelles pour le chef Jean-François Lisée — ou les confirme.

Depuis plusieurs mois, les sondages peignent tous un sombre portrait de l’avenir à court terme du Parti québécois. Selon la maison Léger Marketing, le parti de René Lévesque est tombé sous la barre des 20 % d’appuis au sein de la population, alors qu’il a hérité d’un taux d’approbation aux alentours de 30 % lorsqu’il est devenu chef, le 7 octobre 2016. 

Pendant ce temps, le Parti libéral de Philippe Couillard se maintient tant bien que mal dans une fourchette de 30 à 35 % des intentions de vote au Québec. 

La surprise, c’est évidemment que la Coalition avenir Québec qui a récemment obtenu un score de 36 %, un record qui lui permet tous les espoirs à huit mois de l’élection. Sa remontée correspond à peu près exactement à la glissade du PQ, laissant à peu près deviner que le vote du PQ a transféré au parti de François Legault. Les Québécois n’en sont pas à une contradiction près, transférant leur allégeance d’un parti réputé de centre-gauche à un autre de centre-droit. 

Autrefois, il était largement reconnu que l’article 1 du Parti québécois constituait un frein à son essor dans l’opinion publique. Mais maintenant que M. Lisée a mis de côté la perspective d’un référendum, la cote d’amour de son parti baisse au lieu de remonter. C’est pour le moins paradoxal.

Sur le terrain, les députés péquistes le sentent bien. 

Et il est difficile pour un élu de garder le feu sacré quand l’espoir de former le gouvernement est à peu près nul comme au PQ. 

À une année électorale correspond toujours une occasion de changements de carrière pour les politiciens et il y aura des départs dans le camp libéral, soyons-en assurés. 

Mmes Maltais et Léger ont de bonnes raisons de vouloir tourner la page. Au début de la soixantaine, elles comptent deux décennies de travail à l’Assemblée nationale. Le fardeau du travail politique peut être lourd à porter. Mais cela ne vaut pas pour M. Cloutier. À 40 ans, il incarnait l’avenir du PQ. Au point où il a deux fois brigué sa direction. Sans clamer qu’il y a un schisme entre lui et son chef, disons que la perspective de travailler à ses côtés dans l’opposition pour au moins quatre années encore lui a dérobé tout enthousiasme. Lors de son annonce, hier, il a mis cela sous le poids de la partisanerie sur la Colline Parlementaire, mais le malaise est bien plus profond. Le message embrouillé de M. Lisée sur l’avenir du PQ et l’avenir du Québec n’a rien d’encourageant pour les souverainistes.

Jean-François Lisée tentera de mettre de l’avant l’occasion d’un renouveau pour son parti. Il y a toujours du vrai là-dedans. Une porte qui se ferme signifie qu’une autre s’ouvre. L’arrivée de Nathalie Leclerc, fille de l’illustre chansonnier Félix Leclerc, incarnera cette relance. Le retour hypothétique de Jean-Martin Aussant aussi, toujours illustré comme l’enfant prodigue. Il en faudra plusieurs autres.

L’idée d’indépendance n’est pas morte au Québec, quoi que prétendent certains qui prient son trépas. Mais elle aura besoin de temps et de rallier de nouveaux convaincus, en plus d’hypothétiques « conditions gagnantes », pour émerger de sa torpeur.

Pierre Jury

Pas d’inquiétude pour Trudeau

ÉDITORIAL / La cote de popularité de Justin Trudeau est en chute libre. La cote de popularité de Justin Trudeau se maintient près des 39,5 % qui l’ont élu en 2015. Choisissez l’option que vous voulez, les deux sont vraies. Mais ni l’une ni l’autre ne devrait inquiéter le premier ministre du Canada à 22 mois de la prochaine élection.

Premièrement, parce qu’il a beaucoup de temps devant lui et puis, les partis d’opposition n’ont pas encore tous les atouts pour lui faire de l’ombre. Ce qui ne lui donne pas un chèque en blanc pour autant...

Preuve que l’on peut lire les statistiques comme on le veut, selon le point de vue que l’on adopte, la dernière lecture de l’opinion publique offre aux détracteurs comme aux admirateurs du Parti libéral de quoi se conforter à l’aube d’une nouvelle année. Les taux stratosphériques d’approbation du gouvernement Trudeau, au lendemain de l’élection du 19 octobre 2015, dépassaient les 60 %. C’était flatteur pour le gouvernement qui incarnait un vent de changement et un nouveau climat en politique canadienne. Après une décennie d’un gouvernement de Stephen Harper axé sur la crainte – du déficit, des terroristes, des taxes, etc. –, Justin Trudeau a assaini l’air d’Ottawa avec ses « voies ensoleillées » portées sur l’espoir en l’avenir et des investissements massifs dans nos infrastructures. L’un de ses premiers gestes concrets est survenu quelques jours plus tard lorsque le Canada a rejoint les pays signataires de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21), ce que M. Harper refusait obstinément de faire.

Mais cette embellie dans l’opinion publique ne pouvait pas durer. Le sondage Nanos lui donne 37 % d’approbation. Décider fait des malheureux. 

Prenez le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau. À 29 milliards $ de déficit, c’était trois fois plus que la promesse électorale. Rien ne justifiait un tel gouffre, présenté sans l’ombre d’un plan de redressement des finances publiques. Cela a renforcé l’idée chez leurs adversaires que les libéraux aiment dépenser sans compter. (On oublie au passage que c’est le libéral Jean Chrétien, au milieu des années 1990, qui a mis fin aux déficits historiques du Canada.)

Après le budget rouge de 2016, le gouvernement Trudeau a rompu son engagement d’une réforme du mode de scrutin et sa position sur les pipelines paraît irréconciliable avec ses professions de foi pour un monde plus vert. L’année 2017 n’a pas été plus tendre avec les soucis éthiques qui ont collé aux semelles de M. Trudeau (à propos de son voyage chez l’Aga Khan) et de M. Morneau (sur ses liens avec l’entreprise familiale Morneau Shepell). 

Nous voguons vers l’inconnu en 2018 alors qu’une bonne part de la relance économique du Canada risque de s’enrayer avec les décisions du président des États-Unis Donald Trump sur l’ALÉNA, l’Accord sur le libre-échange nord-américain. Ce n’est pas le nouveau commerce de la marijuana, à l’été, qui sauvera la donne. Et pour le reste, comment M. Trudeau gérera-t-il les inévitables problèmes qui surgissent au fil des semaines ? Il ne suffit pas de proclamer d’autres voies ensoleillées en prenant un égoportrait pour que tous les écueils disparaissent ?

Justin Trudeau a au moins la chance d’avoir des adversaires encore moins expérimentés que lui. Le « bon garçon » qu’est le conservateur Andrew Scheer grandira-t-il au rang d’un premier ministre en devenir ? Et quelle sorte d’opposition le néo-démocrate Jasmeet Singh incarnera-t-il ?

Tout ça permet au chef libéral de prendre ce dernier sondage Nanos avec calme.

Pierre Jury

Diab n’aura pas volé sa liberté...

ÉDITORIAL / La France a remis le Canadien Hassan Diab en liberté, hier. Cela met fin à une saga longue de 10 années pendant lesquelles il en a passé plus de trois en prison dans l’attente d’un verdict.

Il reste encore une possibilité d’un appel par le système de justice français mais il paraît bien que le lourd fardeau qui pesait sur ses épaules a été soulevé pour de bon. Une fois qu’il aura réglé ses papiers, il pourra revenir au pays auprès de sa famille et reprendre son emploi de professeur de sociologie à l’université.

La cause de M. Diab a fait les manchettes depuis 10 ans à la fois pour la gravité des gestes dont il était soupçonné, et pour le processus par lequel il a été arrêté puis extradé en France en 2014. 

Le nom de Hassan Diab est depuis longtemps relié à l’attentat de la rue Copernic, à Paris. Une bombe placée dans la sacoche d’une moto explose devant une synagogue, le 3 octobre 1980 : quatre personnes meurent, 46 sont blessés. Le suspect, qui serait lié à des militants palestiniens, court toujours. 

Divers indices mènent à M. Diab qui est arrêté à son domicile de Gatineau en novembre 2008. Comme le crime est très sérieux, il est emprisonné en attendant son renvoi vers la France. Un comité de défense des droits de ce Libanais d’origine est mis sur pied et obtient sa libération temporaire, à condition qu’il porte un bracelet GPS. Ce groupe de citoyens conteste le processus juridique qui ne requiert pas le même niveau de preuve qu’un procès au criminel au Canada. Le combat contre l’extradition durera six ans. Le système judiciaire canadien n’avait pas à déterminer hors de tout doute raisonnable de la culpabilité de Hassan Diab dans cette affaire. Ce dernier arguait qu’il y avait erreur sur la personne et qu’il était au Liban au moment de l’attaque terroriste.

Le Droit a défendu la ligne dure dans le dossier de M. Diab. Les preuves contre lui par l’État français semblaient faibles, certes, mais du point de vue du Canada, ce n’était pas un procès ordinaire, mais une procédure d’extradition. Et puis la gravité de cet attentat à la bombe, la cible potentielle — des juifs sortant d’une synagogue alors que les tensions avec Israël étaient très élevées —, la réaction dans l’opinion publique et l’incapacité d’identifier un meilleur suspect justifiaient, à notre avis, que M. Diab subisse le test des tribunaux français. Évidemment, cette perspective n’avait rien de réjouissant pour lui ; le fardeau de la preuve n’est pas le même en France qu’au Canada. 

Le Droit estimait par ailleurs que si M. Diab n’était pas coupable, comme il l’a toujours prétendu, il n’avait donc rien à craindre du régime juridique français.

Hassan Diab a finalement eu gain de cause. Ses proches et lui ont toutes les raisons de se réjouir aujourd’hui.

Maintenant, il s’en trouvera pour réclamer réparation pour le traitement à l’endroit de M. Diab. C’est l’époque. Après la compensation record de 10,5 millions $ versée à Omar Khadr, certains verront dans la disculpation de Hassan Diab une raison d’exiger réparation soit du gouvernement canadien, soit du gouvernement de la France.

À cela, il faut fermer la porte immédiatement. Le Canada a suivi les règles. 

Les crimes étaient graves, le niveau de suspicion élevé. S’il a un recours, il doit l’exercer à l’endroit de la France. Pour le reste, le Canada doit souhaiter la bienvenue à Hassan Diab et espérer qu’il retrouvera la quiétude de son foyer et de sa famille après une décennie de tourments.

Pierre Jury

Changement de cap sur l’ALÉNA

ÉDITORIAL / Lors des premières rencontres avec le président Donald Trump, Justin Trudeau a fait bien attention de ne pas le froisser. La stratégie du Canada était clairement de ne pas irriter cet homme qui a multiplié les attaques envers les étrangers pendant sa campagne électorale, même les alliés naturels des États-Unis. Tout ça pour soutenir son message partisan « America First ». M. Trump en avait contre l’ALÉNA et l’espoir était qu’une relation cordiale avec M. Trudeau lui dicterait une position plus accommodante avec le Canada.

C’était un pari risqué. Si le président des États-Unis considère M. Trudeau comme un « great guy », ça n’a pas calmé sa grogne à l’endroit de l’Accord de libre-échange nord-américain. Le Canada s’est carrément buté à un mur cet automne et cela l’a convaincu de changer d’approche. 

Ainsi, le gouvernement Trudeau a récemment porté plainte devant l’Organisation mondiale du commerce contre le comportement des États-Unis qui a imposé des droits compensateurs sur le bois d’œuvre canadien. Il y a aussi eu les sanctions commerciales contre les avions de la CSeries de Bombardier et cette semaine encore, des tarifs supplémentaires contre le papier journal d’ici.

Officiellement, le Canada garde le sourire. La ministre des Affaires globales, Christya Freeland, faisait tout pour maintenir une approche accommodante lorsqu’interpellée sur les discussions tripartites en vue d’un ALÉNA 2.0, hier. En marge d’un caucus libéral à London, elle parlait toujours de trouver une solution gagnant-gagnant malgré la liste des demandes américaines. 

Rappelons certaines d’entre elles, afin de mieux en mesurer la portée... Tous les véhicules exportés aux États-Unis devraient être à 50 % de pièces américaines afin d’éviter un tarif supplémentaire. La gestion de l’offre à tout le moins dans le secteur du lait (et du fromage) devrait prendre fin. Les entreprises canadiennes ne pourraient avoir un aussi grand accès aux contrats publics américains. Le règlement des disputes devrait se faire devant les tribunaux plutôt qu’à un panel indépendant. Et toute l’entente prendrait fin dans cinq ans, à moins d’une entente entre les trois pays.

Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, l’a bien résumé, en octobre. Il a admis que son pays voulait « mettre fin à certains privilèges dont profitent [le Canada et le Mexique] depuis 22 ans. Et nous ne sommes pas en position d’offrir quoi que ce soit en retour... »

La triste réalité, c’est que les États-Unis sous M. Trump ne veulent rien savoir d’une entente gagnant-gagnant. Tout ce qui les intéresse, c’est un pacte gagnant pour eux. Et au diable les autres. C’est ça, « l’art de la négociation » du président Trump, lui qui se présente depuis des lunes comme l’as-négociateur. Il veut se servir de la taille des États-Unis pour imposer le règlement qui fait son affaire, sans égard aux intérêts de ses vis-à-vis.

Cela augure donc bien mal pour les pourparlers qui ont été prolongés jusqu’en 2018 ; le prochain rendez-vous aura lieu à Montréal, dans 10 jours. 

La référence du litige à l’OMC n’augure rien de bon pour les relations canado-canadiennes. Donald Trump rejette les tribunes internationales, que ce soit les Nations-Unies ou l’OMC, parce qu’elles ne font pas ses quatre vérités. Il ne reste pas beaucoup d’espoir que les nombreux États américains dont l’économie repose en partie sur des relations cordiales avec le Canada fassent entendre raison à ce président égoïste. Il reste aussi le temps, un allié du Canada. Un retrait de l’ALÉNA n’est pas automatique, et le Congrès américain aura son mot à dire pour que la raison prédomine.

Pierre Jury

La vraie iniquité du réseau de l’UQ

ÉDITORIAL / Les salaires des recteurs des composantes de l’Université du Québec sont si modestes par rapport à leurs collègues des universités à charte que c’en est presque «du mépris», estime Lise Bissonnette. Cela vaut évidemment pour Denis Harrisson, le recteur de l’Université du Québec en Outaouais depuis 2015. Son salaire de 176 782 $ le place loin derrière les autres recteurs du Québec qui empochent entre 300 000 $ et 400 000 $.

En guise de comparaison, Allan Rock a reçu 394 999 $ à titre de recteur de l’Université d’Ottawa en 2016, la dernière année pour laquelle des données sont connues.

Aux États-Unis, les recteurs d’universités publiques — la nuance est importante — gagnaient en moyenne 428 000 $ en 2014, selon le Chronicle of Higher Education, rapporté dans La Presse en 2016.

Cela fait plusieurs années que Mme Bissonnette, l’ancienne directrice du journal Le Devoir, s’insurge contre les échelles salariales des dirigeants du réseau de l’Université du Québec. En 2013, elle tenait un discours similaire alors qu’elle entamait son mandat de présidente du conseil de l’Université du Québec à Montréal. À ce titre, elle vient d’embaucher une nouvelle rectrice, Magda Fusaro, dont le salaire frisera les 200 000 $. 

La taille des universités n’explique pas tout non plus. L’UQAM compte plus d’étudiants que Concordia mais son recteur a encaissé 2,5 fois plus. Et la minuscule Bishop’s paie son recteur 297 558 $, même si moins de 2750 étudiants y sont inscrits.

Dans Le Devoir, mercredi, Mme Bissonnette parle d’une «iniquité flagrante» et ne peut s’expliquer pourquoi ses représentations auprès du gouvernement du Québec demeurent lettre morte. Elle croit même que le mépris — faute d’un autre mot — face au réseau «extraordinaire» de l’UQ, touche tous les partis à l’Assemblée nationale.

Rappelons au passage que les salaires des dirigeants des Universités du Québec sont fixés par l’État alors que ceux des universités à charte sont décidés par le Bureau des gouverneurs de chacune.

Mais un coup de baguette pour ajouter 150 000 $ aux salaires des recteurs du réseau de l’UQ ne réglerait pas vraiment le problème. Si cela les réjouirait sans doute, et satisferait Mme Bissonnette, cela ouvrirait une tout autre boîte de Pandore. Rapidement ce serait les vice-recteurs qui se plaindraient de leurs écarts salariaux, puis les professeurs, puis les chargés de cours, et ainsi de suite. Et comme les émoluments de ces milliers de travailleurs du savoir sont puisés dans les fonds publics, cela créerait un trou financier dans les comptes de l’État québécois. On n’en sort pas. 

Il y a dans la vie plein de situations inéquitables dont il faut se faire une raison. Dans une région comme Ottawa-Gatineau, les écarts sont particulièrement prononcés entre les compensations au gouvernement fédéral et les autres employeurs. Le secteur privé s’ajuste tant bien que mal et il y a constamment des gens qui se laissent charmer par le chant des sirènes fédérales. Pour ces personnes, les questions financières priment souvent sur d’autres considérations. 

En ce qui concerne l’UQO et ses soeurs du réseau de l’UQ, le vrai problème que pourraient provoquer les iniquités salariales décriées par Lise Bissonnette serait que la qualité de l’enseignement et la valeur de ses diplômes s’avèrent déficientes en comparaison avec ceux des universités à charte. Cela ne semble pas le cas. 

En attendant, les membres de l’UQ se concentrent sur leurs missions régionales avec les moyens du bord... et s’il y a déficience, elle semble davantage situer dans la pénurie de moyens dont ils sont dotés. Un air connu en Outaouais.

Pierre Jury

Le sport, outil de détente en Corée

ÉDITORIAL / Le sport aura servi d’argument de détente dans le long conflit qui perdure entre la Corée du Nord et le reste du monde. Trop souvent la proie des mercantiles et outil des gens du pouvoir, le sport a retrouvé sur la péninsule coréenne une partie de sa fonction de collaboration entre les peuples. Car pour compétitionner ensemble, les sportifs doivent au moins s’entendre sur un ensemble de détails : un lieu, un moment, des règles, peut-être même un enjeu. C’est dans cette atmosphère d’entente que la Corée du Nord a tenu une rencontre au sommet avec la Corée du Sud, hier, à l’issue de laquelle il a été confirmé qu’un couple de patineurs artistiques nord-coréens participeront aux Jeux olympiques d’hiver à Pyongchang, le mois prochain.

Cette avancée, anodine pour les cyniques, s’inscrit dans une désescalade des tensions autour du régime de Kim Jong-Un, tendance qu’il faut applaudir plutôt que railler.

Tout cela est tellement plus encourageant que les invectives que le leader nord-coréen et le président des États-Unis Donald Trump s’adressent l’un l’autre, créant un climat de tensions inégalé dans l’histoire. Il y avait bien eu des moments de grande incertitude quant aux intentions menaçantes de la Corée du Nord avec ses essais de missiles nucléaires. Mais que deux chefs d’État, possédant chacun l’arme nucléaire, s’insultent de telle façon était probablement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Au point où l’Association des scientifiques atomiques avait récemment devancé son évaluation de la menace d’une guerre atomique à minuit moins 2 minutes, 30 secondes. Selon leur lecture des événements, la Terre n’avait pas été si proche d’une attaque nucléaire depuis 1953, au début de la Guerre froide. La fin des tensions à la suite de l’éclatement de l’Union soviétique avait repoussé l’heure fatidique à 17 minutes en 1991. Depuis deux ans, la menace potentielle nous avait collectivement menés près d’un précipice et les quolibets lancés par MM. Kim et Trump n’auguraient rien de bon.

Dans ce contexte, tout mouvement vers la paix est bienvenu. Que le sport soit l’outil d’expression d’un début de détente doit être salué avec soulagement. 

Dans son message à l’occasion du Nouvel An, Kim Jong-Un avait dit qu’il avait « un bouton nucléaire sur mon bureau » et que des cibles du continent américain étaient à portée de ses missiles. Mais du même coup, il avait assuré que ces armes nucléaires « ne seraient utilisées que si notre sécurité était menacée ».

Dans un élan machiste typiquement puéril, le président Trump n’avait rien trouvé de mieux à dire qu’il avait « un plus gros bouton » que son vis-à-vis nord-coréen.

Ce ne sera pas la première présence de la Corée du Nord aux Olympiques. Ils étaient présents aux JO de Sydney en 2000, d’Athènes en 2004, et de Turin en 2006. Mais ce sera la première fois sous Kim Jong-Un, qui a succédé à son père en 2010. Son administration a été marquée par une consolidation de son pouvoir axé sur le culte de sa personne, des purges dans l’entourage des conseillers hérités de son paternel, et la reprise d’essais nucléaires. L’indice d’une certaine détente est donc bienvenu, même si on ne débute qu’avec une participation sportive. Le lieu de cette compétition, en plein sol sud-coréen, est cependant lourd de signification. 

Pour l’avenir de la planète, il faut espérer que la participation des patineurs nord-coréens à Pyongchang sera la première d’une série de signaux d’un rapprochement entre les deux Corées. Car il faudra bien se rendre à cette étape à un moment donné comme nous a enseigné l’histoire des deux Allemagnes, notamment.

Pierre Jury

Une longue route attend Oprah

ÉDITORIAL / Il n’aura fallu que quelques paroles inspirées et inspirantes d’Oprah Winfrey, dans une Amérique en mal d’espoir, pour lancer un flot de spéculations sur son éventuelle campagne présidentielle. Oh sur combien peu reposent parfois les rêves !

Ceci n’est pas un reproche aux électeurs des États-Unis séduits par le parcours de l’animatrice de télévision devenue productrice et milliardaire, bien que totalement novice au plan politique. Ils sont peut-être plus fascinés que d’autres par le « rêve américain » qui fait miroiter la réussite et les millions pour tous, même ceux qui ont connu des débuts les plus modestes. Mais ce n’est pas le seul pays à propulser des personnalités dans l’arène politique. Le Libéria vient d’élire un ancien champion de soccer à sa présidence, George Weah. Et que dire de Justin Trudeau qui n’a eu qu’à prononcer un éloge funèbre mémorable à la mémoire de son père pour que des libéraux nostalgiques lui voient, dès 2000, une carrière politique...

Mme Winfrey acceptait dimanche un prix pour l’ensemble de sa carrière dans le cadre de la cérémonie des Golden Globes. Elle ne s’est pas limitée à des remerciements d’usure. Les réflecteurs étaient braqués sur elle alors que l’auditoire de vedettes de Hollywood, toute de noir vêtue, marquait la fin – du moins, l’espère-t-elle – d’une époque où les agresseurs avaient beau jeu pour profiter de la vulnérabilité de leurs victimes, principalement des femmes. Il s’agissait de la première cérémonie de l’industrie du divertissement depuis les dénonciations visant le producteur Harvey Weinstein et Mme Winfrey en a profité pour rappeler la place encore à prendre pour les femmes et pour les minorités visibles dans cette industrie et dans son pays. Rares sont les histoires à succès des femmes noires aux États-Unis et il n’était pas anodin que la sortie d’« Oprah » survienne au moment où une personnalité issue de leurs rangs, Donald Trump, bouleverse la culture politique. Le magnat de l’immobilier, devenu héros de la télé-réalité, fait fi de tous les dogmes de Washington en ramenant un discours d’intolérance des minorités sexuelles, raciales, économiques, même morphologiques. Cela se fait au grand dam de leaders d’opinion plus progressistes dont Oprah Winfrey qui n’allait pas rater l’occasion.

Il n’en fallait pas plus pour donner une nouvelle impulsion à ses velléités politiques même si elle les a à plusieurs reprises niées dans un passé même récent.

Mais le Parti démocrate se cherche un porte-étendard pour la prochaine élection présidentielle. L’année 2020 sera consacrée à la campagne présidentielle, et 2019, à l’investiture du parti. Quiconque aspire à la présidence doit tout de suite préparer son organisation. On soupçonne d’ailleurs deux autres sénatrices Kamala Harris – déjà baptisée la « Obama féminine » – et Elizabeth Warren de caresser de similaires aspirations. Il n’est pas trop de 18 mois pour recruter les meilleurs travailleurs d’élection et directeurs de financement. 

Oprah Winfrey devra surtout bâtir un programme qui rejoindra les espoirs d’une majorité d’Américains. Les électeurs flairent le chiqué et les candidats qui sont là plus pour nourrir leur ego que d’offrir des solutions à la population. Une femme de tête à la parole facile comme Mme Winfrey a la victoire facile devant un auditoire conquis d’avance comme celui de Hollywood, et même ceux des états démocrates comme la Californie. Le défi grimpe de plusieurs crans dans les états rouges de la « Rust Belt » où Donald Trump a profité de la désillusion et de la méfiance devant les élites bien-pensantes pour paver sa victoire de 2016. 

Pierre Jury

Sacs plastique: avant d’interdire...

ÉDITORIAL / Avec la Nouvelle année est arrivé le bannissement des sacs de plastique à Montréal. Gatineau pourrait emboîter le pas en 2018 car une telle interdiction plaisait au parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin. Et avec une élection municipale à Ottawa à la fin de l’année, gageons qu’au moins un candidat en fera un engagement personnel. Bref, les sacs de plastique sont dans la mire ces années-ci, et pas que celle des écologistes.

Mais l’idée est plus compliquée qu’elle ne paraît. Les bienfaits de l’interdiction ne sont pas aussi évidents que l’on serait porté à croire, et sa mise en place, plus complexe. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une fausse bonne idée mais il ne faut pas s’y lancer tête baissée.

De fait, quoi de plus simple ? Les pouvoirs municipaux ont l’autorité pour agir — mais ce n’est pas le cas en Colombie-Britannique — et il n’y a qu’à passer au vote pour rallier une majorité de conseillers derrière une initiative qui procure des accolades de la part d’un électorat las de voir ces sacs flotter au vent dans les arbres.

Cela fait 10 bonnes années que l’idée d’interdire les sacs plastique circule en Amérique du nord mais il n’y a encore qu’une dizaine de municipalités qui sont allées de l’avant. Montréal est la première ville de taille au Canada à se joindre au mouvement. Toronto a fait marche arrière en 2012, trois ans après avoir voté en faveur. Aux États-Unis, les plus grandes villes à avoir interdit les sacs plastique sont Los Angeles, Chicago et Portland. Au Québec, Boisbriand est allée de l’avant il y a 18 mois, et Mascouche l’a annoncée pour le printemps.

À Montréal, l’administration du maire défait Denis Coderre avait commandé une étude exhaustive en 2015. 

Certes, il se distribue entre 1 et 2 milliards de sacs plastique au Québec à chaque année et ils passent dans les mains de tout le monde lorsqu’ils font leurs emplettes, vont à la pharmacie, etc. La réalité, c’est que les citoyens les utilisent un peu partout et s’ils doivent disparaître, il faut proposer des solutions de remplacement. Sac recyclable, sac de papier, de coton ou sac réutilisable, chaque option vient avec ses avantages et désavantages, et ses coûts tant financiers qu’environnementaux.

L’étude Chamard pour la Ville de Montréal relève qu’il y a plusieurs types de sacs et de plastiques. Toute réglementation doit tenir compte d’autres plastiques comme les enveloppes des nettoyeurs à sec par exemple, ou des sacs minces qui servent aux fruits, légumes et viandes à l’épicerie. 

Et puis, faut-il aller jusqu’à l’interdiction lorsque les campagnes de sensibilisation fonctionnent déjà très efficacement ? 

Si la population de l’Outaouais pense comme ailleurs, il y aura une importante réaction négative à une interdiction. Bien des gens pestent déjà la tarification de 5 cents le sac — prix qui devait être triplé pour vraiment encourager l’utilisation des sacs réutilisables. Il faudra aussi faire face aux doléances de l’industrie des plastiques qui a déjà accusé Montréal de « blanchiment écologique », à l’opposition de détaillants qui rechignent contre ces frais qui s’ajoutent à la facture globale des consommateurs, etc. Et puis ce n’est pas comme si les sacs à usage unique disparaissaient dans la nature. Ils sont souvent « recyclés » en sacs poubelle, ou par les propriétaires d’animaux qui les utilisent pour leurs excréments. 

Pourquoi ne pas imiter Ottawa qui encourage leur recyclage en les rapportant dans des dizaines de magasins ? 

Pourquoi forcer une solution drastique quand il existe des options vertes et gratuites ?

À tout le moins, les élus doivent explorer toutes les avenues avant de céder au chant des sirènes.

Pierre Jury

De 2017 à 2018...

ÉDITORIAL / L’année 2017 a été marquée par l’expectative et 2018 livrera quelques dénouements à cette attente.

Nous vivons ces années-ci une période d’entre-deux, un genre d’interrègne entre l’annonce de décisions et leur mise en vigueur. Prenez l’augmentation du salaire minimum en Ontario à 14 $/h, un bond considérable des 11,40 $ qu’il a été pendant toute l’année 2017. Pour ces milliers de travailleurs au bas de l’échelle, la hausse est majeure et l’arrivée de la Nouvelle année représente une amélioration considérable de leurs conditions de vie. Pour une semaine de labeur de 40 h, cela les fait sauter de 456 $ à 560 $ d’un seul coup ! Bon, ce n’est pas encore la manne, mais c’est toute une différence dans leurs poches. Et un autre 40 $ est prévu l’an prochain.

Autre décision abondamment discutée jusqu’ici, la légalisation de la marijuana, avec l’ouverture en juillet de comptoirs de vente un peu partout au Canada. Après la promesse électorale énoncée en 2015, le commerce libéralisé du pot s’en vient et nous en verrons rapidement les effets, tant au plan économique que social. Les provinces n’ont pas eu le choix d’emboîter le pas.

Le gouvernement de Justin Trudeau a franchi le cap de son deuxième anniversaire et nous attendons les effets concrets de plusieurs de ses autres initiatives. L’infusion magistrale de capitaux dans des projets d’infrastructure n’a certainement pas nui à notre économie qui roule rondement, mais au-delà de l’emploi, il faudra des années encore avant d’en apprécier les bienfaits de lourds déficits créés. À Ottawa, nous en aurons un avant-goût avec l’inauguration du premier tronçon du réseau de train léger, qui avait été confirmé à l’époque où les conservateurs de Stephen Harper étaient encore au pouvoir.

S’il y a un secteur national où 2018 pourrait vivre des bouleversements, c’est celui du commerce avec les États-Unis. Si l’Accord nord-américain sur le libre-échange — que le président américain Donald Trump honnit — devait être déchiré (ou réécrit en profondeur), c’est en 2018 que ça devrait se constater pour vrai. Pour le reste, ce président hors-norme parle et tweete beaucoup, souvent plus par bravade et quête d’ego qu’autre chose, mais son influence demeure encore très marginale. 

Il y aura des élections au Québec, en Ontario et à la Ville d’Ottawa. Les Partis libéraux de Philippe Couillard, au Québec, et de Kathleen Wynne, en Ontario, risquent d’être balayés à la faveur de leurs adversaires plus à droite. Il faudra surveiller si cela imprime de réels changements. Les avancées des Franco-Ontariens semblent d’ailleurs à l’abri.

Quant à Jim Watson, maire d’Ottawa, à moins qu’un adversaire inattendu n’émerge, il peut prévoir une réélection tranquille, un peu à la manière de son « ami » et voisin Maxime Pedneaud-Jobin. Sa réélection récente a confirmé les grandes orientations à Gatineau.

Ce rapide survol de 2017 ne veut pas diminuer les difficultés vécues par les victimes des inondations au Québec surtout, et un peu en Ontario. Pour ces familles, l’année qui se termine n’aura pas été celle des réjouissances du 150e anniversaire de la Confédération. Celle qui vient doit enfin leur apporter du réconfort. S’il est ironique que l’eau a débordé chez nous alors qu’elle manquait dans une Californie asséchée et brûlée, cela nous ramène aux changements climatiques qui ne ratent pas une année pour faire sentir leurs effets, quoi qu’en disent les climatosceptiques. Quant à ce que nous acceptons collectivement de changer, ce sera un effort qui boudera le calendrier, comme à chaque année.

Pierre Jury

La générosité, le plus beau cadeau

ÉDITORIAL / La pauvreté et l’isolement sont particulièrement difficiles à tolérer à cette période de l’année où les gens font une pause par conviction ou par tradition judéo-chrétienne. Retrouver les personnes qui nous sont chères, leur témoigner notre appréciation par une attention, souvent un cadeau, est un privilège dont tous ne peuvent profiter. Un regard autour de soi suffit pour le constater.

Quelques pas dans nos centres-ville nous font côtoyer des moins nantis. Il ne faut pas traverser à la hâte pour se fermer les yeux devant le phénomène des inégalités sociales. Elles sont dans les villes et villages, petits et grands, ces personnes qui survivent plus qu’elles ne vivent. 

Au Canada, la population reconnaît aux gouvernements une grande responsabilité de maintenir un filet social pour garantir à tous un minimum de dignité. La taille des mailles de ce filet fait l’objet de nombreuses discussions tout au long de l’année, mais l’exemple de nos voisins des États-Unis est une direction que nous ne voulons pas emprunter. La social-démocratie à la canadienne nous a rendu généralement allergique à la grande pauvreté, aux invivables taudis, à l’indifférence face aux malades, aux poqués de la vie. C’est pourquoi la glorification de la richesse que l’on constate au sud du 49e parallèle, jusqu’à la Maison-Blanche, n’a pas cours parmi nous. Ainsi, le fédéral, le Québec et l’Ontario ont annoncé récemment des mesures de lutte à la pauvreté. L’aide au logement, le relèvement du salaire minimum ou le réinvestissement dans l’aide sociale allégeront le quotidien des gens qui souffrent.

Aux côtés ou à la place des gouvernements, de nombreux organismes travaillent d’arrache-pied pour améliorer le sort de ceux qui n’ont pas eu la chance de leurs concitoyens, ou qui n’avaient pas les atouts nécessaires à une bonne insertion en société. Soupes populaires, chapitres locaux de Centraide, communautés religieuses et organisations de la société civile ne sont que quelques-uns de ces outils essentiels que notre communauté s’est dotés. Sans eux et toutes les personnes qui y contribuent bénévolement, elles n’y arriveraient pas. Souhaitons à toutes ces équipes l’énergie pour continuer cette œuvre essentielle. 

Cette saison, soulignons tout particulièrement le dévouement et l’abnégation de milliers de citoyens qui posent de petits gestes au quotidien pour faire que notre société soit plus humaine. 

Nous avons une pensée pour cet homme qui va chercher les médicaments de son voisin à la pharmacie, et qui l’aide avec quelques emplettes. Une pensée pour ces deux jeunes Gatinoises qui collectent sous et denrées pour offrir un repas de Noël à la Soupe populaire de Hull. Pour les centaines de personnes qui remplissaient des sacs de sable, pendant les inondations, en mai dernier. Nous avons une pensée pour ces collègues de travail d’une école du secteur Vanier, à Ottawa, qui se cotisent et sollicitent les commerçants du coin pour garnir des dizaines de paniers de Noël remis aux familles de leurs élèves. Pour ces voisins qui gardent un enfant pour offrir un répit aux parents essoufflés, et ceux qui entretiennent la patinoire du quartier. Pour ce trio d’amis qui ont récolté et remis à neuf des vélos pour les enfants de familles immigrantes, à l’approche de l’été. 

Tous ces gens ont totalement agi dans l’ombre. Leurs noms, lorsqu’ils étaient connus, ont volontairement été omis pour bien illustrer le caractère gratuit de leurs gestes. Ils les ont posés sans aucune attente, parfois sans même un merci. Il n’existe aucune trace de leur labeur, aucun contrat, aucune reconnaissance. Mais ils le font quand même. Parce que ça fait du bien autour d’eux. Parce qu’ils allaient à la pharmacie de toute façon. Parce qu’ils voulaient aider les sinistrés des inondations par solidarité humaine. Parce qu’un vélo met un sourire sur le visage d’un enfant qui lui, n’oubliera jamais combien des gens ont été généreux avec lui. Parce que la générosité encourage la générosité. 

Cela fait de meilleures sociétés. Ces petits coups de main, parfois anodins agissent comme un lubrifiant social qui fait que tout tourne un peu plus rond et un peu mieux que si l’indifférence des gens prenait le dessus.  

Célébrons cette solidarité qui s’exprime collectivement pendant les Fêtes. Même dans l’anonymat le plus total. 

Joyeuses fêtes !