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Pierre Jury

Pour investir plus « vert »

ÉDITORIAL / On a fait large cas, cette semaine, de ce professeur qui a démissionné de ses fonctions à l’université McGill en guise de protestations contre ses investissements dans l’industrie du pétrole. Mais cette question continue de diviser profondément les grandes institutions.

N’empêche qu’il y a de quoi se réjouir. La société BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde, a pour sa part annoncé ces jours derniers qu’elle allait immédiatement rediriger ses 7000 milliards $ en investissements plus verts, plus respectueux des changements climatiques. Cela après avoir été la cible de manifestants pendant des années.

C’est un peu un baume sur la plaie subie par Gregory Mikkelson, qui était professeur à McGill depuis 18 ans. Il réclamait depuis des années que l’université anglophone transfère vers des investissements plus verts les 8,7 % des 1,7 milliard $ qu’elle détient en placements, soit environ 148 millions $. McGill a refusé alors que plusieurs universités au Canada l’ont déjà fait. L’université Laval avait été la première en 2017. Mais nous parlons de montants plus symboliques que significatifs, de l’ordre de quelques millions de dollars.

Outre certains cas rares, le désinvestissement des industries fossiles se fait lentement, au terme d’années de pressions, et sur un horizon de plusieurs années, le temps que les institutions puissent rediriger leurs investissements sans que cela ne fasse trop de pertes dans les portefeuilles d’investissements. 

En 2016, l’Université d’Ottawa avait accepté de « réduire l’empreinte carbone de l’ensemble de notre portefeuille de placements d’au moins 30 % d’ici 2030 ». Sur 14 ans donc.

BlackRock s’est engagé à le faire rapidement, sans préciser l’ampleur du mouvement qu’il a annoncé, ni d’échéancier. Au mieux a-t-elle avancé que « nous verrons des changements dans l’allocation des capitaux plus rapidement que nous ne voyons des changements dans le climat lui-même », a affirmé son fondateur et chef de la direction, Laurence Fink. Les changements ont déjà commencé alors que les placements dans les fonds durables ont quadruplé en 2019, par rapport à 2018.

Il y a cependant peut-être un élément accélérateur qui agit en filigrane : la montée en grade d’une nouvelle génération de jeunes investisseurs très concernés par la responsabilité sociale. Pour eux, un horizon de 14 ans, c’est bien trop long. Ils veulent des modifications plus rapidement, et plus drastiquement. Ils militeront pour les investissements plus proches de leurs valeurs, plus verts, et qui iront plus loin que juste investir dans les énergies renouvelables. Cela inclura aussi éviter des placements dans l’industrie du « péché » : cigarette, gambling, etc. C’est ce que l’on appelle plus globalement l’approche ESG, pour leurs facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise. Ce n’est pas seulement de ne pas être investi dans des secteurs plus verts, mais aussi de consacrer son argent dans des entreprises affichant de bons résultats financiers et une bonne performance environnementale, sociale et de gouvernance.

Il est trop tard pour sauver la carrière du professeur Mikkelson. Mais aucun ne doute qu’il se replacera ailleurs. Cependant, il a mis le doigt sur un bobo qui fait mal, et qui fera de plus en plus mal, et de plus en plus profondément. Car cette question ne s’en ira pas toute seule. Nous sommes devant une question de fond (et de fonds !) auquel la société tout entière devra se consacrer au fil des ans. 

Ces sujets n’étaient pas populaires il y a 10 ans. Ils sont maintenant sur toutes les lèvres.

Pierre Jury

Simard libérale, mais pourquoi?

ÉDITORIAL / Amanda Simard a fait ce que plusieurs s’attendaient depuis bien des mois, c’est-à-dire rejoindre le Parti libéral de l’Ontario. Elle avait tourné le dos au Parti progressiste-conservateur pour sa conduite, le jeudi noir du 15 novembre 2018, où il avait suspendu le financement de l’Université de l’Ontario français et mis fin au Commissariat aux services en français. Depuis, c’était le calme plat. Elle refusait toutes les invitations des libéraux, prétextant que sa réflexion n’était pas terminée. Mais ce n’était qu’une question de temps.

Ce temps est arrivé.

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La députée Amanda Simard passe chez les libéraux

Amanda Simard a pris son temps avant de choisir un camp

Elle se décrit toujours comme « fiscalement responsable et socialement progressiste », ce qui place Mme Simard à gauche des conservateurs et à droite des libéraux, assez nettement au centre. Ce qu’elle n’est pas, c’est néo-démocrate ou verte, car ces partis n’ont pas enregistré dans sa réflexion. 

Où se retrouvera-t-elle avec un nouveau chef libéral dont ne nous connaissons pas l’identité ? Rappelons que le Parti libéral choisira son futur chef le 7 mars.

Ainsi, il y avait un sens certain lorsqu’elle cultivait le flou artistique sur son avenir politique. En demeurant évasive sur ses intentions prochaines, cela allait dans le sens de l’incertitude cultivée par la députée qui a maintenant 30 ans. Maintenant, elle met fin au suspense. Pourquoi à ce moment-ci ? C’est un mystère.

Amanda Simard a soutenu qu’elle tenait « à faire partie du renouvellement du parti alors qu’il se reconstruit, modernise et prépare pour les années et les générations à venir ». Et si elle ne s’entend pas avec le nouveau chef ? 

Six candidats se font la lutte pour la direction du Parti libéral. Ce sont Michael Coteau, Steven Del Duca, Kate Graham, Brenda Hollingsworth, Mitzie Hunter et Alvin Tedjo. M. Del Duca, qui a été ministre des Transports, puis du Développement économique avant de perdre sa circonscription de Vaughn, serait le favori. Mais cette course se déroule presque dans l’anonymat le plus total. Déjà trois débats ont eu lieu, sans générer une large couverture médiatique. 

Mme Simard a promis de s’impliquer dans la campagne à la direction de son nouveau parti. « C’est certain que je vais participer à la chefferie très attentivement et vous me connaissez, je ne suis pas du genre à rester dans les estrades, a-t-elle commenté. C’est clair que j’ai un intérêt à m’impliquer. »

Mais il y a une chose qu’elle n’a pas fait, avant de confirmer son passage chez les libéraux. C’est d’avertir l’Association libérale de Glengarry-Prescott-Russell de ses intentions. 

Disons qu’ils sont rouges de colère. Elle n’a pas consulté non plus Jean-Marc Lalonde, l’ancien député et bonze libéral dans l’est de l’Ontario. Elle fait son petit bonhomme de chemin, toute seule, dans son coin. Ce qui est conséquent avec son action politique depuis son élection. 

Hormis les dossiers francophones qui lui tiennent à cœur, elle ne semble pas très diligente à s’occuper des autres sujets qui préoccupent ses commettants. Et il y en a plusieurs. Cela lui coûtera des appuis plus tard, lorsqu’elle en aura besoin. 

Par chance, sa réélection ne viendra que dans deux ans et demi : elle a le temps de corriger ses erreurs. Elle pourrait mettre ça sur le dos de son manque d’expérience. N’empêche que ce moment arrivera plus vite qu’elle ne le soupçonne. Cette fixation sur les dossiers francophones risque de lui faire plus de tort que son passage des conservateurs jusqu’au Parti libéral de l’Ontario, compte tenu des longues racines du parti dans ce coin de la province.

Pierre Jury

Que Diab s’adresse à la France

ÉDITORIAL / Hassan Diab tente de soutirer le maximum du gouvernement du Canada pour le procès qu’il a subi concernant l’attentat de la rue Copernic, à Paris. C’est répréhensible car ces procédures n’ont aucune mesure de comparaison avec deux cas fortement médiatisés et dont il semble s’inspirer, ceux d’Omar Khadr et de Maher Arar.

Hassan Diab est ce professeur d’université qui a — faussement, a reconnu la justice française — été soupçonné d’être impliqué dans une attaque terroriste survenue le 3 octobre 1980 à une synagogue de Paris.

Pierre Jury

Harry et Meghan: problèmes royaux

ÉDITORIAL / Depuis que la rumeur veut que le prince Harry et son épouse Meghan Markle viennent s’établir au Canada, les médias n’arrêtent pas d’y aller de leurs suppositions. Alors que nous en savons très, très peu sur leurs réelles intentions.

Deux questions retiennent surtout l’attention. Le prince Harry peut-il être nommé gouverneur général du Canada? Et qui paiera pour les frais liés à leur sécurité quand ils sont ici?

Un sondage du quotidien National Post a indiqué, la semaine dernière, que quelque 60 % de Canadiens seraient favorables à ce que le prince Harry soit nommé gouverneur général. Alors que le poste n’est même pas disponible. Rappelons que Julie Payette, l’astronaute qui a été la seconde Canadienne à monter dans la navette spatiale, a été nommée en juillet 2017. Ses premiers pas ont été ardus dans ses nouvelles fonctions, mais elle semble maintenant s’être bien intégrée. C’est donc dire que le poste de gouverneur général n’est pas disponible, si même le prince Harry le désirait. Bref, c’est une question caduque qui ne mène nulle part.

La réalité, c’est que personne n’a idée de ce que pourrait faire le prince Harry, s’il concrétise ses plans de s’établir au Canada, même à demi-temps. Il a des compétences claires, mais il n’a jamais « travaillé » depuis qu’il a terminé son service militaire. Ce qui pousse certains à se demander s’il ne devrait pas postuler afin d’obtenir son statut de citoyen canadien comme tous les autres immigrants qui sont désireux de s’établir au pays. Cela relève un peu de la chimère et le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, l’a bien vu. Il a convenu qu’il lui trouverait bien quoi faire à ses côtés, sans élaborer davantage. 

Et puis, le gouvernement fédéral détient toujours un pouvoir discrétionnaire qui permet au ministre de l’Immigration de décerner la résidence permanente à la personne de son choix. Un problème réglé.

Quant à Meghan Markle, l’actrice américaine a connu plusieurs années de bonheur à Toronto, alors qu’elle jouait dans la série Suits. Nous ne présumons pas qu’elle reprendrait ses fonctions d’actrice ; elle se consacre maintenant à sa fonction principale de maman du petit Archie, âgé aujourd’hui de 8 mois.

La question qui touche le plus les Canadiens a trait aux frais reliés à la sécurité du prince Harry, de Meghan Markle et de leur poupon. 

Lorsqu’ils sont en visite au Canada, la question ne se pose pas. Le Canada paie les frais de sécurité liés à ses invités. Mais qu’en est-il pour un couple qui viendrait s’installer ici de façon semi ou permanente ? Cet enjeu peut être de taille, car la famille royale peut être gourmande à ce chapitre. Nous ne parlons pas d’un ou deux gardes du corps. S’ils veulent « contrôler » les paparazzi qui leur colle aux semelles, il en faudrait davantage. Bien davantage. Et 24 heures par jour. 

Questionnés sur le sujet, les Canadiens voient la question comme blanc ou noir. C’est peut-être ainsi qu’on leur pose. Alors qu’il y aurait possibilité de négocier avec le couple royal sur leurs attentes et leurs espoirs, sur la capacité de payer des Canadiens et sur un service de base qui pourrait être couvert par le Canada, et des « extras » qui seraient assumés par le couple princier qui n’est pas, il faut le préciser, dénué de moyens, même s’il désire couper les ponts avec la famille royale.

Comme dans toute chose, il y a moyen de s’arranger. Encore faudra-t-il savoir quand et où le prince Harry et son épouse entendent s’établir au Canada...

Pierre Jury

Quelle autonomie aura Kelly Burke ?

ÉDITORIAL / Nous connaissons maintenant le nouveau titulaire du poste de commissaire aux services en français. Il s’agit de Kelly Burke, une avocate qui occupait le poste de sous-ministre adjointe au ministère des Collèges et Universités. Pendant cinq ans, auparavant, Mme Burke détenait un poste équivalent au ministère des Affaires francophones. Ce qui reste à savoir, c’est comment elle définira son nouvel emploi où elle succède, d’une certaine manière, à François Boileau, neuf mois après son départ.

Car le job de commissaire aux services en français, version 2020, ne consiste plus vraiment à faire ce que M. Boileau faisait. La plus importante nuance, c’est qu’elle n’est pas sa propre patronne, comme M. Boileau, qui relevait de l’Assemblée législative de l’Ontario. Dans sa nouvelle mouture, Mme Burke répond à l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, depuis que le Commissariat aux services en français a été intégré à celui de l’ombudsman. Cela demeure une inconnue quant à l’autonomie dont elle jouira dans ses nouvelles fonctions. M. Dubé voudra-t-il la conserver près d’elle et superviser son action, ou lui conférera-t-il une large autonomie ? Nous ne le savons pas, nous allons l’apprendre en la regardant aller.

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L’affaire avait fait énormément de bruit lorsqu’elle a été annoncée, le 15 novembre 2018. Le gouvernement de Doug Ford, qui avait dit faire ces coupures pour des raisons financières, s’est retrouvé coincé à admettre que les économies étaient, somme toute, minimes. Il a récupéré les 13 postes du commissariat et les a intégrés au Bureau de l’ombudsman. Il ne restait plus que les frais de bureau qui étaient épargnés. Plus significativement, ce sont les tâches qui relèvent du commissaire aux services en français qui demeurent floues, alors que Mme Burke a commencé son nouvel emploi, lundi. 

Qu’en fera-t-elle ? Comment définira-t-elle son action ? Quelle autonomie lui conférera M. Dubé ? Cela constitue la grande inconnue pour Mme Burke.

Certes, ses états de service ne font point douter de son intérêt pour la francophonie ontarienne. Elle s’est décrite elle-même comme « passionnément Franco-Ontarienne ». Elle a poursuivi : « J’ai sollicité ce rôle car il m’offre une occasion unique de contribuer par mes connaissances et mon expérience à la promotion des droits linguistiques des francophones au sein d’un organisme renommé pour son efficacité ».

Chaque titulaire d’un poste peut raisonnablement en faire ce qu’il désire, dans le cadre des fonctions qui lui sont dévolues. François Boileau a choisi de faire du commissariat une fonction militante et active, où il tentait de venir voir les coups au nom de la communauté franco-ontarienne. Nous en sommes peut-être venus à définir le poste ainsi. Mais Kelly Burke pourrait le voir autrement, plus ou moins militant, ou agissant de façon plus ou moins proactive. Évidemment, elle sera jaugée à l’aune de son prédécesseur, ce qui sera toujours un peu injuste. Elle mettra un peu la fonction « à sa main », pourrait-on dire, et cela reste à voir.

Ce serait plus facile pour Mme Burke si elle avait succédé à François Boileau dans le même poste que lui. Cela n’est pas le cas et nous examinerons constamment le travail qu’elle abattra avec sa fonction de commissaire adjointe à Paul Dubé. Au moins a-t-il choisi une Franco-Ontarienne convaincue, ce qui ne laisse que bien peu de doute sur ses intentions. Une candidature moins militante aurait mis dans l’embarras à la fois M. Dubé et le nouveau commissaire.

Pour le moment, huit mois ont été gaspillés à choisir Kelly Burke. Elle devra combler le retard. Elle aura besoin d’aide. Bonne chance.

Pierre Jury

Les nouveaux défis avec Airbnb

ÉDITORIAL / À ses débuts, l’obsession avec Airbnb était que la société paie la taxe de vente. Il semblait incongru que les locateurs, fussent-ils à court terme, ne paient pas de taxe sur ce commerce électronique. Ils en paient bien quand ils vont à l’hôtel. Quelle est la différence ?

Il y avait une logique certaine derrière cette obsession et dans plusieurs régions, Airbnb s’est plié à une réglementation qui a été rédigée expressément pour la société californienne qui équivaut à un courtier en logement. L’initiative a été laissée aux municipalités : ainsi, les grandes agglomérations les plus touristiques comme Québec, Montréal, Ottawa et Toronto ont toutes adopté des règles différentes, mais somme toute, assez semblables. 

Même si la taxation d’Airbnb n’est pas vieille, l’expérience prend de l’âge. Et les problèmes surgissent. Comme à Ottawa où, cette semaine, une tuerie s’est passée au centre-ville.

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Mercredi matin, quatre personnes occupaient une résidence reconnue comme un Airbnb sur la rue Gilmour. Trois hommes ont subi des blessures, le quatrième est décédé. Ce ne serait pas la première fois que des coups de feu y sont tirés : un autre événement y serait survenu en mai dernier. Et un autre, pas loin, sur la même rue, en octobre 2018. 

Clairement, Airbnb a un problème avec la sécurité des appartements qu’elle loue. Comme le locateur également, qui est une entreprise et pas un individu comme tel. 

Airbnb offre environ 5000 appartements à Ottawa, 3000 à Québec. C’est bien davantage à Paris, où il y en aurait plus de 60 000, ou New York, où ils seraient 50 000. 

Il y a un attrait pour les propriétaires, car louer à la journée, même si on ne loue que quelques journées par mois, est bien plus payant que la location au mois ou à l’année. 

Il y a donc une diversion des appartements qui ne servent plus à la location à long terme, et qui sont plutôt utilisés pour les locations à court terme. 

Cet usage provoque bien d’autres soucis aux propriétaires (lorsqu’ils utilisent leurs vrais noms plutôt que des surnoms qui cachent leur vraie identité), aux voisins et à l’industrie de l’hôtellerie. 

D’abord, la notion même d’« économie de partage » perd de son sens quand une propriété est acquise pour être louée à gros prix via Airbnb. La question des zones touristiques porte à double-sens également. Le secteur de la rue Gilmour, à Ottawa, n’est pas touristique ; il est plutôt patrimonial. S’il y a un attrait certain pour ces quartiers qui donnent l’impression « de vivre chez l’habitant », ces « habitants », justement, commencent à en avoir plein le dos de voir leur vie de quartier modifiée à jamais par des touristes qui viennent et vont à toute heure du jour, qui louent pour y tenir des soirées bien arrosées... quand ce n’est que ça ! Un locataire avait déjà loué une unité pour y tourner un film porno... Sans parler des locataires qui utilisent des propriétés pour camoufler leurs activités illicites à l’abri des regards — il n’y a pas de caméras comme dans les hôtels —, ce qui pourrait bien être le cas dans la tuerie de la rue Gilmour. 

Dans les grandes villes canadiennes, Airbnb ne fait plus de la location « au noir » comme à ses débuts. Mais d’autres enjeux ont surgi depuis un an ou deux. 

Il faudra y voir rapidement et encore là la réglementation risque d’être en retard sur les pratiques commerciales. Et les municipalités n’ont pas les effectifs pour « policer » ce nouveau secteur économique. 

Une chose est sûre : le phénomène est à surveiller !

Pierre Jury

L’Iran mettra-t-il fin au camouflage ?

ÉDITORIAL / Le choc et la peine ont laissé place à l’incompréhension, jeudi, dans l’affaire de cet avion de ligne qui s’est écrasé peu après son décollage de Téhéran. Il est maintenant assez clair que le vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu, par erreur, par un tir de missile sol-air iranien, si l’on en croit le premier ministre Justin Trudeau.

Il est le plus haut responsable à avoir soulevé cette possibilité, sur laquelle subsistent quelques petits doutes encore. Avant lui, le président Donald Trump, aux États-Unis, y avait fait référence, mais en des termes beaucoup plus nuancés. Il voulait surtout nier toute implication de son gouvernement dans cette tragédie.

Pierre Jury

Combien de fois l’éviterons-nous?

ÉDITORIAL / Donald Trump est si imprévisible que l’on pouvait s’attendre à tout de sa part. Mais quand la menace d’une guerre, possiblement nucléaire, pointe à l’horizon, ce n’est certainement pas un atout d’avoir d’un côté un président des États-Unis si difficile à lire.

Mardi, la pression approchait de son paroxysme. L’Iran avait déclenché une attaque sur deux bases militaires américaines en Irak, et le monde attendait la réaction du président. En craignant le pire...

Pierre Jury

Début du procès le plus médiatisé

ÉDITORIAL / Replaçons-nous à la fin de 2017. Un producteur de cinéma, Harvey Weinstein, est accusé par des dizaines de femmes de diverses agressions sexuelles. Et pas les plus anonymes. Certaines sont très connues : Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Uma Thurman et Léa Seydoux, entre autres. Le dévoilement de ces actes fortement répréhensibles agit comme un barrage qui s’effondre.

Ce fut le tsunami au point où un nouveau mot-clic, #MeToo (et sa version française, #MoiAussi) a été créé pour fédérer tout le mouvement des victimes alléguées.

Pierre Jury

Une évasion de grand chemin

ÉDITORIAL / L’une des grandes histoires internationales en cours concerne le sort de Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault-Nissan. Sa récente fuite du Japon vers le Liban, cette semaine, a des airs de poursuite mondiale, avec des bouts mystérieux qui sont toujours sans réponse.

Mais cette évasion du pays du Soleil levant, où il était assigné à résidence en attendant son procès, équivaut à une esquive de ses responsabilités et ne doit pas être endossée, encore moins applaudie. 

Le Japon n’a rien d’une république de bananes et les accusations dont il faisait l’objet étaient sérieuses. Il ne faut pas permettre à un accusé de quitter un pays juste parce qu’il croit subir un simulacre de justice.

« Je ne serai plus otage d’un système judiciaire japonais truqué dans lequel la culpabilité est présumée. Je n’ai pas fui la justice – j’échappe à l’injustice et la persécution politique », a-t-il soutenu à son arrivée au Liban, le 31 décembre 2019.

Ça, c’est sa perception. 

Nous l’entendons mais ne la partageons pas. Et en se réfugiant dans le pays de ses ancêtres, il se place aussi à l’abri d’une quelconque extradition puisqu’il n’y a pas de traité entre le Liban et le Japon. 

M. Ghosn était une figure illustre dans l’industrie automobile. Très jeune, il est envoyé de la France vers l’Amérique du sud pour y sauver les opérations des pneus Michelin. Puis, il est passé chez Renault, où il a réduit les effectifs et introduit de nouvelles méthodes de production. 

Enfin, en 1999, il a proposé la fusion avec la société japonaise Nissan où il a piloté un retour à la profitabilité en un an à peine, mais à quel coût ! Il a éliminé 14 000 emplois, réduit le nombre d’usines et de fournisseurs et vendu une filiale en aérospatiale. Davantage, il a proposé des modifications fondamentales de fonctionnement en faisant fi du système de promotions basé sur l’ancienneté et l’âge. 

Ces changements, impensables pour un Japonais, pouvaient se faire car M. Ghosn était Brésilien de naissance, Libanais d’origine, et Français de culture.

En un an à peine, il a transformé une perte de 6,5 milliards $ en un gain de 2,7 milliards $.

Mais l’appât du gain a fini par avoir raison de ses ambitions. 

Tout est lié à des paiements et des bénéfices de retraite. 

Entre 2009 et 2018, il aurait camouflé plus de 90 millions $ à l’abri des regards des investisseurs et du public. Il y avait des paiements discrets de l’ordre de millions de dollars pour des résidences à Beyrouth, Paris, Amsterdam et Rio de Janeiro, des frais de vacances payés par Nissan, etc. 

Il a fini par plaider coupable aux États-Unis, Nissan payant une amende de 15 millions $ et lui, 1 million $. Son principal adjoint a aussi écopé. 

Lui permettre d’éviter les conséquences de ses gestes serait une grave atteinte au droit japonais et international. Il s’est évadé de son pays d’adoption par un subterfuge inconnu — certains soupçonnent qu’il ait été dissimulé dans un boîtier d’instrument de musique car on a perdu sa trace entre le moment où il est sorti de sa résidence surveillée et celui où il réapparaît en Turquie, en transit vers le Liban. 

Peu importe la manière qu’il a quitté le Japon, le comportement de Carlos Ghosn est inacceptable. Il s’expliquera la semaine prochaine mais le mal est fait. Il a évité les conséquences de ses gestes, possiblement une amende et/ou de la prison. Il savait ce qu’il faisait et doit maintenant en assumer la suite. Rien de moins. Malheureusement, il semble que tout procès se fera in absentia. 

Pierre Jury

L’Australie en feu ? Épiphénomène !

ÉDITORIAL / L’année 2019 a été celle des changements climatiques au Canada, avec une élection fédérale qui s’est jouée principalement sur cette question. Plusieurs soupçonnaient les questions de probité du gouvernement de Justin Trudeau, pour la manière dont il a piloté le dossier de SNC-Lavalin, envenimé par la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould qui a été évincée de ses fonctions. Mais les conservateurs d’Andrew Scheer ne sont pas parvenus à coincer le gouvernement avec une accusation claire sur le sujet et les libéraux de M. Trudeau ont obtenu un second mandat.

La question principale a donc été la pertinence d’imposer une taxe sur le carbone au Canada. Les libéraux ont réussi à s’illustrer dans ce domaine, même s’ils ont soufflé le chaud et le froid en achetant le pipeline Trans Mountain dans l’Ouest canadien en 2018.

Au Québec, tout particulièrement, la marche sur l’environnement a marqué l’actualité, ancrée autour de la présence de Greta Thunberg, la jeune militante suédoise qui a galvanisé l’opinion publique sur le sujet, au point d’être nommée Personnalité de l’année par le prestigieux magazine Time.

L’année 2019 s’est achevée sur des scènes apocalyptiques venues de l’Australie avec des pointes de chaleur atteignant les 40 degrés Celsius par endroits. Cela a provoqué de gigantesques feux de forêt qui ont consumé une zone grande comme l’équivalent du Danemark. Aux quatre coins de cet immense pays, des feux font rage. Des milliers de gens sont déplacés, des centaines de maisons sont la proie des flammes, les services d’urgence sont débordés, des gens sont forcés de se réfugier sur le bord de la mer pour se protéger des feux. Plusieurs pointent du doigt les changements climatiques. 

De fait, l’Australie est l’un des pires acteurs au monde à ce chapitre. Les mines de charbon sont l’une des principales causes, alors que l’Australie est le quatrième joueur en importance avec 6,9 % de la production mondiale en 2016, et exporte le tiers de son volume mondial vers les pays d’Asie. L’essentiel de ses émissions de dioxyde de carbone est imputable à ses centrales au charbon, qui génèrent 29 % de son total de gaz à effet de serre.

L’Australie est aussi incapable d’arrêter une politique nette. L’instabilité de ses gouvernements provoque des arrêts et des départs dans le domaine des émissions de GES ; le présent gouvernement de Scott Morrison, par exemple, refuse d’agir pour ne pas mettre en péril les milliers d’emplois liés à l’industrie du charbon. 

L’Australie ne fera rien de significatif avec ses feux de forêt. Elle espérera que la vague de chaleur passera, ce qu’elle fera naturellement. De toute manière, toute action prise maintenant pour lutter contre les GES n’aura pas d’impact tout de suite. Cela incite à la paresse, à l’inaction.

Et puis, ce ne sont que de petites villes de 10 000 ou 20 000 habitants qui sont touchées. Ce n’est pas comme si Canberra, à 75 km des feux d’aujourd’hui, ou Sydney, à 175 km de distance, était consumée. En fait, tant que ce ne sera pas le cas, il n’y aura pas d’urgence. Les consciences ne s’éveilleront pas. C’est bien dommage, mais c’est comme ça.

Il faudra une calamité, des milliers de citoyens touchés dans plusieurs grandes villes, dont les États-Unis, le plus grand pays négationniste des changements climatiques, pour que les choses commencent à changer.

Et encore.

Pierre Jury

Le Droit, journal coopérant

ÉDITORIAL / Voilà qui est fait. Le Droit, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Soleil, La Tribune et La Voix de l’Est sont maintenant des coopératives. C’est toujours une grande étape dans la vie d’un journal que d’accueillir un nouveau propriétaire, ce l’est encore davantage quand nous passons à un mode de propriété coopérative, où les employés jouent collectivement tous un rôle de gestionnaire.

Les journaux font toujours partie de la même famille avec ses cinq journaux frères, regroupés qu’ils étaient au sein du Groupe Capitales Médias, entre 2015 et 2019. Ce vocable était associé à l’ancien propriétaire Martin Cauchon, et était connu sous l’acronyme GCM. Ce nom passera aux oubliettes maintenant que le transfert de propriété a été entériné par la Cour supérieure du Québec. À la place, ce sera « Coopérative nationale de l’information indépendante »...

Pierre Jury

SNC-Lavalin: un règlement dosé

ÉDITORIAL / SNC-Lavalin a enfin pu tourner la page sur ses années sombres pendant lesquelles certaines personnes ont trafiqué les contrats internationaux de la société montréalaise en Libye, notamment. Elle a plaidé coupable à un chef d’accusation de fraude, tandis que les accusations de corruption qui pesaient contre elle ont été abandonnées. La peine est une amende de 280 millions $ qu’elle pourra rembourser sur cinq ans — bien moins que les 450 à 700 millions $ qui couraient en marge de la salle d’audience.

Le président Ian Edwards a dit que cela permettait à SNC-Lavalin de « tourner la page » sur une décennie noire qui lui a permis d’engranger 2 milliards $ de revenus entre 2001 et 2011. Mais cet argent était teinté de la corruption de la famille du dictateur Mouammar Kadhafi : quelque 50 millions $ en pots-de-vin auraient été versés à son fils, Saadi Kadhafi. 

SNC-Lavalin peut aujourd’hui se défendre à l’effet que cet épisode n’était dû qu’à la présence de quelques pommes pourries, comme le témoigne le cas de Sami Bebawi, un ancien cadre de la société, reconnu coupable récemment. Il attend sa sentence, qui pourrait atteindre neuf années de prison. Dans une lettre adressée au juge, il a pointé du doigt « des hauts dirigeants » qui ont « abandonné le navire sans aucune conséquence » alors que lui et d’autres travaillaient dans des pays « inhospitaliers, souvent loin de leurs familles, pour de longues périodes de temps. »

Mais c’est Justin Trudeau qui a poussé un soupir de satisfaction devant ce règlement juridique. Car cette histoire a priori économique a soudainement pris un tournant politique. Le premier ministre a failli perdre son poste en raison de cette histoire qui a éclaté il y a un an, en novembre 2018, lorsque le Globe and Mail a ébruité une histoire de trafic d’influence impliquant M. Trudeau et sa ministre de la Justice d’alors, Jody Wilson-Raybould. Pendant trois mois, ce fut rebondissement après rebondissement qui ont mené au départ de Mme Wilson-Raybould, de sa collègue à la Santé Jane Philpott, et au chef de cabinet de M. Trudeau, Gerald Butts. M. Trudeau a dû se dépêtrer avec des accusations d’avoir voulu influencer sa ministre de la Justice afin qu’elle accepte le principe d’un accord de réparation pour SNC-Lavalin, contre lequel elle s’opposait. 

Le règlement de cour finalise la question, bien que les accords de réparation ne soient pas encore acceptés au Canada, à l’encontre de plusieurs pays dans le monde. 

La peine de 280 millions $ est moindre que ce à quoi on s’attendait. C’est un jugement à rabais, en quelque sorte, qui prenait en compte le fait que SNC-Lavalin s’est proprement nettoyée depuis 2012. L’entreprise d’alors n’est plus du tout celle d’aujourd’hui. La somme représente une fraction des 9,2 milliards $ de revenus, mais comme l’entreprise est déficitaire à hauteur de 325 millions $ par an depuis cinq ans, c’est une forte somme qu’elle devra ajouter à son bilan déjà négatif. 

Le dernier indicatif économique est venu du marché boursier : SNC-Lavalin a gagné pas moins de 25 % en trois jours, signe que les investisseurs attendaient un « nettoyage » du bilan judiciaire avant de faire redémarrer le prix de l’action. Somme toute, donc, les 280 millions $ représentaient un montant important, mais acceptable et raisonnable pour SNC-Lavalin. 

Elle pourra reprendre ses activités sans s’inquiéter du passé. Nous ne pouvons en dire autant de Justin Trudeau, qui dirige maintenant un gouvernement minoritaire et qui doit composer avec le passé pour diriger le Canada de demain.

Pierre Jury

Le retour de Charest: sérieux?

ÉDITORIAL / Jean Charest est-il un candidat sérieux pour diriger le Parti conservateur du Canada ? Oui... bien que le Parti conservateur d’aujourd’hui n’est pas celui qu’il a dirigé.

Lors de la fusion de la droite, en 2003, on a laissé tomber le mot «progressiste» du vocable et le changement n’était pas seulement qu’esthétique. Le Parti conservateur est bien plus à droite que son ancienne version. Si ce n’est que sur l’environnement. Le PC d’antan avait adopté des règles strictes sur les pluies acides, notamment, et l’affection de M. Charest pour les questions environnementales n’a jamais été vraiment dénigrée pendant les 15 années qu’il a passées en politique québécoise.

Pierre Jury

Destitution: Trump en rira

ÉDITORIAL / La Chambre des représentants devait voter, mercredi, pour la destitution du président Donald Trump. Cela apparaissait comme une évidence puisque les démocrates, qui sont derrière cette procédure de destitution, y sont largement majoritaires.

Le président des États-Unis, qui tente toujours de tourner les faits en sa faveur, est intervenu plusieurs fois, notamment sur son réseau favori, Twitter, pour démolir les prétentions démocrates. Cela ne devait en rien influencer la Chambre des représentants, mais il lui reste le Sénat, la seconde étape du processus. Là, il trouvera chaussure à son pied et plein d’appuis républicains.

Pierre Jury

La France et le test des retraites

ÉDITORIAL / Depuis plus d’une semaine, la France vit d’intenses perturbations liées à la réforme de retraites. C’est une preuve de la force des mouvements ouvriers et de la grogne populaire que les protestations ont débuté vendredi, il y a huit jours, quatre jours ouvrables avant le dévoilement des détails de la réforme du gouvernement d’Emmanuel Macron. Pendant ces journées, ils étaient des centaines de milliers à descendre dans les rues de Paris et de province pour contester les réformes dont ils ne connaissaient mot, mais dont ils craignaient qu’elles n’auguraient rien de bon.

Cette mobilisation de tous les instants s’avère un témoignage fort de la frappe des milieux syndicaux en France où il est dit que les forces de protestation sont en mesure de paralyser l’État.

Une chose est certaine, à ce moment-ci : la France est totalement paralysée tellement la grogne est généralisée. 

Pourtant, il règne dans bien des milieux, même ouvriers, un large consensus que la réforme des retraites est souhaitable en France. Mais sur le comment, tout le monde a son opinion et dans le doute provoqué par cette descente dans les rues, les gouvernements finissent par ranger le tout dans leurs cartons. C’est ce qui est arrivé en 1995. Il reste à voir si le gouvernement Macron sera plus habile à manier ses réformes, même si nous en attendons encore les preuves. Il a retardé sa refonte d’une année en raison des mouvements sociaux des gilets jaunes, l’année dernière. Sans compter qu’il existe en France un fort sentiment de suspicion à l’endroit de l’État français, constamment pointé du doigt comme l’un des grands coupables de tous les maux. 

Car il existe 42 caisses de retraite différentes en France, dont trois principales : le régime des salariés du privé — 80 % des cotisants —, le régime des travailleurs agricoles et le régime dit « des indépendants ». Derrière ces trois grands, une foule de petits, classés par emplois ou employeurs : la société des chemins de fer, le transport en commun, les avocats, etc. 

En s’attaquant à tous les régimes de retraite en même temps, le gouvernement Macron a donc déchaîné une grogne généralisée. S’il veut éviter que cette protestation se poursuive, il ferait mieux de cibler sa réforme vers un, deux ou trois caisses de retraite, pas les plus importantes, afin de démontrer sa bonne foi et de prouver à tous les Français qu’il n’est pas le gros méchant loup qui veut tout dévorer sur son passage. Tout effort de réforme qui commence par le régime des salariés du privé est voué à l’échec. Comme toute tentative qui englobe les travailleurs les plus militants, comme les cheminots, toujours parmi les premiers à débrayer. 

On peut associer cela à « diviser pour régner ». Disons que ce n’est que prendre des bouchées que l’on peut avaler, plutôt que de tenter de digérer un trop gros appétit. Ça finit par tomber sur le cœur.

Le gouvernement a déjà adouci ses positions en annonçant que tous ceux qui sont nés avant 1963 n’étaient pas concernés par cette réforme. Mais il maintient que l’âge de la retraite passera de 62 à 64 ans, une trop grosse épreuve à faire passer. Même si la date de mise en vigueur est passée de 2025 à 2027.

Emmanuel Macron avait promis, en campagne électorale, qu’il créerait « un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Il doit s’en remettre à cela. Mais déjà, son échéancier d’un vote en février est hautement improbable. Il vaut mieux de ne pas en avoir un, dans le scénario du gouvernement.

Pierre Jury

Andrew Scheer: le geste honorable

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada. Les pressions étaient très, très fortes pour qu’il laisse son poste bien avant le prochain congrès du parti.

Finalement, il a cédé et ce congrès en deviendra un de leadership. Avec un gouvernement libéral minoritaire, les prochaines élections pourraient survenir rapidement et il faudra que le Parti conservateur soit prêt, peu importe les aléas du calendrier. Les candidats se feront connaître rapidement au cours des prochaines semaines, mais dans ces considérations politiques, les leaders expérimentés partiront favoris, plutôt qu’un candidat vert, sortant de nulle part.

Pierre Jury

Souhaitons que la Russie ait compris

ÉDITORIAL / L’Agence mondiale antidopage a porté un grand coup, lundi, en suspendant la Russie de toutes les compétitions sportives pour les quatre prochaines années. Pas que les Jeux olympiques, mais tous les championnats mondiaux également, toutes les Coupes du monde, toutes les finales mondiales. Sont suspendus également tous les Russes qui dirigent des fédérations sportives et autres associations. C’est du jamais-vu auparavant. Et pourtant.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est tout de même la cible de critiques, notamment de la fondeuse canadienne Becky Scott, membre démissionnaire du Comité indépendant de révision de la conformité de l’AMA, et de Travis Tygard, chef de la direction de l’Agence antidopage des États-Unis. À leurs yeux et ceux de plusieurs autres, l’AMA ne va pas assez loin. Il aurait fallu suspendre tous les athlètes russes, dopés et non-dopés, pour les quatre prochaines années, afin d’envoyer un message clair à tous que les comportements de la Russie sont intolérables et entachent la réputation de tout le monde, dopés et non-dopés.

Pierre Jury

Ford giflé par la vérificatrice

ÉDITORIAL / La vérificatrice générale de l’Ontario a livré une salve blessante à l’endroit de Doug Ford et de son gouvernement progressiste-conservateur. Malheureusement, le premier ministre de l’Ontario prend encore les choses à la légère.

Bonnie Lysyk a conclu qu’en Ontario, « dans l’état actuel des choses, le plan n’atteindra vraisemblablement pas sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Selon l’accord de Paris, l’Ontario devrait les réduire, d’ici 2030, de 30 % par rapport à 2005.

En chiffres absolus, la province devrait réduire ses émissions de 17 600 000 de tonnes de GES, soit 17,6 mégatonnes. Mais en accord avec le plan de l’Ontario, la réduction sera entre 6,3 et 13 mégatonnes. 

L’honnêteté et la probité de la vérificatrice générale ne doivent pas être remises en question. Ses observations sont toutes vérifiées, puis validées avec le gouvernement avant d’être rendues publiques. Nous ne pouvons que regretter que son discours soit persillé de mots qui sèment le doute, comme « vraisemblablement » et l’usage des verbes au conditionnel. 

Par exemple, le gouvernement estime être en mesure d’abaisser les émissions polluantes de 2,6 mégatonnes en raison de la popularité des véhicules électriques. Mais la vente d’autos électriques en Ontario est en forte baisse depuis l’élimination du rabais de 8000 $ à 14 000 $ annoncé par le gouvernement peu après son élection. La vente de ces véhicules a chuté de moitié, à environ 5000 par an. Mais le gouvernement Ford persiste à annoncer qu’il devrait y avoir 1,3 million de véhicules électriques en 2030 : comment le croire quand on coupe les subventions censées en stimuler la vente ? Il a aussi cessé ses appuis au réseau de stations de recharge, tant à la maison qu’au bureau. 

Ce n’est évidemment pas tout. Le gouvernement a aussi éliminé la taxe sur le carbone. Il a investi dans l’infrastructure de gaz naturel. 

Il ne prétend pas le contraire. Doug Ford a assuré que « nous continuerons de travailler fort dans le domaine ». Mais les preuves ne sont juste pas là.

Et puis, les Ontariens devraient attendre 2030 avant de les critiquer bien avant le temps..., a-t-il lancé.

Cette rhétorique ressemble beaucoup à celle des conservateurs fédéraux qui jurent aussi qu’ils seront au rendez-vous de la lutte aux changements climatiques, sans révéler l’ensemble de ce qu’ils feront pour s’y rendre. En dévoilant un train de mesures éparses, ils provoquent de la confusion dans la population qui ne sait plus trop bien ce qu’il en est. 

Une chose est sûre pour les conservateurs : ce ne sera pas par la taxation du carbone que le Canada et l’Ontario y arriveront, pourtant une mesure reconnue comme efficace pour la réduction des gaz à effet de serre (GES).  

Doug Ford se promène en Ontario en se vantant de combien il fait du beau travail, qu’il en reste encore beaucoup à faire, mais sur le plan de l’environnement, il jette lui aussi pas mal de poudre aux yeux. Il tente de faire croire à une réduction des GES, mais elle est beaucoup trop timide pour les objectifs que l’Ontario s’est fixés et pour ceux que la Terre exige.

Par exemple, M. Ford a répété que les 28,5 milliards $ investis dans le transport en commun à Toronto y réduiront de beaucoup la circulation automobile. Cela est vrai et cela demeure une mesure importante, mais parcellaire de la lutte aux GES en Ontario.

Ce sont de telles initiatives qui servent à brouiller le message aux Ontariens. Par chance, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk veillait au grain et démolit le discours de Doug Ford. Mais elle le fait trop gentiment...

Pierre Jury

Un discours du Trône rassurant

ÉDITORIAL / Le discours du Trône, lu jeudi par la gouverneure générale Julie Payette, passera comme une lettre à la poste. Seuls les conservateurs, de toute évidence, s’y opposeront, mais les autres partis d’opposition y ont trouvé suffisamment d’éléments à appuyer pour voter en faveur.

Il faut dire que le premier ministre Justin Trudeau a fait des pieds et des mains depuis son élection, le 21 octobre dernier, pour aplanir les différences qui le démarquent des chefs de partis d’opposition, ainsi que des premiers ministres des provinces, qu’il a rencontrés individuellement. Ces échanges étaient une première au fédéral, et étaient bienvenus. M. Trudeau dirige un gouvernement minoritaire et il doit soutirer des majorités de votes à la pièce. Il aurait pu se contenter de s’asseoir avec le Nouveau Parti démocratique, et peut-être le Bloc québécois. Il est allé plus loin que le client n’en demande en ajoutant à l’équation tous les chefs provinciaux afin de bien passer le message d’une collaboration future. Est-ce que ce sera suffisant? Il est presque assuré que le gouvernement n’aura pas de problème à faire accepter son discours du Trône, mais davantage aussi. Il met en place toutes les pièces d’un casse-tête qui lui assurera d’un vote positif lors de son budget, en mars ou avril, et au-delà. À moins d’une catastrophe d’ici là, M. Trudeau peut entrevoir l’avenir avec un enthousiasme, mais un enthousiasme prudent.

Pierre Jury

Legault se coince dans l’engrenage

ÉDITORIAL / À trop vouloir éviter les sujets qui divisent les provinces canadiennes, François Legault s’est fait passer un changement entre les dents qu’il pourrait regretter.

Le contexte était à point, c’était une rencontre du Conseil de la fédération canadienne, une réunion exceptionnelle proposée par l’Ontario au lendemain des élections fédérales du 21 octobre. Sages, les premiers ministres ont mis de côté leurs différences pour se concentrer sur leurs points en commun. Ainsi, le premier ministre du Québec, François Legault, a fait comme si son homologue du Manitoba n’avait jamais publié cette récente publicité où il vantait des «21 raisons de se sentir chez soi au Manitoba», une attaque directe contre la Loi québécoise sur la laïcité, ou s’il n’avait jamais parlé de «l’énergie sale» pour décrire le pétrole de l’Alberta. Quant à la taxe sur le carbone, que plusieurs provinces conservatrices contestent devant les tribunaux, les premiers ministres ont fait comme si elle n’existait pas. 

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Au contraire, cette stratégie d’éviter les sujets de discorde était avouée. Plusieurs ont mentionné vouloir se concentrer sur les sujets qui les rassemblent. N’empêche que M. Legault, dans son espoir de concorde avec ses collègues du Canada, a accepté que les premiers ministres renforcent le programme de stabilisation fiscale «afin qu’il soit mieux adapté à la conjoncture économique ainsi qu’aux ralentissements de l’activité économique dans les secteurs des ressources naturelles».

En clair, ce qu’ils veulent, c’est d’intégrer les revenus des ressources naturelles — ou leur baisse — dans le calcul des paiements de péréquation. Ils en sont présentement exclus. Cela fait atrocement mal à l’Alberta et à son premier ministre Jason Kenney, ainsi qu’à Scott Moe, son homologue de la Saskatchewan. 

La péréquation est la somme d’une trentaine d’indicateurs économiques dont sont exclus les revenus du pétrole. MM. Kenney et Moe ont réussi à faire accepter aux 13 premiers ministres et leaders des territoires du Canada que le pétrole devrait plutôt être inclus.

François Legault devrait plutôt être extrêmement prudent avec la péréquation. Nous savons bien qu’il n’aime pas que le Québec soit une province qui encaisse des revenus de la péréquation — ce avec quoi nous sommes d’accord. La péréquation n’est pas une source de fierté et il serait bien que le Québec s’en affranchisse un jour. Mais nous n’en sommes pas là. Le Québec a empoché 11,7 milliards $ de la péréquation en 2018, l’essentiel des 19 milliards $ qui est redistribué au Canada. Si M. Legault réussit à attirer plus d’emplois payants au Québec, tout le monde applaudira, mais ce n’est pas demain la veille que le Québec s’affranchira de la péréquation. De fait, depuis les débuts de la péréquation, en 1957, le Québec a été une province réceptrice... toutes les années. Un renversement de la situation nécessitera une bonne dizaine d’années, au mieux.

M. Legault est l’un des plus ardents défenseurs des pouvoirs des provinces. Mais en acceptant que les premiers ministres renforcissent le programme de stabilisation fiscale, il ouvre la porte à un nouveau calcul de la péréquation. C’est dangereux.

Il reste à voir ce que Justin Trudeau en pensera. Le premier ministre du Canada veut ménager la chèvre et le chou alors qu’il amorce un second mandat, mais minoritaire cette fois. Il doit faire attention à ses arrières et ménager ses relations avec les provinces. Cependant, il n’ira pas accepter une nouvelle péréquation incluant les revenus pétroliers. Il n’est pas si naïf !

Pierre Jury

Peters, le premier d’une longue liste ?

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose d’étrange qui se passe dans le milieu du hockey professionnel. Un entraîneur de la Ligue nationale, Bill Peters, a remis sa démission à la direction des Flames de Calgary pour avoir tenu des propos racistes, il y a 10 ans. Il était à l’époque entraîneur des Ice Hogs de Rockford, dans la Ligue américaine, et les interventions du patineur ontarien Akim Aliu ont suffi à faire tomber M. Peters de son piédestal.

M. Aliu a relaté un épisode parmi tant d’autres où Bill Peters lui a asséné des paroles d’une rare violence verbale. La carrière d’Akim Aliu, un joueur d’origine nigériane, n’aura duré que sept parties dans la LNH. Il avait 20 ans à l’époque des Ice Hogs et il craignait de faire des vagues et d’envenimer ses chances d’avancement. Ce fut peine perdue.

M. Peters ne s’était jamais excusé.

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Un autre, Michal Jordan, est venu expliquer que Bill Peters lui avait asséné des coups au dos alors qu’il était sur le banc des joueurs des Hurricanes de la Caroline.

M. Peters a fini par faire des excuses mercredi, mais il était bien tard. Cependant, il n’a jamais mentionné le nom d’Akim Aliu et ce dernier n’a pas cru en ses regrets. La pression a augmenté au point où Bill Peters a remis sa démission, vendredi, et l’organisation des Flames de Calgary l’a promptement acceptée.

Cette histoire rappelle celle de Don Cherry, l’ex-entraîneur et analyste à Hockey Night in Canada, qui a lancé des paroles injurieuses à l’endroit des immigrants qui ne portaient pas le coquelicot, à l’occasion du jour du Souvenir. Il aura passé des décennies à vomir sur le dos des Canadiens français et des Européens, mais c’est une phrase prononcée il y a deux semaines qui a sonné sa fin au réseau Sportsnet. Après deux jours de réflexion, il était parti. 

D’autres pourraient le suivre et perdre leurs postes.

Des six frères de la famille Sutter, Darryl tout particulièrement, a depuis été visé par l’ex-hockeyeur Daniel Carcillo.

Il y a nettement quelque chose de différent qui se passe dans le milieu du hockey, voire dans tout le sport professionnel. Quand Aliu a mentionné ce qui s’était passé il y a 10 ans, il aura fallu une bonne dose de courage pour croire que cela était pour avoir les conséquences que l’on a vues depuis. Mais nous sommes à l’ère des accusations de #MeToo et de #MoiAussi, des dénonciations sortent régulièrement à propos de personnes, des hommes pour la plupart, qui ont abusé de leurs pouvoirs et de leurs victimes.

M. Peters est le premier du hockey professionnel à écoper. Peu importe le temps qui s’est passé depuis, si les accusations sont suffisamment sévères et vérifiables, cela suffit. 

L’humoriste Bill Cosby a payé le prix, d’autres comme le producteur de cinéma Harvey Weinstein, le fondateur du festival Juste pour rire Gilbert Rozon et l’animateur de télévision Éric Salvail, sont en attente de leur procès. 

Ceux-là auront droit à des procès justes et équitables, pas M. Peters. Mais il devait se douter que d’autres faits sortiraient s’il s’entêtait, et cela a justifié son départ rapide.

Nous sommes à l’ère des communications ultrarapides. Sur les médias sociaux, les accusations sortent prestement. Le droit de réponse est écourté. Dans certains cas, les accusés se défendent. Dans d’autres, non. 

Don Cherry et Bill Peters ont écopé. Ils ont choisi de quitter tout de suite. C’est un nouveau monde dans lequel nous vivons et les comportements répréhensibles, même d’il y a 10 ou 25 ans, restent indéfendables. 

Pierre Jury

Des maisons qui font rêver

ÉDITORIAL / Marguerite Blais a trouvé le moyen de faire rêver les aînés du Québec, et tous ceux qui s’intéressent à leur sort, notamment leurs proches. Il lui reste maintenant à livrer la marchandise, c’est-à-dire procéder à l’inauguration des premières Maisons des aînés... quelque part en 2022. Il faudra donc de la patience.

Il faudra aussi de la compréhension, car il n’y aura pas de place pour tous les aînés du Québec. De fait, les 2600 places promises dans les nouvelles Maisons des aînés ne suffiront même pas à épuiser la liste d’attente du ministère, qui est à 3154 noms. Mais c’est un très bon départ.

Pierre Jury

Cusson a raté sa chance de se définir

ÉDITORIAL / Alexandre Cusson avait une grosse semaine entre sa démission à titre de président de l’Union des municipalités du Québec et le dévoilement de sa campagne lors du conseil général du Parti libéral du Québec. On croyait qu’il peaufinait son message et son lancement. Qu’il y aurait un gros spectacle autour de ce dévoilement. Et puis... rien.

M. Cusson n’avait rien à dire. Mais absolument rien.

Pierre Jury

La réouverture du Québec

ÉDITORIAL / Le Québec a lancé au début de 2019 l’idée d’un Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes.

Un nom pompeux qui pourrait bien ne rien vouloir dire, si l’on se fie à la présente décennie. Depuis le passage de Benoît Pelletier comme ministre responsable de la Francophonie canadienne, il y a eu comme un grand vide d’initiatives et de volonté dans le domaine. La francophonie québécoise et les francophonies canadiennes, aussi diverses qu’il y a de provinces et de territoires, ne se parlaient pas, ou du moins, ne se comprenaient pas.

Arrive Sonia LeBel et la nouvelle équipe de la Coalition avenir Québec. Entre autres responsabilités, elle a hérité de la Francophonie canadienne et chose certaine, elle ne chôme pas. À tous les mois depuis l’été, elle a sillonné le pays afin d’écouter ce que les communautés francophones ont à dire. Car l’objectif de son Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes, prévu pour les 16 et 17 juin 2020, ce n’est pas que de les entendre, c’est aussi de développer « le renouveau de la politique québécoise en matière de francophonie canadienne ».

Cela pourrait être égoïste. Il n’y a aucune obligation pour elle de mener une si large consultation. En fait, la ministre pourrait développer sa politique dans son coin, ou en catimini avec quelques groupes choisis. C’est tout à son honneur qu’elle mène un vaste exercice d’examen des politiques québécoises en matière de francophonie.

« Le Québec est à une croisée des chemins, a-t-elle confié lors d’une rencontre éditoriale avec le quotidien Le Droit. Traditionnellement, les échanges se font autour de la culture et de l’éducation. Nous voulons y ajouter l’économie aussi. »

L’éducation, c’est une évidence. Cela fait des décennies que l’essor des écoles de langue française aux quatre coins du pays a profité de l’essaimage de professeurs du Québec. Cela se poursuivra.

En culture aussi, cela va de soi. Il y a depuis 40 ans plusieurs artistes de la francophonie canadienne qui ont poursuivi de brillantes carrières au Québec avec Angèle Arsenault, Daniel Lavoie, Carmen Campagne, le Groupe Swing, etc. L’inverse commence à peine à se concrétiser, avec les tournées de Mario Jean, notamment, qui sillonne les salles bondées en Ontario, au Manitoba, en Alberta. Mme LeBel veut encourager ces échanges, mais dit ne pas savoir encore comment.

Tous ces exercices ne sont pas vains. « Si nous élargissons l’espace francophone au Canada, a-t-elle poursuivi, nous croyons que cela nous profitera à nous aussi. Nous pensons que cela peut s’organiser autour de voies à deux sens. » 

Deux conditions s’appliquent. La première, c’est l’approche « différenciée » qui fait en sorte que les principes sont les mêmes partout, mais que leur administration soit potentiellement différente partout. Puis, il y a la capacité limitée du Québec de payer. La Belle Province a beau nager dans les surplus budgétaires, cela n’est pas bar ouvert pour les communautés francophones. Il faut se débrouiller avec l’argent présentement sur la table.

Une chose est sûre : la crise provoquée par le gouvernement de Doug Ford en Ontario, en novembre 2018, a eu du bon. Cela s’est avéré un électro-choc pour le Québec qui a réalisé son poids et son rôle partout au Canada. Le dialogue s’est amorcé, et cela s’est réalisé avec la création de l’Université de l’Ontario français. Sonia LeBel y a joué un rôle modeste. Le Sommet sur le rapprochement en sera une concrétisation. Comme quoi à quelque chose, malheur est bon. 

Pierre Jury

Le Canada heurté par ses cheminots

ÉDITORIAL / La grève du Canadien National, qui amorce sa quatrième journée vendredi, a des conséquences extrêmement fâcheuses pour les Canadiens. Il importe d’en venir à une entente négociée dans les plus brefs délais, car chaque journée compte.

Les conséquences de ce bris de service commencent à se faire sentir, mais que partiellement. Et nous ne parlons pas des manques de propane pour les barbecues des gens des villes ! Dans les médias, on a amplement parlé des impacts de la pénurie de gaz propane sur les fermes du Québec, surtout. Le séchage des grains est interrompu par manque de carburant, et les producteurs agricoles n’ont que quelques jours de pause avant que les grains, humides, ne se mettent à se dégrader. Les récoltes dans les champs ont été stoppées. Les agriculteurs ne peuvent préparer leurs sols pour l’année prochaine.

Pierre Jury

Beaucoup de poids légers

ÉDITORIAL / Le cabinet des ministres que Justin Trudeau a révélé, mercredi, n’a pas bouleversé le monde. Le premier ministre a nommé 35 libéraux, dont huit qui reviennent dans les mêmes fonctions. Mais il n’y a pas eu de grande surprise, comme la nomination d’un ministre issu du Nouveau Parti démocratique, par exemple, dont le Parti libéral, minoritaire, aura besoin pour faire passer ses projets de loi.

Non, M. Trudeau s’est contenté de puiser dans les rangs habituels pour bâtir son équipe. Il a commencé par Chrystia Freeland, sa nouvelle vedette qu’il a promue des Affaires étrangères jusqu’au poste de vice-première ministre, un poste qui n’avait pas été pourvu depuis le temps de Paul Martin. Elle sera aussi responsable des Affaires intergouvernementales. Mme Freeland s’est illustrée en renégociant l’Accord du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, et elle y a bien tiré son épingle du jeu. Cette promotion était dans la poche. Trouvera-t-elle plus simple de composer avec les premiers ministres de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario qui sont réfractaires aux idées libérales qu’avec Donald Trump ? Elle doit le croire parce que M. Trump était totalement imprévisible. Jason Kenney, Scott Moe et Doug Ford représentent un moindre défi pour cette femme pleine de ressources.

Elle misera sur l’écoute, d’abord, ce qui est une bien meilleure idée que celle d’amener des solutions toutes faites à leurs problèmes, surtout sur la manière que les provinces de l’Ouest pourront sortir leur pétrole. Son père exploitant une ferme en Alberta, elle a une compréhension plus pointue des défis albertains. 

M. Trudeau a aussi contourné son problème de manque d’assises en Alberta et en Saskatchewan, en se tournant vers un autre Saskatchewanais d’adoption, Jonathan Wilkinson, pour l’environnement. Un artifice politique qui, l’espère-t-il, lui permettra de sauver la face.

Puis M. Trudeau a poursuivi en nommant François-Philippe Champagne aux Affaires étrangères. Toute une promotion pour celui qui est promis à de grandes choses. Mais il les prend une à la fois, un signe de sagesse. 

Le cabinet Trudeau compte 36 personnes, dont lui-même, et est paritaire. Il ne fallait pas s’attendre à moins de M. Trudeau qui avait défriché ces terres dès 2015. Il avait alors 34 ministres.

Par contre, nous retrouvons dans ce cabinet beaucoup de nominations de poids léger, assignés à des tâches éparses. Ce sera le cas de Marc Miller, aux Services aux autochtones, Mary Ng à la Promotion des exportations, Daniel Vandal aux Affaires du Nord, Bardish Chagger à la Diversité et l’Inclusion, Joyce Murray au Gouvernement numérique, et Mona Fortier, responsable de la Prospérité de la classe moyenne, etc. On aura l’impression que M. Trudeau désirait combler des postes pour combler des postes, et du même coup, atteindre la parité hommes-femmes. Il aurait mieux fait de s’imposer un cabinet minceur en se limitant à 28 ou
30 ministres.

Mme Fortier accède rapidement au cabinet, une surprise. Elle n’est entrée aux Communes qu’il y a deux ans. Elle entre par la petite porte, ce qui est très bien pour ses premières fonctions, bien plus rapidement que Mauril Bélanger, qu’elle a remplacé, et qui avait dû attendre longtemps avant d’avoir des tâches officielles. Sa nomination a été fort bien reçue en Ontario français, et les attentes seront modestes.

Justin Trudeau mise sur ce cabinet pour les deux prochaines années, dans l’espoir qu’ils livreront la marchandise aux Canadiens. Mais l’économie, sur laquelle le premier ministre n’a que de bien faibles prises, fera foi de tout et décidera du résultat de la prochaine élection.

Pierre Jury

Et le lieutenant?

ÉDITORIAL / Justin Trudeau dévoile son cabinet des ministres mercredi. Le suspense, qui devrait être à son paroxysme, ne l’est plus alors que pas mal toutes les nominations ont été ébruitées. Cependant, la rumeur veut qu’un poste demeure vacant comme il l’est depuis 2015: celui de lieutenant du Québec.

Le job n’a rien de protocolaire. Il ne faut pas confondre avec celui de lieutenant-gouverneur du Québec, qui est le représentant de la reine dans la Belle Province. Le lieutenant du Québec ne fait pas dans les courbettes. Il est plutôt le conseiller officiel du chef de parti fédéral. Il peut y en avoir plusieurs à la fois, un par parti donc.

Pierre Jury

Une victoire facile pour la CAQ ?

ÉDITORIAL / Vendredi, les médecins spécialistes du Québec ont annoncé avoir conclu une entente avec le gouvernement de la Coalition avenir Québec sur la portion financière que cette dernière souhaitait récupérer dans leurs poches. Mais le flou demeure sur cet accord qui est demeuré tacite jusqu’ici.

Le gouvernement avait dit en campagne électorale qu’il souhaitait récupérer 1 milliard $ sur les 5 milliards $ que Québec verse à ses spécialistes. La rumeur qui court depuis vendredi, c’est que l’État québécois aurait conclu une entente qui lui aurait permis de récupérer 500 millions $. Si ces racontars sont fondés, c’est la moitié moins qu’espéré, et les partis d’opposition en feront leurs choux gras. Ils ont déjà commencé d’ailleurs.

Du côté de la CAQ, le refrain avait déjà changé. Le premier ministre François Legault ne parlait plus de 1 milliard $ à récupérer, car il savait bien qu’il s’agissait d’un objectif trop ambitieux. Il faisait plutôt référence à ramener la rémunération des spécialistes à 9 % de moins que la moyenne nationale des spécialistes, car de son propre avis, les salaires sont 9 % inférieurs au Québec par rapport au reste du Canada. Comme si tout devait coûter 9 % de moins au Québec...

Bref, c’est l’art de faire dire aux chiffres ce que l’on veut bien !

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Peu importe, ces 500 millions $ économisés sur le dos des médecins spécialistes, si le chiffre est exact, sont 500 millions $ de plus pour le Trésor québécois, ce qui est une très bonne chose. 

Les finances publiques ne sont pas dans le rouge au Québec, qui vient même de déclarer un surplus de 1,4 milliard $ (plus un autre 3 milliards $ à être versé au Fonds des générations, le bas de laine des Québécois). Nous pouvons donc présumer que le ministre des Finances, Éric Girard, ajoutera sous peu cet autre influx d’argent dans ses coffres. Nous l’avons dit, le Québec nage dans les surplus et cet état de choses est exceptionnel. Il faut en profiter pendant que cela dure, non pas pour tout dépenser l’argent qui entre, mais en garder une bonne portion qui diminuera la dette, et en dépenser une autre partie pour aider main-d’œuvre à décrocher de meilleurs emplois, par la formation professionnelle, notamment.

Ces 500 millions $ que Québec aurait récupérés dans les goussets des membres de la Fédération des médecins spécialistes font très mal paraître le gouvernement précédent, celui du Parti libéral qui était dirigé par Philippe Couillard, et dont le Dr Gaétan Barrette dirigeait le ministère de la Santé. C’est lui qui a conclu cette entente avec la FMSQ... qu’il présidait avant de se lancer en politique, en 2014. Il aurait arrosé les spécialistes des largesses de l’État québécois et la preuve, c’est la relative facilité avec laquelle le nouveau gouvernement de la CAQ a réussi à faire faire marche arrière. 

Il aura suffi de quelques semaines de pressions et de négociations pour que les médecins spécialistes rejettent ainsi quelque 10 % de leur rémunération afin d’acheter la paix. 

François Legault n’a même pas eu besoin de les menacer d’une loi spéciale !

Le mystère demeure sur cet accord entre Québec et la Fédération des médecins spécialistes. Il semble bien que ces derniers étaient trop bien payés sinon, ils se seraient battus à mort pour conserver leurs acquis nouvellement conquis. 

L’avenir révélera la teneur de l’entente et les montants d’économie. En attendant, c’est une victoire pour la CAQ, une victoire facile, même si ce n’est pas celle qu’elle espérait en campagne électorale.

Pierre Jury

Blais, vainqueur facile à Orléans

ÉDITORIAL / Stephen Blais a remporté l’investiture du Parti libéral de l’Ontario dans la circonscription d’Orléans. Sa tâche sera beaucoup plus ardue que celle dans Ottawa-Vanier, un château fort traditionnellement libéral. Cette circonscription aussi est vacante depuis la démission de Nathalie des Rosiers, qui est retournée dans le monde de l’éducation.

Jusqu’en 2018, Orléans s’avérait en quelque sorte une circonscription baromètre, alors qu’elle change de député au gré des allégeances du premier ministre. Pas toujours, mais de façon régulière. Marie-France Lalonde a rompu cette série en reconquérant Orléans en 2018, même si une vague en faveur du Parti progressiste-conservateur balayait l’Ontario. Mais avant elle, Phil McNeely l’a conquise trois fois sous la domination du premier ministre Dalton McGuinty. Avant ça, c’était l’époque du conservateur Brian Coburn qui la représentait à l’époque des premiers ministres Mike Harris et Ernie Eves. Et avant lui, Gilles Morin, qui est entré à Queen’s Park en même temps que David Peterson...

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Donc la course sera serrée entre Stephen Blais et le candidat conservateur qui doit être nommé. Parce qu’il y a une certaine allégeance entre le premier ministre et le député d’Orléans. Mme Lalonde avait prévalu ; M. Blais saura-t-il suivre dans ses traces ? L’avenir nous le dira.

Franco-Ontarien qui a redécouvert ses racines il y a quelques années, M. Blais n’a pas eu trop de difficultés à remporter cette investiture. Il a obtenu 368 votes, 232 de plus que son adversaire Rachel Décoste, qui en a récolté 136. Mme Décoste était plus ou moins connue dans Orléans, alors qu’elle signait des opinions politiques dans le Huffington Post. C’est un déficit important devant M. Blais qui est conseiller municipal du quartier Cumberland depuis 2010. Son ascendant sur ce secteur est d’Ottawa est majeur comme en témoignent ses 89 % des votes exprimés lors du vote de l’automne dernier.

Stephen Blais agit aussi comme président de la Commission de transport en commun, pas une mince tâche compte tenu des ratés du démarrage du train léger. S’il est élu, il sera heureux de passer cette patate chaude à un autre élu d’Ottawa. Mais ce n’est rien à comparer avec la tâche qui l’attend. Le Parti libéral de l’Ontario ne compte que cinq députés en ce moment... sur 124 sièges. Il y a tout un travail de reconstruction à abattre en Ontario, et ce, même s’ils réussissent à faire élire des libéraux dans Orléans et dans Ottawa-Vanier. Et il ne reste que deux années et demie avant le prochain scrutin général. Délai pendant lequel le Parti libéral devra se trouver un nouveau leader. Ce ne sera pas une mince tâche de rebâtir ce parti, qui a connu de belles années sous M. McGuinty, avant une fin atroce, et quatre années du leadership sans boussole de Kathleen Wynne.

M. Blais avait réussi à obtenir l’appui de l’ex-ministre Madeleine Meilleur, un témoignage de l’influence que l’ancienne députée d’Ottawa-Vanier joue encore dans la politique. Même si elle a quitté en juin 2016, elle tire encore des ficelles et son « imprimatur » compte encore pour beaucoup. 

Maintenant, l’attente se fera sentir. Le premier ministre Doug Ford n’aura aucune hâte à s’encombrer d’un ou de deux autres députés libéraux de plus. Il remettra l’élection partielle le plus loin possible. Dans Orléans, il peut faire patienter jusqu’en mars 2020. Bien que Stephen Blais s’est dit prêt à en découdre tout de suite, il devra ronger son frein encore plusieurs mois, exerçant sa patience.

Bienvenue en politique provinciale, M. Blais !