Rhéa Lemay-Gagné a reçu son congé le 14 juillet dernier. Elle a été accueillie à sa résidence en héroïne, avec une haie d’honneur sous les applaudissements de tous les employés.
Rhéa Lemay-Gagné a reçu son congé le 14 juillet dernier. Elle a été accueillie à sa résidence en héroïne, avec une haie d’honneur sous les applaudissements de tous les employés.

Du journalisme qui fait une différence

OPINION / À la journaliste Émilie Pelletier, 

Le 29 juin, j’ai pleuré ma vie en écrivant une lettre au premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, l’implorant de nous laisser, ma soeur et moi, devenir proches aidantes pour donner à notre mère se remettant de la COVID-19 le goût de vivre à nouveau. Je n’y croyais pas vraiment, mais je ne savais pas quoi faire d’autre. Le lendemain, j’ai pris une chance en envoyant un courriel au chroniqueur Patrick Lagacé. Comme une bouteille à la mer. La réponse en 30 minutes, je ne l’attendais pas. L’appel d’une journaliste du Droit, Émilie Pelletier, dans l’heure qui suit mon courriel? Wow! Quelqu’un qui a une voix veut nous aider!

Le 2 juillet, lors d’un suivi téléphonique, le médecin traitant de ma mère Rhéa Lemay-Gagné nous confirme qu’elle est déprimée, triste et découragée. Nous ne pouvons toujours pas aller la voir, autrement que dehors, pour 30 minutes, une personne à la fois, à 2 mètres de distance, avec un masque. La Dre Fung (extrêmement gentille et humaine, par ailleurs) nous avise qu’elle demandera un transfert en réadaptation le plus tôt possible, mais ne peut rien promettre quant au temps que ça prendra. Avant de raccrocher, je lui mentionne qu’un article racontant les déboires de ma mère et dénonçant l’injustice dont les ainés sont victimes en étant privés des visites de leurs proches doit paraitre dans Le Droit (Proches aidants en foyers de soins de longue durée en Ontario: «Ne laissez pas notre mère mourir seule», Le Droit, 4 juillet 2020). Elle me répond que c’est une excellente initiative et nous souhaite bonne chance pour la suite.

Le lendemain matin, une place est tout à coup disponible en réadaptation à l’hôpital Montfort et ma mère est transférée.

On se pinçait, ma sœur et moi, pour être certaines qu’on ne rêvait pas. Maman a été évaluée dès son arrivée à Montfort par l’ergothérapeute et la physiothérapeute. Elles ont toutes deux constaté à quel point elle était forte et motivée à s’en sortir afin de retourner chez elle.

En 24 heures, on est passé du découragement au retour à la maison dans un avenir prévisible.

Comme par enchantement, son dossier médical est devenu une priorité pour tous les intervenants de la santé. Ma sœur et moi avons reçu des appels de médecins de Montfort. Sans que nous ayons à en faire la demande, l’hôpital nous a offert de la visiter chaque jour durant sa réadaptation, à titre de proches aidantes.

Elle a reçu son congé le 14 juillet. Elle a été accueillie à sa résidence en héroïne, avec une haie d’honneur sous les applaudissement de tous les employés.

Elle est presque revenue à son autonomie «d’avant». Elle a perdu l’usage d’un œil et son audition est un peu plus mauvaise, mais somme toute, elle va bien! Elle n’a besoin que d’un peu d’aide le matin et le soir pour s’habiller et faire sa toilette. Les soins de maintien à domicile offerts par les services sociaux ont d’ailleurs débuté le soir même de son retour.

J’aimerais bien croire que la conclusion de cette histoire est attribuable au fonctionnement approprié du système et à l’humanité des décideurs. Mais je n’y crois pas.

Je suis bien convaincue que l’intervention d’une journaliste crédible et professionnelle a transformé une petite vieille qui ne fait pas bien de bruit en véritable grenade. Une patate chaude avec laquelle personne ne veut se brûler les doigts.

Et grâce à vous, elle est encore vivante et heureuse comme ça se dit pas! Elle n’a aucun souvenir de son épisode COVID-19 et c’est tant mieux. Elle ira au mariage de son petit fils le 15 août dans une belle robe neuve. Elle ne sait pas ce qu’elle vous doit, mais ma soeur Chantal et moi, nous le savons.

Alors, chers journalistes, quand vous êtes tannés, que votre job vous pèse, que votre boss vous fait suer, pensez à Rhéa et dites-vous que vous êtes importants et que vous faites une différence.

Merci. Mille fois merci.

Myriam Gagné