La Chambre des représentants devait voter, mercredi, pour la destitution du président Donald Trump.

Destitution: Trump en rira

ÉDITORIAL / La Chambre des représentants devait voter, mercredi, pour la destitution du président Donald Trump. Cela apparaissait comme une évidence puisque les démocrates, qui sont derrière cette procédure de destitution, y sont largement majoritaires.

Le président des États-Unis, qui tente toujours de tourner les faits en sa faveur, est intervenu plusieurs fois, notamment sur son réseau favori, Twitter, pour démolir les prétentions démocrates. Cela ne devait en rien influencer la Chambre des représentants, mais il lui reste le Sénat, la seconde étape du processus. Là, il trouvera chaussure à son pied et plein d’appuis républicains.

Le Sénat lui reste fidèle malgré toutes les preuves que l’on puisse trouver contre lui. La majorité républicaine y est de six sièges, mais une destitution n’est pas une procédure normale. Elle procédera aux deux tiers des votes et hormis une bombe médiatique que les démocrates n’ont pas encore dénichée, c’est au Sénat que la destitution s’arrêtera.

M.Trump rira des deux accusations contre lui. La première concerne un abus de pouvoir, celui d’avoir demandé à l’Ukraine de lancer une enquête sur le fils du vice-président Joe Biden en retour d’une aide militaire de 400 millions $. La seconde fait référence à l’obstruction du Congrès pour avoir bloqué des témoignages et d’avoir refusé de fournir des documents aux élus dans le cadre de la procédure d’impeachment. Dans ces affaires, il parle de chasse aux sorcières, de subterfuges qui détournent la démocratie aux États-Unis. Il défie tout un chacun, à commencer par la leader de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et soutient qu’il en sortira grandi.

Les Canadiens regardent cela avec désillusion, de voir notre pays voisin si divisé selon des lignes partisanes.

Donald Trump pourrait bien avoir raison. Il n’a pas perdu un seul point de pourcentage dans l’opinion publique depuis le début de ce scandale. Au contraire, il en a gagné. Les républicains se sont serré les coudes et ont tout oublié de son leadership incertain. Ils ont raffermi leurs appuis au président sortant qui fera face à l’électorat en novembre 2020.

Car c’est là le grand débat camouflé derrière tout cet épouvantail de la procédure de destitution. Car les démocrates ne pouvaient croire sérieusement en leurs chances de succès. Pas si tard dans son mandat. M. Trump a quand même amorcé sa quatrième année de présidence en novembre dernier.

Les démocrates avaient d’abord estimé qu’ils en auraient la chance avec le rapport de l’enquêteur Robert Mueller sur l’implication de la Russie dans l’élection de 2016. Mais manque de pot, le rapport Mueller n’a pas tranché en noir et blanc, offrant aux Américains de larges zones de gris.

S’il avait été plus favorable aux démocrates, ce rapport, rendu public en 2018, leur aurait offert une destitution sur un plateau d’argent. Là, ils se sont réfugiés derrière ce mystérieux coup de téléphone du président Trump à son homologue ukrainien Volodymyr Zelinsky. Ils devaient croire à cet impeachment que pour les as qui se cacheraient derrière cette procédure. Ils croyaient que Donald Trump en sortirait affaibli et que cette vulnérabilité se traduirait par une défaite à l’élection présidentielle de novembre 2020.

Cela est encore leur voeu le plus cher alors que la procédure de destitution se joue encore à Washington. Nous verrons où cela nous mènera. Mais une chose est sûre : cette destitution est mort-née, mais ses effets auprès de l’électorat se feront sentir jusqu’à l’élection à la présidence.