L'Hôpital de Gatineau obtient un D- dans le palmarès des urgences de La Presse.

Des progrès, mais il en faut plus

Le bilan de la situation des services de santé en Outaouais en 2016 révèle plusieurs points positifs, notamment la diminution du nombre de patients orphelins grâce au recrutement de nouveaux médecins, l'annonce de la création de la Faculté satellite de médecine, le début de la construction d'une super-clinique, la diminution des sommes dépensées en Ontario et la création d'un centre de dépistage des infections transmises sexuellement.
Nous nous réjouissons de ces mesures, toutefois l'Outaouais a une longue pente à remonter et certaines de ces mesures comportent malheureusement des faiblesses. Ainsi, la faculté satellite de médecine, qui est une mesure phare pour la région, ne verra le jour qu'en 2020, les premiers diplômés ne compléteront leur formation qu'en 2024. Pourquoi un aussi long délai ? Il n'avait fallu que 18 mois pour créer les facultés satellites de Saguenay et de Trois-Rivières. Par ailleurs, McGill doit faire tous les efforts nécessaires pour offrir toute la formation théorique en français dès le début. La faculté satellite sera un moteur important pour le développement des services de santé en Outaouais, il faut la créer avant 2020.
Le CISSSO a réussi à combler les 32 postes d'omnipraticiens alloués à la région en 2016. On comprend mal pourquoi Québec n'a alloué que 18 postes à la région pour 2017. Il manque encore 27 omnipraticiens dans la région et, même s'il a diminué, le nombre de patients orphelins demeure un des plus élevés au Québec avec 72 %. Il sera difficile d'atteindre la cible de 85 % fixée par le gouvernement pour la fin de 2017. Pourquoi ne pas profiter de l'engouement actuel des diplômés en médecine pour la région pour combler tous les postes vacants ? Faute de suffisamment de médecins (il manque aussi 26 spécialistes), des patients continuent de se faire soigner à Ottawa ou d'engorger les urgences.
Le point faible des services de santé en Outaouais, depuis plusieurs années, est définitivement la situation des urgences. La région affiche un piètre score dans le bilan ministériel annuel. Alors que ce devrait être un endroit où la prise en charge est rapide, c'est un endroit où l'attente prolongée est devenue la norme. Pour résorber la crise, les dirigeants du CISSSO viennent de décider d'adopter un plan transitoire pour désengorger les urgences, en transférant 45 des 178 patients occupant des lits de courte durée dans les hôpitaux vers d'autres types de ressources. Nous encourageons les dirigeants, avec l'appui des députés, à faire de la situation des urgences une priorité, en réclamant sa part du 100 millions $ annoncé par Québec, notamment pour désengorger les urgences. 
Un plan pour « guérir » les urgences doit comprendre d'autres mesures. Il faut augmenter la proportion de patients ayant un médecin. Or, Québec fait preuve d'incohérence en limitant le nombre de postes d'omnipraticien pour l'Outaouais pour 2017. Il faut aussi s'assurer qu'il y a un nombre suffisant de personnel à l'urgence et que la délégation des actes médicaux vers le personnel infirmier soit renforcée. Ainsi, on pourrait recourir à des infirmières praticiennes, lorsque les urgences débordent. Elles peuvent demander des tests de diagnostic (tels que rayons X et analyses de laboratoire) et traiter des problèmes relativement mineurs comme des otites, des infections urinaires, etc. Nous comprenons d'ailleurs mal pourquoi cette solution simple n'est pas mise en oeuvre. Il y aurait aussi lieu de travailler avec les GMF pour élargir leurs heures d'ouverture. À moyen terme dans la région, l'ouverture de la super-clinique devrait contribuer à améliorer la situation. Les patients avec des problèmes moins sérieux pourront y être traités, désengorgeant les urgences des hôpitaux et offrant ainsi de meilleurs services à la population. Comme le ministère a planifié de créer cinq super-cliniques dans la région, il faudra suivre la situation de près pour s'assurer que le gouvernement donne suite à son engagement.
Il faudra aussi surveiller pour voir ce que l'Outaouais recevra des 300 millions $ qui seront réinvestis par le gouvernement pour la santé en 2017-2018. Ces sommes devraient servir entre autres à l'amélioration des soins à domicile, ainsi que des soins en CHSLD. Par exemple, qu'en est-il de l'agrandissement du CLSC-CHSLD de la Pêche (24 chambres additionnelles) ? Une telle mesure permettrait de libérer des places présentement occupées par des patients de la MRC des Collines dans des établissements de Gatineau, et d'offrir en même temps un meilleur service de proximité à la population de cette MRC.
Les sommes dépensées en Ontario sont passées de 113 à 105 millions $ entre 2014 à 2015. C'est encourageant, mais il faudrait que le CISSSO élabore un plan de rapatriement pour les 40 millions $ qui pourraient être rapatriés dans les établissements de santé du Québec. Un premier pas devrait être la modernisation de l'unité des naissances à l'hôpital de Gatineau pour rapatrier 800 des 1200 naissances pratiquées à Ottawa. Le projet avait été annoncé en 2014 par le précédent gouvernement avec un budget d'une dizaine de millions. Le retard à réaliser cette mesure importante de rapatriement laisse perplexe. Dépenser environ 40 millions $ des sommes présentement versées à l'Ontario contribuerait à développer les infrastructures en Outaouais, impliquerait l'embauche de personnel additionnel qui dépenserait en Outaouais et paierait des impôts au Québec. Ce serait un enrichissement pour la région et tout le Québec.
Finalement, nos élus fédéraux et provinciaux devront défendre avec acharnement un dossier prioritaire pour l'Université du Québec en Outaouais. L'université, qui s'attendait à recevoir 50 millions $ dans le cadre du programme fédéral destiné aux infrastructures d'enseignement supérieur du Québec, n'a rien obtenu. Comme l'UQO est un moteur clé de développement de la région, notamment par la mise sur pied de programmes en santé, la société civile et les élus fédéraux et provinciaux doivent se mobiliser pour s'assurer qu'elle reçoive la part qui revient. Au-delà de la déception initiale compréhensible, il faut passer à l'action et obtenir des résultats. Une avenue serait-elle que le Québec assure le financement, étant donné que la province a reçu plus de 400 millions $ pour les infrastructures d'éducation à travers le Québec pour des projets préexistants ?
Des mesures importantes ont été prises ou annoncées au cours de l'année dans le domaine de la santé, mais la région part de très loin et on s'attend à ce que le gouvernement accélère le rattrapage nécessaire, notamment pour les urgences et le développement de services pour réduire les sommes versées aux établissements d'Ottawa afin que la région puisse bénéficier de services de santé équitables par rapport aux régions comparables du Québec.
Gilbert Langelier et Andrew Gibson, Santé Outaouais 2020