La décision de Doug Ford de réformer le conseil municipal de Toronto est mal avisée et soulève plusieurs questions de forme et de fond.

Des erreurs de forme et de fond

ÉDITORIAL / La décision de Doug Ford de réformer le conseil municipal de Toronto est mal avisée et soulève plusieurs questions de forme et de fond. Étonnamment, la question fondamentale sur le nombre optimal de conseillers qui devraient représenter les contribuables de la Ville-Reine passe loin, loin derrière.

En effet, M. Ford laisse la population échanger sur les ratios élus/population par exemple, alors qu’il se réfugie derrière une ou deux phrases creuses du genre « Toronto a 25 députés fédéraux, 25 députés provinciaux et devrait avoir 25 conseillers ». Outre le fait que ces chiffres correspondent, M. Ford n’apporte aucune autre justification que les économies budgétaires de 25 millions $, fortement disputées. Car « plus le nombre d’élus est faible pour desservir une même population, plus chacun des élus peut devoir s’entourer d’un nombre important d’employés politiques (et) et une réduction du nombre d’élus n’aurait qu’un effet marginal sur les dépenses », selon une étude du CIRANO de 2013. 

Mais Doug Ford continue comme si tout se faisait par magie. Pendant ce temps, des citoyens soulèvent les exemples de New York (8,5 millions de population, 50 élus, soit 1 pour 170 000) ou de Vancouver (1 pour 70 000) par rapport à Toronto (2,8 millions, 47 élus, 1 pour 60 000), sans égard au fait que ces trois villes sont situées dans des endroits bien différents, avec des cultures bien différentes. Il y a là un début de débat que M. Ford se garde bien d’explorer.

Pourquoi cibler Toronto et pas Ottawa, London ou Windsor ?

Cela laisse filtrer que M. Ford, un ancien conseiller municipal torontois, pourrait avoir quelques mailles à tirer avec son ancienne ville, tandis qu’il laisse les autres tranquille. Pourtant, il y a eu des discussions sur l’à-propos des 23 élus municipaux d’Ottawa (1 pour 40 000) dans le passé. Un sain débat, bien engagé, serait bienvenu.

Et lorsqu’il dit que les progressistes-conservateurs « ont promis un gouvernement pour le peuple », cela ne s’appliquerait que pour Toronto et pas les autres ? 

Cette drôle de logique est tombée comme une surprise sur le dos des citoyens. M. Ford dit qu’il a été transparent dans ses intentions, mais ce n’est pas le cas. Il aurait soulevé l’idée lors d’une rencontre avec le maire de Toronto, John Tory (qui a battu M. Ford en 2015), mais c’est tout. Il n’y a rien dans une promesse d’« un gouvernement pour le peuple » qui laisse entrevoir qu’il entendait sabrer dans le nombre d’élus de la Ville-Reine. Si l’idée était limpide à ses yeux, elle ne l’était pas pour tous les autres. 

Et puis, il y a le moment choisi pour l’annoncer, alors que les mises en candidatures étaient à toutes fins utiles terminées. Si cette idée va de l’avant – et nous n’avons aucun doute que cela procédera puisque le PC est majoritaire à Queen’s Park –, cela chamboulera le calendrier électoral de tout le monde à Toronto. Tout ça pour concrétiser une idée d’un premier ministre qui saute sur une occasion pour provoquer une réforme pas trop populaire.

Doug Ford aurait dû convenir une commission indépendante sur le nombre d’élus dans les municipalités de l’Ontario, pas que Toronto. Et ouvrir la porte à des questions sur la rémunération, tant qu’à faire. Il aurait dû prendre son temps et donner à tous le sentiment qu’ils ont été entendus. En lieu et place, il joue du coude comme un matamore ce qui ne fait ni avancer les objectifs de son nouveau gouvernement, ni avancer la démocratie municipale.