Des militaires ont été déployés dans des CHSLD du Québec afin d'aider pendant la pandémie de COVID-19.
Des militaires ont été déployés dans des CHSLD du Québec afin d'aider pendant la pandémie de COVID-19.

Des CHSLD, au nord du 55e parallèle

OPINION / Les soins de santé et de services sociaux en Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) ont basculé dans le déficit, exposant des aînés à la négligence, et d’autres, à la mort. Ce que l’histoire des pandémies dévoile, c’est la mise en exergue des failles majeures de nos systèmes de sociétés. 

En date du 17 avril, en réponse à la demande du gouvernement du Québec qui en a plein les bras, ou devrions-nous dire, qui manque de bras, le gouvernement du Canada annonce que près de 125 membres des Forces armées canadiennes (FAC) viendront prêter mains fortes aux CHSLD. Le 18 avril, des infirmiers, des techniciens médicaux et du personnel de soutien viendront en renfort aux médecins et infirmiers, déjà sur la ligne de front dans les établissements du Québec. 

Depuis plusieurs décennies, les experts du domaine gériatrique, les divers professionnels, préposés aux bénéficiaires, acteurs du milieu, ainsi que de nombreux proches aidants, dénoncent l’hécatombe qui se cache derrière l’inaction collective, l’âgisme et les abus envers les aînés. L’évidence des problèmes psychosociaux mis en lumière ne semble pas avoir attiré l’attention en matière de santé publique, du moins, jusqu’à maintenant. 

L’enfant démuni 

Coup de masse. Une pandémie lève soudainement le voile sur les failles majeures du système de santé et de services sociaux. Au point tel où l’ancien ministre de la Santé et des Services sociaux du Parti libéral du Québec, le Dr Gaétan Barrette, est interpellé pour œuvrer en première ligne aux côtés de collègues médecins spécialistes. Ce sera à titre d’infirmier, ou selon les besoins du moment, de préposé aux bénéficiaires. Celui à qui certains reprochent le démantèlement du système de santé publique, à coups de fusions, de logiques managériales, et de coupures financières majeures, se retrouve par défaut au front, pour pallier l’urgence de la situation. 

Le Dr Gaétan Barrette

De toute évidence, le système néolibéral a contribué à creuser un écart significatif entre les soins de santé publics et privés, et entre la santé comme le parent riche du système, et les services sociaux comme l’enfant démuni. 

Nous sommes tous d’accord, l’urgence de la pandémie incite la recherche en infectiologie et le développement d’un vaccin qui permettra l’immunisation des populations. Mais qu’en est-il du sous-financement des services sociaux et des services communautaires ? Tout comme les préposés aux bénéficiaires et infirmiers auxiliaires, les intervenants sociaux de première ligne peinent à accompagner tous les gens dans le besoin. 

Sortie de crise 

Face à la crise actuelle, il semble impératif de prendre davantage en considération les impacts psychosociaux des stress financiers, de l’isolement, et de l’écoanxiété sur les populations. Les familles, les individus, et les groupes les plus marginalisés de nos sociétés, actuellement confinés dans l’ombre, sans accès aux services sociaux et communautaires desquels plusieurs sont privés, vivent une grande détresse. 

Or, on ne semble pas prendre suffisamment en compte l’incidence de l’isolement et de l’exacerbation des maux sociaux dans l’analyse des déterminants de la santé. 

Pourtant, les données semblent faire consensus. Les signalements en protection de l’enfance ont considérablement diminué, la dénonciation de cas de violence conjugale est en baisse, et la consommation de drogue et d’alcool significativement en hausse. Ce qui n’annonce rien de salutaire. Tôt ou tard, il faudra réfléchir consciencieusement aux stratégies du dé-confinement. 

En Europe, la Suède fait figure d’exception. Les mécanismes de gestion de crise de la pandémie s’inscrivent en porte à faux des paradigmes de distanciation physique collective préconisés au Québec et ailleurs à l’international. Le modèle adopté privilégie la responsabilisation individuelle de chacun et tient particulièrement compte des impacts psychosociaux du confinement dans l’analyse de santé globale des populations. Force est d’admettre que face à l’inconnu, seul le temps dictera si cette prise de position aura des résultats concluants. 

Au nord du 55e

En attendant, davantage d’attention doit être portée aux impacts psychosociaux de la crise, sans quoi, ce n’est pas seulement en CHSLD que l’armée sera déployée. À l’annonce d’un premier cas de COVID-19 à Salluit au Nunavik, le gouvernement du Québec a fermé la frontière au nord du 55e parallèle. 

Malgré cela, à l’heure actuelle, 13 cas ont été diagnostiqués au Nunavik (sur une population totale d’approximativement 14 000 Nunavimmiut). La majorité de ces cas sont répertoriés à Puvirnituq, un des 14 villages, situé à l'ouest du territoire sur la baie d’Hudson. À court terme, des enjeux psychosociaux comme le surpeuplement de logements, l’accès limité à l’eau potable, et l’insécurité alimentaire, risquent d’avoir des impacts foudroyants sur les Nunavimmiut. 

Apprenons de la situation dévastatrice des CHSLD. Évitons de minimiser les répercussions psychosociales de la pandémie. Assurons-nous d’être en contact avec la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) et les leaders Inuit pour comprendre leurs réalités, leurs besoins, et les appuyer conformément. Soyons proactifs ! 

L'auteure est Karine Croteau, travailleuse sociale et professeure à l'Université d’Ottawa.