La fonction publique, forte de 150 000 travailleurs dans Ottawa-Gatineau, n’a pas réussi à convaincre l’un ou l’autre des partis de la force de ses arguments lors de la campagne électorale.

Dans la région, les libéraux, sans enthousiasme

ÉDITORIAL / La campagne électorale fédérale s’achève. Du côté des libéraux comme du côté des conservateurs, les deux seuls partis susceptibles de prendre le pouvoir, une guerre d’usure a miné et Justin Trudeau et Andrew Scheer. Personne n’est capable de dire lequel des deux l’emportera, le 21 octobre prochain. L’histoire de cette campagne se sera concentrée davantage sur les tiers partis, sur la remontée du Bloc québécois et sur la campagne inspirante de Jagmeet Singh, du Nouveau Parti démocratique, mais comme ils ne sont pas en position de diriger le pays, leur capacité d’action est limitée.

Et nous ne parlons pas d’Elizabeth May, du Parti vert, et encore moins de Maxime Bernier, du Parti populaire du Canada. Ce sont des partis qui génèrent moins de 10 et 5 % de l’électorat.

Dans Ottawa-Gatineau, la campagne a été terne, à l’image de la course nationale, coincée dans une égalité des chances conservatrices et libérales. Nulle part n’y a-t-il eu de grands enjeux qui ont mobilisé les troupes. Comme si le résultat était connu d’avance. Et les francophones ne voteront pas différemment de leurs voisins anglophones, malgré les appuis des libéraux à l’Université de l’Ontario français, par exemple.

Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent. La fonction publique, forte de 150 000 travailleurs dans Ottawa-Gatineau, n’a pas réussi à convaincre l’un ou l’autre des partis de la force de ses arguments. Sa promesse de faire du système de paie Phénix un enjeu électoral n’a pas galvanisé l’opinion publique. Pour le reste, les fonctionnaires craindront une baisse de leur nombre si les conservateurs sont élus, simplement parce qu’ils voudront équilibrer les finances publiques. Ce dernier enjeu n’a pas récolté beaucoup d’appuis, ce qui est étonnant compte tenu de son importance. La façon désinvolte avec laquelle les libéraux la balaient sous le tapis, multipliant les déficits de l’ordre de 15 à 20 milliards $ par an, est renversante. Cela aurait pu être une question de l’urne...

L’environnement, par ailleurs, a beaucoup fait parler. La population locale y est particulièrement sensible. Pêcheurs et chasseurs, cyclistes et amants du plein air sont fort nombreux. Cela a aidé les libéraux en 2015, mais leur achat du pipeline Trans Mountain a contrecarré leur message vert.

Le Parti libéral dominait la région avec 11 députés sur 12 à la dissolution de la Chambre. La seule voix discordante était celle de Pierre Poilievre, le conservateur de Carleton. À 40 ans, ce vétéran en sera à ses quatrièmes élections depuis 2004. Il risque bien de poursuivre dans ce rôle ingrat.

Partout ailleurs, les libéraux sont en avance, ou à peu près.

Dans Glengarry-Prescott-Russell (Francis Drouin), Ottawa-Sud (David McGuinty) et Ottawa-Vanier (Mona Fortier), les libéraux sont sûrs d’être réélus. Dans Ottawa-Centre, Catherine McKenna devrait poursuivre son travail. Idem dans Orléans où la libérale Marie-France Lalonde tente un transfert de la politique ontarienne : l’opposition ne pourra la bloquer dans cette nouvelle course. Dans l’ouest, les pronostics sont plus difficiles à faire, mais si les conservateurs s’en tirent avec une autre victoire, ce sera beau.

Du côté du Québec, dans Hull-Aylmer (Greg Fergus), Gatineau (Steven MacKinnon), dans Argenteuil-Petite Nation (Stéphane Lauzon), les opposants de ces libéraux n’ont pas mené de campagne suffisamment solide et ordonnée.

Dans Pontiac, la réélection du libéral William Amos est moins acquise.

Il sera intéressant de surveiller cette circonscription baromètre, qui a voté conservateur, néo-démocrate et libéral dans l’histoire récente.

Cela pourrait nous indiquer le sens du vent.