Alexandre Cusson, président de l'UMQ

Cusson a raté sa chance de se définir

ÉDITORIAL / Alexandre Cusson avait une grosse semaine entre sa démission à titre de président de l’Union des municipalités du Québec et le dévoilement de sa campagne lors du conseil général du Parti libéral du Québec. On croyait qu’il peaufinait son message et son lancement. Qu’il y aurait un gros spectacle autour de ce dévoilement. Et puis... rien.

M. Cusson n’avait rien à dire. Mais absolument rien.

Sur les mesures d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard ? « Je ne vais pas jouer au gérant d’estrade, je regarde en avant », a lancé le candidat.

Sur la signature de la Constitution ? « On va entendre les Québécois. S’ils nous disent que c’est leur priorité, on regardera... »

Sur l’interventionnisme de l’État dans l’économie ? « Il faut être extrêmement prudent de ce côté-là... », a-t-il poursuivi.

Sur la Loi sur la laïcité ? « Une position qu’on va élaborer au cours des prochains mois », a-t-il prédit.

Bref, celui qui agit toujours comme maire de Drummondville n’avait rien à dire sur aucun des thèmes cruciaux de la politique québécoise. Quelle déception.

Les Québécois espéraient un candidat fort, avec des idées bien arrêtées, pour contrecarrer quelque peu la campagne de l’autre candidate à la direction du PLQ, Dominique Anglade. Ils auront été déçus. À quoi s’est-il consacré au cours de la dernière semaine ?

Mme Anglade sillonne le Québec depuis plusieurs mois afin de bâtir son programme et son équipe, rechercher des appuis hors de la région de Montréal, d’où elle est originaire. Elle a vite fait de miser sur ses appuis au sein du parti, de Carlos Leitao, de Christine Saint-Pierre et les autres. Elle s’est défendue d’être une candidate qui ne dessert que les intérêts de la métropole, elle mise discrètement sur son statut de femme noire pour faire valoir l’inclusion de son parti. De toute évidence, elle s’est préparée à une longue course à la direction et elle a des choses à dire.

M. Cusson ? Il est difficile de voir comment il pourra articuler des idées claires sur des enjeux complexes. Il devait savoir que l’establishment du Parti libéral s’accrocherait à toutes ses paroles, en fin de semaine. Les journalistes aussi. Personne ne lui demandait d’avoir réponse à tout. Mais il était attendu du second candidat à la course à la direction qu’il puisse répondre avec netteté à plusieurs des grandes questions qui animent la politique québécoise.

Le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, a excusé ce qui devrait passer comme des erreurs de débutant.

« Laissez-lui le temps d’arriver. Donnez une chance, quand même », a-t-il argué tout en souhaitant qu’un ou deux autres candidats se présentent dans cette course au leadership. Ils auront jusqu’au 6 mars pour faire connaître leurs intentions, mais on le saura bien avant. Le successeur de Philippe Couillard sera connu les 30 et 31 mai prochain. Toute campagne qui se respecte devra être démarrée au début de 2020 au plus tard car après, tous les appuis et tout le financement auront déjà été monopolisés. Un troisième, ou même un quatrième candidat, empêcherait que le Parti libéral se divise en deux camps bien départis. Ce n’est jamais une bonne idée, les courses à deux.

Reconnaissons tout de même la valeur du candidat Alexandre Cusson. Issu des régions, il arrive avec un bon bagage d’expérience de maire et de président de l’Union des municipalités du Québec, où il a dû voir au-delà des seuls intérêts de sa région. Les attentes envers lui étaient très hautes. La première impression ne l’a pas servi. Sera-t-il capable de rectifier le tir à temps ?