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Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford. 
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford. 

COVID-19: faut-il des mesures encore plus strictes au Canada?

Charles S. Shaver MD.
Charles S. Shaver MD.
Ottawa
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POINT DE VUE / Devons-nous suivre la proposition de Global Canada pour un «bouclier canadien» avec des restrictions encore plus strictes contre la propagation de la COVID-19?

Le Québec et l’Ontario continuent d’établir de nouveaux records de nombres de cas quotidiens. Les deux provinces sont en confinement. De plus, Toronto est en confinement depuis six semaines et Montréal depuis le 1er octobre. Le Québec a instauré un couvre-feu jusqu’au 8 février avec des amendes pouvant aller jusqu’à 6000 $. Le premier ministre ontarien Doug Ford a déclaré l’état d’urgence, les écoles demeurent fermées, ainsi que les commerces non essentiels. 

L’Ontario est la seule province qui a fermé ses pentes de ski. Cependant, comme Jerry Agar l’écrit (Ottawa Sun, le 5 janvier), «le confinement des petites entreprises n’a pas eu l’effet souhaité, alors exigez une autre idée; ne répétez pas une idée qui ne fonctionne pas.» Toutes les provinces devraient envisager des mesures d’atténuation supplémentaires qui pourraient bien, au contraire, raccourcir la période de restrictions sévères.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, est justement préoccupé par la nécessité de mieux surveiller les arrivées au Canada. Même si le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, affirmait que seulement 1,8 % des cas étaient liés à un voyage, selon Brian Lilley (Ottawa Sun, le 23 décembre 2020), autour de 3,4 % à 3,8 % des cas de Toronto ont été attribués à un voyage international. 

Depuis le 1er janvier (Elizabeth Cohen, CNN), la nouvelle variante britannique – dont on pense qu’elle est 70 % plus contagieuse – a été isolée dans 29 pays. Au Canada, jusqu’à présent, on la retrouve en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec. La variante sud-africaine, quant à elle, a été observée dans 8 pays.

Il semble donc très raisonnable d’exiger un test COVID négatif avant de monter à bord de tout vol international à destination du Canada, comme c’est le cas depuis le 7 janvier.

Nous devrions également éviter les déplacements inutiles à l’intérieur de chaque province. Comme l’a conseillé la nouvelle directrice du CDC, le Dr Rochelle Wolensky, «Nous devions limiter notre mobilité.»

Patrick Brown, maire de Brampton en Ontario, a également plaidé en faveur des centres d’isolement et des congés de maladie payés. Toronto, Peel et Ottawa sont en effet en train de mettre en place ces centres, tout comme Edmonton et Calgary. 

Pourtant, pour des raisons inconnues, l’Ontario et l’Alberta n’ont pas suivi l’exemple de la plupart des provinces en ce qui concerne l’octroi de prestations d’isolement aux médecins en cas de pandémie. 

Notez bien que ces dernières semaines, plus de 900 employés de la Clinique Mayo et 1000 de la Clinique de Cleveland ont été infectés. Au Canada, à la fin juillet, environ 20 % des cas se trouvaient dans ce groupe, soit le double de la moyenne mondiale. À l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, 10 % des médecins ont récemment obtenu un résultat positif au test de dépistage du virus. Selon le groupe de travail sur l’immunité à la COVID-19, qui étudie la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et le Québec, les taux d’infection par le coronavirus étaient plus élevés chez les médecins (particulièrement ceux du Québec) que chez d’autres professionnels de la santé (Technologie canadienne des soins de santé, le 2 décembre 2020).

Malheureusement, deux provinces, l’Alberta et l’Ontario continuent d’ignorer les besoins des médecins. Le récent budget de l’Ontario ne contient pas un seul mot concernant la garantie de prestations de maladie adéquates pour les médecins et de nombreux autres professionnels de la santé. Le ministère de la Santé de l’Ontario a refusé de discuter avec l’OMA (Association des médecins de l’Ontario) au sujet des « indemnités de maladie » pour les médecins. 

La ministre des Finances Chrystia Freeland a déclaré en août dernier : «Les gens doivent rester chez eux quand ils ne sont pas bien. Sinon, nous ferons face à une autre énorme éclosion. » Andrea Horwath, chef du NPD de l’Ontario, a demandé à plusieurs reprises un congé de maladie payé. Son homologue, la chef du NPD de l’Alberta, Rachel Notley, a également exhorté sa province à accorder des congés maladie payés aux travailleurs de la santé contraints à l’isolement. Elle a souligné que la nouvelle Prestation canadienne de maladie pour la relance économique n’offre que 450 $ par semaine après impôts, ce qui ne couvrira pas la nourriture et le logement pour de nombreuses personnes (Michelle Bellefontaine, CBC News, 17 novembre 2020).

Il est intéressant de noter que le gouvernement de l’Alberta a récemment promis 625 $ supplémentaires après une période de quarantaine de 14 jours.

Cependant, ce montant est inadéquat pour remplacer le revenu perdu des médecins, de la plupart des infirmiers et infirmières et de nombreux autres professionnels de la santé. Ces gens ont besoin de beaucoup plus s’ils doivent s’abstenir de travailler: un soutien fédéral supplémentaire est donc requis.

Il y a plusieurs mois, Brian Pallister, premier ministre du Manitoba, a déclaré : «Nous voulons encourager les gens à ne pas travailler lorsqu’ils sont malades et nous voulons faire en sorte qu’ils ne soient pas pénalisés financièrement.» Après plusieurs mois, sa province a finalement accepté de fournir un soutien important (1000 $ par jour de travail aux médecins pendant 10 jours à la fois, jusqu’à 20 jours par année), s’ils sont forcés de s’isoler en raison d’une maladie ou d’une exposition à la COVID-19.

La plupart des médecins sont travailleurs autonomes et comptent sur une assurance privée, mais ceux qui ont plus de 65 ans ne sont généralement pas admissibles. Pour les plus jeunes, il y a habituellement une période d’attente d’au moins deux semaines.

La plupart des provinces ont reconnu ce fait. La plupart des médecins de la Colombie-Britannique sont couverts (jusqu’à l’âge de 70 ans) par un plan d’assurance invalidité financé par le gouvernement. Cela comprend désormais la quarantaine ou la COVID-19 dès le premier jour pour tous les médecins de la C.-B. La plupart des autres provinces et le Yukon assurent tous leurs médecins pour la perte de revenus dès le premier jour d’isolement ou de maladie. Seules les provinces de l’Ontario et de l’Alberta ont laissé leurs médecins totalement sans protection.

Bien que la prestation des soins de santé soit de compétence provinciale et territoriale, il est clair qu’il existe un besoin urgent d’une stratégie fédérale mieux coordonnée et d’un financement supplémentaire. 

Je suis d’accord avec le dirigeant du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, pour dire que les personnes qui reviennent au Canada après des vacances à l’étranger ne devraient pas recevoir la Prestation canadienne de maladie pendant leur période d’isolement de 14 jours. Si l’on en a abusé et que l’argent économisé a été redirigé, le montant des demandes légitimes pourrait probablement être augmenté au-delà des 500 $ par semaine, avant impôts. La ministre des Finances, Chrystia Freeland, devrait également accepter d’augmenter le Transfert canadien en matière de santé aux provinces et territoires. Les provinces devraient, à leur tour, accepter de verser des indemnités de maladie en cas de pandémie à tous les médecins en exercice et de compléter, si nécessaire, les prestations fédérales pour les infirmières et autres travailleurs de la santé à temps partiel afin de remplacer de manière adéquate leur revenu perdu.

Comme l’a déclaré le Dr Thomas Frieden, ancien directeur des CDC (US Centers for Disease Control and Prevention) il y a quelques mois, «Les congés de maladie payés sont extrêmement importants. Si une personne doit choisir de subvenir aux besoins de sa famille et d’aller travailler lorsqu’elle est malade, elle risque d’infecter d’autres personnes.»

Pas d’effet immédiat du vaccin

Au cours des prochaines semaines, une petite quantité de vaccins sera disponible, mais malheureusement, cela n’aura aucun effet immédiat sur la pandémie. Les premiers ministres Doug Ford et Jason Kenney devraient accepter dès que possible d’accorder des indemnités de maladie adéquates à leurs médecins. François Legault et les autres premiers ministres devraient s’assurer que les infirmiers, infirmières et autres professionnels de la santé reçoivent également des avantages supplémentaires suffisants pour remplacer leur revenu perdu. Cela les encouragera à s’isoler, si nécessaire, et aidera à contrôler la pandémie.

Ces mesures peuvent contribuer à réduire la probabilité de confinements prolongés et de restrictions plus strictes dans d’autres régions. Cela permettra de minimiser les conséquences sur la vie, les moyens de subsistance et la santé mentale des Québécois et de tous les autres Canadiens.

Charles S. Shaver, médecin à Ottawa, est né à Montréal. Il a été président de la Section sur la médecine générale interne de l’Association médicale ontarienne (Section on General Internal Medicine of the Ontario Medical Association). Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.