Sébastien Lévesque

Confinement cosmique

CHRONIQUE / « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » - Blaise Pascal

En cette période de confinement, nombreuses sont les personnes qui souffrent de solitude ou d’isolement. Cela m’a donné envie de vous faire voyager un peu dans le cosmos en repoussant encore plus loin les limites de notre confinement – ou plutôt en l’amenant dans une tout autre dimension. Avez-vous déjà pensé au fait que nous sommes confinés sur cette planète? Jusqu’à nouvel ordre, du moins, il semble que nous ne pouvions envisager sérieusement de quitter la Terre pour coloniser une autre planète. À peine arrivons-nous à voyager jusque sur la Lune. Mais est-ce le cas des autres civilisations qui peuplent notre univers?

Sommes-nous seuls dans l’univers? Cette question peut sembler vaine, voire loufoque, mais elle est pourtant fondamentale. Si nous découvrions de la vie ailleurs dans l’univers, nul doute que cela bouleverserait profondément notre vision du monde et de nous-mêmes. Quoi qu’il en soit, de nombreux scientifiques et philosophes pensent que l’univers est si vaste qu’il doit foisonner de vie. Mais si nous ne sommes pas seuls, alors où sont les autres? Et si la vie est si commune, comment expliquer que nous n’ayons toujours pas trouvé la moindre trace de vie extraterrestre? En dépit de nos efforts et de nos espérances, nous sommes toujours confrontés au « Grand Silence ». Pourquoi?

Ce problème a été formulé dans les années 1950 par le physicien italien Enrico Fermi. Selon lui, il y a quelque chose de paradoxal à ce que nous ne trouvions rien alors que la vie devrait être répandue un peu partout dans l’univers. Au sein de notre galaxie, par exemple, le Soleil n’est qu’une toute petite étoile parmi des milliards d’autres. Et une étoile relativement jeune, en plus. Cela signifie qu’autour de nombreuses autres étoiles dans la Voie lactée, des systèmes planétaires ont eu amplement le temps de se former, et la vie d’y apparaître. Mais pourtant, nous ne trouvons rien.

Est-ce la preuve que nous sommes seuls dans la galaxie, voire dans l’univers tout entier? Rien n’est moins sûr. Longtemps, nous avons cru appartenir à une espèce extraordinaire et habiter sur une planète unique en son genre, mais nous nous trompions. Depuis la Révolution copernicienne, en effet, nous savons que la Terre n’est pas le centre de l’univers, ni même le centre du système planétaire auquel elle appartient. Et depuis quelques années, la découverte d’exoplanètes tend à renforcer l’idée selon laquelle la Terre n’est pas aussi unique et spéciale que nous le croyions auparavant.

À l’échelle du vivant, l’être humain s’est longtemps plu à croire qu’il était une espèce à part, et non un animal comme les autres. Or, depuis les travaux de Charles Darwin et sa théorie de l’évolution, nous savons que nous partageons une histoire commune avec le reste du vivant et que nous ne sommes pas fondamentalement différents des autres animaux qui peuplent cette terre. À elle seule, cette leçon d’humilité devrait suffire à nous méfier de l’idée selon laquelle nous serions seuls dans l’univers, ce qui reviendrait effectivement à dire que nous sommes uniques et spéciaux.

Mais alors, comment résoudre le paradoxe de Fermi? Si la présence de vie est relativement banale dans l’univers, alors pourquoi n’en avons-nous jamais trouvé la moindre trace? Voici quelques hypothèses avancées par les scientifiques et les philosophes qui se sont penchés sur la question :

1. Il existe d’autres civilisations, mais elles sont trop loin pour que nous puissions espérer entrer en contact avec elles un jour ;

2. Les autres civilisations sont à notre portée, mais nos outils de communication sont trop faibles ou inadéquats, si bien que nous sommes actuellement incapables de les détecter ;

3. Étant plus avancées que la nôtre, les autres civilisations font en sorte de demeurer « invisibles » afin que nous puissions nous développer par nous-mêmes, et ainsi favoriser une sorte de « diversité culturelle cosmique » ;

4. D’autres civilisations existent et sont entrées en contact avec nous, mais les gouvernements nous cachent la vérité ;

5. Chaque fois qu’une civilisation atteint un niveau avancé de développement technologique, elle finit par s’autodétruire ;

6. Finalement, la Terre est bel et bien la seule planète à abriter la vie.

En l’état des connaissances actuelles, il nous est tout simplement impossible de résoudre le paradoxe et de déterminer laquelle de ces hypothèses est la meilleure. Personnellement, je penche grandement pour le scénario #1, car l’univers est si grand qu’il m’apparaît difficile à croire qu’il n’y a pas de la vie ailleurs, mais cette immensité rend aussi la possibilité de communiquer avec une autre civilisation très improbable. Le scénario #5 est aussi assez crédible à mes yeux, mais il est évidemment très pessimiste.

Mais pourquoi la recherche de vie extraterrestre fascine-t-elle tant l’esprit humain? À l’instar de la question de Dieu, je suppose que c’est parce que nous nous sentons seuls et que nous souhaitons briser l’isolement en nous rattachant à quelque chose de différent ou de plus grand que nous. En ce sens, je trouve que la crise actuelle rend ce genre de réflexion encore plus pertinente et nécessaire. Sommes-nous condamnés au confinement cosmique, c’est-à-dire à demeurer isolés sur cette petite planète perdue au milieu de nulle part, ou alors y a-t-il quelqu’un « ailleurs » avec qui nous pourrions éventuellement communiquer afin de nous sentir moins seuls?