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Geneviève Tellier
Collaboration spéciale
Geneviève Tellier
La nouvelle ministre des Finances, Chrystia Freeland, et le premier ministre Justin Trudeau ont présenté leur premier budget en pandémie, le 19 avril dernier.
La nouvelle ministre des Finances, Chrystia Freeland, et le premier ministre Justin Trudeau ont présenté leur premier budget en pandémie, le 19 avril dernier.

Budget Freeland: ne pas répéter les erreurs du passé

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CHRONIQUE / Le gouvernement fédéral a finalement présenté un budget le 19 avril dernier. Ce budget était attendu pour plusieurs raisons : plus de deux ans s’étaient écoulés depuis la présentation du budget précédent; il s’agissait du premier budget du gouvernement fédéral depuis sa réélection en novembre 2019; du premier budget de la nouvelle ministre des Finances, Chrystia Freeland; et du premier budget présenté pendant la pandémie.

Est-ce que ce budget a répondu aux attentes de la population ? Le gouvernement l’espère bien. Le document budgétaire, qui a plus de 800 pages (un record), présente plus de 270 nouvelles initiatives dans une foule de secteurs : relance économique, santé, programmes sociaux, éducation, population autochtone, environnement, municipalités, aide internationale, etc.

La mise en place de toutes ces mesures a un prix élevé. Le gouvernement prévoit ainsi dépenser 498 milliards $ cette année (2021-2022). Si ce montant est nettement inférieur aux 635 milliards $ dépensés pour l’année qui vient de se terminer (2020-2021), il n’en demeure pas moins significativement plus élevé comparativement aux autres budgets. Ainsi, le budget fédéral était de 363 milliards $ tout juste avant la pandémie (2019-2020).

Doit-on s’inquiéter de cette augmentation ? Pas nécessairement. Il peut être tout à fait justifié de vouloir offrir davantage de programmes publics. On constate, par exemple, que la décision de créer un programme national de garderies est très bien accueillie par la population. La pandémie a mis en évidence les lacunes des services actuels et les défis que pose la conciliation famille-travail. Bref, la décision de financer un nouveau programme public peut très bien se justifier. Il s’agit d’un choix de société.

Par contre, si l’État décide d’offrir plus de services publics, il doit aussi réfléchir à leur financement. Un gouvernement ne peut tout simplement pas compter uniquement sur les emprunts pour financer ses programmes, surtout lorsqu’il s’agit de programmes récurrents, c’est-à-dire qui doivent être financés tous les ans. L’expérience passée nous a appris les risques à long terme d’une telle stratégie. Dans les années 1990, le gouvernement fédéral a dû faire des coupes budgétaires très sévères pour assainir ses finances publiques, car les frais de la dette étaient devenus trop élevés. Les budgets des ministères avaient été réduits de 20 % en moyenne (certains ministères avaient même vu leur budget diminuer de 60 % !). Ce problème avait été créé parce que les nouveaux programmes publics adoptés quelques décennies plus tôt n’avaient pas été accompagnés de politiques fiscales adéquates. Bref, les revenus n’avaient pas suivi les dépenses.

Le budget présenté par Mme Freeland risque de répéter les erreurs du passé. Les nouvelles initiatives proposées pour augmenter les revenus (taxe sur les services numériques, sur certains biens de luxe, sur le tabac, etc.) sont nettement insuffisantes pour financer les nouveaux programmes annoncés dans le budget. Pour les cinq prochaines années, le gouvernement prévoit une hausse de ses revenus de 8,3 milliards $ grâce à ses nouvelles mesures fiscales, alors qu’à lui seul le programme national de garderie coûtera 30 milliards $.

À court terme, ce déséquilibre n’aura pas beaucoup de conséquences. Les taux d’intérêt étant faibles en ce moment, le gouvernement peut se permettre de faire des déficits. Par contre, si l’État canadien veut être généreux à moyen et à long terme, il doit trouver des sources de revenus supplémentaires permanentes pour couvrir l’ensemble de ses dépenses. Pour le moment, Mme Freeland n’a pas réussi à faire cet exercice.

L’auteure est professeure titulaire à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.