Boris Johnson, premier ministre britannique

Boris Johnson et le règne de la minorité

OPINION / « Victoire éclatante », « Tremblement de terre », « Victoire écrasante » titraient les grands quotidiens canadiens après les élections britanniques du 12 décembre 2019. Boris Johnson a obtenu 44 % des votes. C’est à dire que 56 % des Britanniques n’ont pas voté pour les conservateurs.

Si cette élection avait été un référendum, Boris Johnson l’aurait perdu.

Si Boris Johnson a remporté les élections, c’est uniquement à cause des distorsions qu’induit le bon vieux système uninominal à un tour des Britanniques, dit « winner take all! »

Ainsi, Boris Johnson avec seulement 44 % des votes a pu s’emparer de 56 % des sièges. Ce qui lui assure une majorité bien confortable pour mener à bien son projet de Brexit. Mais est-ce vraiment cela que voulaient les 56 % de Britanniques qui n’ont pas voté pour lui? Elle est là la majorité, la volonté populaire. Cela est d’autant plus vrai que Boris Johnson a fait du Brexit le seul enjeu des élections.

L’importance de la réforme du mode de scrutin et de la représentation proportionnelle réside dans le principe qu’un gouvernement qui se veut légitime devrait jouir de l’appui d’une majorité des électeurs – au moins 50 % plus un! Mais la vraie démocratie ne s’arrête pas là; elle ne se réduit pas à l’application de la règle de la majorité – qui est essentielle, mais non pas suffisante.

Le pouvoir doit être qualifié, soumis à des freins et à des contrepoids. Or, les contrôles démocratiques demeurent très faibles dans le système britannique – surtout dans le Royaume-Uni, qui manque de constitution écrite, qui dépend d’usages coutumiers non-codifiés. Ces usages coutumiers sont susceptibles d’être balayés d’un revers de main par un leader autoritaire et sans scrupules.

Boris Johnson n’a pas une vraie majorité. Mais il n’y a rien qui l’empêche de n’écouter que les siens, de ne briguer aucune opposition, de ne chercher aucun compromis – ni en Angleterre, ni en Écosse ou en Irlande. Ce qui risque d’être « éclatant » dans sa victoire faussée, c’est qu’elle pourrait mener à la perte de l’Écosse et de l’Irlande du nord – à l’éclatement du Royaume-Uni!

Robert McDonald, Candiac