«Malgré tout ce que l’on pourrait reprocher à Bombardier, le succès de l’entreprise a contribué à l’économie du Québec.»

Bombardier doit survivre

POINT DE VUE / Le débat public entourant l’avenir de Bombardier et le rôle que doit y jouer le gouvernement du Québec s’est envenimé durant la dernière semaine.

On n’en finit plus de compter les reportages répétant que ça va mal chez Bombardier et qu’on n’arrive plus à voir au-delà des déboires de l’entreprise. S’ajoutent à cela les textes des chroniqueurs avançant que Bombardier récolte ce qu’il a semé et qu’on ne doit surtout plus les aider. Tout ça sans aucune considération pour les travailleurs et les travailleuses ou pour le secteur aérospatial québécois. Notons par exemple les propos d’un chroniqueur d’un important média québécois qui affirmait cette semaine: «Que ni l’entreprise ni le Québec n’avaient les reins assez solides pour faire concurrence aux géants de l’aéronautique».

Pourtant, c’est depuis 1911 qu’on fait notre chemin en aérospatiale au Québec. Mais ça, peu de gens en parlent. On ne parle pas trop non plus des Québécoises et des Québécois, travaillant chez Bombardier, qui ont mis au point des appareils comme le Challenger, le CRJ ou le C-Séries (A220). On ne mentionne pas que c’est notre savoir-faire qui nous a permis de réaliser ces exploits malgré le fait que notre secteur aérospatial est un des moins soutenus par les fonds publics.

Après avoir fait l’acquisition de Canadair en 1986, Bombardier est rapidement devenue une pièce maitresse de notre écosystème aérospatial. Six ans après son arrivée dans le secteur, l’entreprise occupait la première place sur la scène internationale dans la niche des avions régionaux et des avions de classe affaires. Considérée comme la seule compagnie en mesure d’offrir une gamme complète d’avions régionaux turbopropulsés et à réaction, Bombardier est parvenue à se positionner comme le troisième plus important constructeur d’aéronefs au monde.

Malgré tout ce que l’on pourrait reprocher à Bombardier, le succès de l’entreprise a contribué à l’économie du Québec. L’entreprise a également permis à un nombre incalculable de Québécois et de Québécoises de développer leur talent et de travailler dans une industrie qui les passionne. Sans Bombardier, des entreprises comme Airbus, Mitsubishi ou Stelia n’auraient pas choisi de s’établir au Québec. Bombardier est l’entreprise qui a le plus investi en recherche et développement au Canada en 2017 (1,6 milliard) et en 2018 (1,5 milliard).

Cela dit, notre talent en aérospatiale et notre fierté d’y travailler n’appartiennent à aucune entreprise privée. C’est nous qui devons poser les gestes nécessaires pour avoir le contrôle de notre destinée. C’est grâce à nos rêves, notre imagination, notre passion et notre détermination que nous sommes parvenus à construire un écosystème aérospatial mondialement reconnu. Nous avons réussi à faire notre place dans cette industrie, nous avons prouvé qu’on peut jouer dans la cour des grands, qu’on n’est pas né pour un petit pain!

Partout on nous admire d’avoir réussi à construire des chefs de file de l’aérospatiale comme Bombardier, Héroux-DevTeck ou CAE. En principe, comme Québécois on devrait être fiers, on devrait promouvoir et protéger une industrie qui a le potentiel d’assurer notre prospérité. Au lieu de ça, on préfère culpabiliser d’avoir investi des fonds publics dans une entreprise québécoise pour qu’elle réalise le programme d’avion le plus ambitieux et prometteur des 50 dernières années. En fait, la vraie question à se poser ici n’est pas: doit-on aider ou non une entreprise d’un secteur clé de notre économie? Ce qu’on doit se demander, c’est comment faire pour que chacun de nos investissements assure un maximum de retombées pour le Québec?

Si Bombardier faillit, c’est l’ensemble du Québec qui perd. Souhaiter que Bombardier ferme ses portes, c’est souhaiter notre appauvrissement collectif. En refusant d’aider Bombardier, à la fin de la journée, ce ne sont pas les dirigeants ou les plus importants actionnaires de Bombardier à qui l’on va causer le plus de tort, mais plutôt aux travailleurs et travailleuses ainsi qu’à l’ensemble du Québec. L’industrie aérospatiale, c’est 200 entreprises et 42 000 emplois directs, dont 12 000 chez Bombardier. Ne laissons pas tomber tous ces travailleurs et travailleuses.