Le cabinet des ministres que Justin Trudeau a révélé, mercredi, n’a pas bouleversé le monde.

Beaucoup de poids légers

ÉDITORIAL / Le cabinet des ministres que Justin Trudeau a révélé, mercredi, n’a pas bouleversé le monde. Le premier ministre a nommé 35 libéraux, dont huit qui reviennent dans les mêmes fonctions. Mais il n’y a pas eu de grande surprise, comme la nomination d’un ministre issu du Nouveau Parti démocratique, par exemple, dont le Parti libéral, minoritaire, aura besoin pour faire passer ses projets de loi.

Non, M. Trudeau s’est contenté de puiser dans les rangs habituels pour bâtir son équipe. Il a commencé par Chrystia Freeland, sa nouvelle vedette qu’il a promue des Affaires étrangères jusqu’au poste de vice-première ministre, un poste qui n’avait pas été pourvu depuis le temps de Paul Martin. Elle sera aussi responsable des Affaires intergouvernementales. Mme Freeland s’est illustrée en renégociant l’Accord du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, et elle y a bien tiré son épingle du jeu. Cette promotion était dans la poche. Trouvera-t-elle plus simple de composer avec les premiers ministres de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario qui sont réfractaires aux idées libérales qu’avec Donald Trump ? Elle doit le croire parce que M. Trump était totalement imprévisible. Jason Kenney, Scott Moe et Doug Ford représentent un moindre défi pour cette femme pleine de ressources.

Elle misera sur l’écoute, d’abord, ce qui est une bien meilleure idée que celle d’amener des solutions toutes faites à leurs problèmes, surtout sur la manière que les provinces de l’Ouest pourront sortir leur pétrole. Son père exploitant une ferme en Alberta, elle a une compréhension plus pointue des défis albertains. 

M. Trudeau a aussi contourné son problème de manque d’assises en Alberta et en Saskatchewan, en se tournant vers un autre Saskatchewanais d’adoption, Jonathan Wilkinson, pour l’environnement. Un artifice politique qui, l’espère-t-il, lui permettra de sauver la face.

Puis M. Trudeau a poursuivi en nommant François-Philippe Champagne aux Affaires étrangères. Toute une promotion pour celui qui est promis à de grandes choses. Mais il les prend une à la fois, un signe de sagesse. 

Le cabinet Trudeau compte 36 personnes, dont lui-même, et est paritaire. Il ne fallait pas s’attendre à moins de M. Trudeau qui avait défriché ces terres dès 2015. Il avait alors 34 ministres.

Par contre, nous retrouvons dans ce cabinet beaucoup de nominations de poids léger, assignés à des tâches éparses. Ce sera le cas de Marc Miller, aux Services aux autochtones, Mary Ng à la Promotion des exportations, Daniel Vandal aux Affaires du Nord, Bardish Chagger à la Diversité et l’Inclusion, Joyce Murray au Gouvernement numérique, et Mona Fortier, responsable de la Prospérité de la classe moyenne, etc. On aura l’impression que M. Trudeau désirait combler des postes pour combler des postes, et du même coup, atteindre la parité hommes-femmes. Il aurait mieux fait de s’imposer un cabinet minceur en se limitant à 28 ou
30 ministres.

Mme Fortier accède rapidement au cabinet, une surprise. Elle n’est entrée aux Communes qu’il y a deux ans. Elle entre par la petite porte, ce qui est très bien pour ses premières fonctions, bien plus rapidement que Mauril Bélanger, qu’elle a remplacé, et qui avait dû attendre longtemps avant d’avoir des tâches officielles. Sa nomination a été fort bien reçue en Ontario français, et les attentes seront modestes.

Justin Trudeau mise sur ce cabinet pour les deux prochaines années, dans l’espoir qu’ils livreront la marchandise aux Canadiens. Mais l’économie, sur laquelle le premier ministre n’a que de bien faibles prises, fera foi de tout et décidera du résultat de la prochaine élection.