Bannissons les termes «gens de couleur» et «minorités visibles»

OPINION / Les termes « gens de couleur » et « minorités visibles » sont inadéquats, désuets, discriminatoires. Ils appartiennent à la gestion de notre société d’il y a plus de trois décennies (Loi sur le multiculturalisme 1985) et à notre ancienne histoire (colonisation, paternalisme, esclavage). Actualisons-nous!

Aujourd’hui 4,9% de la population canadienne est autochtone et 22,3% sont des «gens de couleur» selon Statistiques Canada (2016). Ils représentent 27,2% des Canadiens. En Ontario, les Premières Nations représentent 1,8% de la province et les «personnes  de couleur» 29,3%. Ils représentent près du tiers de la population de l’Ontario, soit 31,1%.

Depuis 2015, le Canada accueille 300 000 nouveaux immigrants par année, incluant trois grands groupes désignés comme «minorités visibles» selon les critères de la Loi sur l’équité en matière d’emploi: les Sud-Asiatiques, les Chinois, les Noirs.

Soyons une société multiraciale d’avant-garde SVP! Commençons par modifier notre vocabulaire périmé.

Modernisons-nous!

On doit se montrer à la hauteur de ce que nous prétendons être, refléter nos valeurs de l’égalité et l’équité promues par l’intention de nos lois. Proposer des termes non discriminatoires, que ce soit pour illustrer des statistiques ou pour des fins de recrutement.

Au lieu de se rapporter aux races, d’utiliser les termes «minorités visibles» (complètement aberrant – étant blanche, suis-je donc invisible?), on devrait référer strictement aux profils culturels (culture ou pays d’origine) des gens, notamment en matière d’accès en emploi afin d’apporter les ajustements nécessaires... Ces informations statistiques pourraient se révéler très utiles afin de repérer les iniquités auprès de nos divers secteurs de l’employabilité.

Sans oublier d’y ajouter les 1re, 2e et 3e générations, car de nombreux Canadiens issus des «minorités visibles» sont nés et continueront de naître au Canada. Il y a aussi celles et ceux qui sont issus des unions mixtes (interculturelles) à la hausse au pays. Tout cela incite à réfléchir...

Par ailleurs certains employeurs diffusent ce genre de message: «Les candidats issus de la diversité sont encouragés à postuler. » Encore une fois des termes obsolètes: ne sommes-nous pas une société proclamée multiculturelle par la loi? Évidemment qu’on recevra des candidatures issues de la diversité! Petit rappel: ce samedi 27 juin marque la Journée du multiculturalisme canadien.

Notre langage doit accentuer notre sens de l’équité socio-économique. Une opportunité de prouver notre leadership modernisé dans la gestion de notre diversité, d’éduquer à l’inclusion, d’encourager la participation citoyenne équitable.

Tant et aussi longtemps qu’on utilisera un vocabulaire catégorisant les citoyens en fonction de la couleur de leur peau, on perpétuera un racisme systémique.

Rappelons que le secteur public gère l’inclusion via la politique de la discrimination positive favorisant un traitement préférentiel à l’égard de personnes sujettes à la discrimination en raison, entre autres, de leur origine ethnique. Une politique totalement archaïque au sein de notre contexte multiculturel à l’ère du XXIe siècle. Actualisons-nous!

Réitérons l’idée de créer un Centre d’apprentissage dédié à appuyer et conseiller nos employeurs des secteurs publics et privés en matière de gestion de la diversité culturelle.

Peut-être connaissez-vous le Centre d’apprentissage interculturel (Affaires mondiales Canada) conçu pour former nos travailleurs internationaux, visant à leur permettre d’acquérir les compétences culturelles afin d’intervenir efficacement auprès de contextes hautement diversifiés outre-mer?

Pourquoi ne pas se doter d’un tel Centre de référence pour nous former nous-mêmes, ici, à l’égard de notre multiculturalisme local, de notre démographie qui ne fera que se diversifier? Définitivement une question de socio-économie équitable et durable.

Certains me diront que nous détenons déjà plusieurs ressources pertinentes à notre portée. Sans les citer, leur impact semble encore bien minime alors que le racisme systémique marque notre actualité plus que jamais.

L'auteure du texte est Annik Chalifour de Toronto.