Au lendemain d’une élection historique

ANALYSE / À la fin, Recherche Mainstreet prévoyait 72 sièges pour la CAQ. Beaucoup de gens ont pensé que nous avions exagéré.

À la fin, nous les avons sous-estimés et nous avons pris un peu trop au sérieux la prime à l’urne traditionnelle pour les libéraux. Tout cela est allé à la CAQ.

En bout de ligne, le vote libéral s'est effondré. L’ampleur de la chute est spectaculaire.

Notre plus grande prévision ratée dans cette campagne fut celle concernant Sylvain Gaudreault dans Jonquière. Toutes nos excuses au député, finalement réélu.

Mais les surprises que nous avions prévues dans nos sondages, que ce soit dans Taschereau, Sherbrooke, Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Gatineau, Chapleau et Papineau exprimaient clairement le désir de changement observé dans les urnes.

Nous avons également dit que le PQ serait balayé de l'île de Montréal. À part Jonquière, ils ont été éliminés au Saguenay/Lac-Saint-Jean. Ils ont probablement eu la pire nuit de tous.

Alors que nous nous tournons vers l’avenir, le PQ a plus de problèmes que le faible nombre de sièges. Parce que si vous regardez l'emplacement géographique des circonscriptions demeurées péquistes, quelle est leur base pour rebondir? La Gaspésie? Certes, pas à Montréal. Pas à Québec. Pas dans une ville de taille moyenne de la province (à l'exception de Jonquière). Ils sont physiquement séparés de tout centre. La plus proche est Véronique Hivon à Joliette, pas très loin de Montréal. Dans ces circonstances, quelle couverture médiatique auront-ils pour leurs activités de députés, sauf lorsque l’Assemblée nationale se réunit? Au sein de la population, où ils devront se retrousser les manches et travailler à la reconstruction, leur base est gravement affaiblie.

De son côté, Québec solidaire aura une forte présence à Montréal et donc dans tous ses médias. Leurs deux députés à Québec sont très dynamiques et la nouvelle députée Christine Labrie a déjà fait forte impression dans sa région.

Et puis, il y a les libéraux. Ils ont conservé leur base traditionnelle à Montréal et à Laval, garantissant une visibilité médiatique, une synergie organisationnelle et l'argent. Clairement, ils seront bien servis par quatre années complètes à se reconstruire. Ils auront besoin d'un leadership plus dynamique et devront se pencher sur les enjeux qu'ils ont négligés lors de l'élection et dont les Québécois ont voulu parler. L'environnement et les soins de santé viennent immédiatement à l'esprit. Ils ne pouvaient pas vraiment parler de santé à cause de Gaétan Barrette, ce qui était un handicap majeur non tacite. 

Une autre question qui n’a pas été abordée beaucoup pendant la campagne, mais qui, selon nos sondages, préoccupe beaucoup les Québécois, concerne le travail inachevé de la Commission Charbonneau. Il reste à voir si le nouveau gouvernement CAQ en fera une priorité.


« Gouverner est beaucoup plus difficile que d’être dans l’opposition ou même d’essayer de gagner une élection lors d’une campagne »
Steve Pinkus, vice-président Mainstreet Recherche

Enfin, qu’en est-il des priorités de François Legault, maintenant qu’il devra gouverner? La question se pose pour la CAQ, mais elle s’applique à tout nouveau parti où de nouvelles personnalités prennent le pouvoir pour la première fois. Gouverner est beaucoup plus difficile que d’être dans l’opposition ou même d’essayer de gagner une élection lors d’une campagne. M. Legault a parfaitement le droit d'être optimiste. Il a occupé lui-même plusieurs postes au conseil des ministres. Mais s'il a constitué une solide équipe de ministres potentiels, il devra leur donner suffisamment de temps non seulement pour maîtriser leurs dossiers, mais aussi pour bien comprendre le fonctionnement du gouvernement. Par conséquent, il doit trouver un équilibre entre le désir d'aller rapidement de l'avant avec son programme et une certaine patience pour donner à son nouveau caucus une base solide pour travailler. Je suis convaincu que la majorité des Québécois lui souhaitent bonne chance.