« Aucune communauté d’Ottawa n’est assez vaste pour accueillir un tel mégarefuge. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’investissement de l’Armée du Salut, il s’agit de conjuguer la possibilité d’offrir de meilleures conditions de vie et services de soutien aux plus vulnérables » affirme le conseiller municipal dans Rideau-Vanier, Mathieu Fleury.

Au-delà du «pas dans ma cour»!

Normalement, lorsqu’une proposition de modification de zonage importante est déposée, les gens d’un quartier prennent le temps d’exprimer leurs préoccupations, que la demande s’inscrive ou non dans le grand plan d’urbanisme de la Ville d’Ottawa. Or, la réaction est souvent perçue comme une forme de protestation de style « pas dans ma cour ».

La demande d’aménagement déposée par l’Armée du Salut vise à créer un établissement comportant plus de lits que l’Hôpital Montfort. Un projet d’une telle envergure exigerait la participation des communautés et des élus de l’ensemble de la ville, et pas seulement celle de Vanier. Ce n’est pas qu’une simple demande d’aménagement et la réaction est beaucoup plus complexe qu’un simple « pas dans ma cour ».

Pour ceux de la gauche politique, il s’agit d’aider plus efficacement nos résidents les plus vulnérables afin que nous puissions soutenir un nombre plus important d’entre eux, tandis que, pour la droite, il s’agit d’aider nos citoyens les plus vulnérables de la manière la plus efficace possible, afin d’économiser l’argent des contribuables.

À vrai dire, la demande d’aménagement ne porte pas uniquement sur une modification de l’utilisation des sols dans l’une des plus importantes rues principales d’Ottawa. En fait, le modèle proposé par l’Armée du Salut, visant à centraliser tous les services, est intrinsèquement voué à l’échec.  

Compte tenu du fait qu’Ottawa finance l’Armée du Salut à hauteur d’environ 5 millions $ par année, il devient impérieux d’examiner sérieusement comment cet argent est affecté et s’il donne les résultats escomptés. L’entente financière conclue avec l’Armée du Salut relève du Comité des services communautaires et de protection tandis que la demande de modification de zonage relève du Comité de l’urbanisme. Ce double chapeau prouve bien que la demande n’est pas qu’un simple exercice d’urbanisme. 

Certes, l’entente financière et la demande d’aménagement sont deux éléments importants du projet ; toutefois, ce n’est pas ce qui devrait vous préoccuper en tant que résident d’Ottawa.

Aucune communauté d’Ottawa n’est assez vaste pour accueillir un tel mégarefuge. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’investissement de l’Armée du Salut, il s’agit de conjuguer la possibilité d’offrir de meilleures conditions de vie et services de soutien aux plus vulnérables. Force est de constater cependant que les mesures prises au cours des quelque 40 dernières années, notamment le financement et l’aide fournis aux services de refuge de l’Armée du Salut, ne nous ont pas permis d’accomplir de progrès pour mettre fin à l’itinérance. Au contraire, les besoins ont continué de croître tandis que les conditions de vie de nos membres les plus vulnérables n’ont cessé de se dégrader.

Selon Albert Einstein, la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.

La communauté de Vanier a adopté une approche réfléchie et organisée, mais différente, pour aborder le défi que lui présente l’Armée du Salut. Elle a mis sur pied 10 groupes de travail. Chaque groupe a examiné des éléments bien précis et a formulé des solutions réfléchies et réalisables en réponse à la proposition de «mégarefuge» de l’Armée du Salut. Elles pourraient, si la Ville et l’Armée du Salut démontraient l’ouverture nécessaire, contribuer à changer de manière significative le modèle de services proposé et à mettre en œuvre des stratégies nouvelles et novatrices relativement au logement et à l’itinérance à Ottawa. 

Nous privilégions un modèle décentralisé pour venir en aide à nos résidents les plus vulnérables.

Il demeure qu’il faut « être deux pour danser le tango ». L’Armée du Salut doit être prête à collaborer avec la communauté et à envisager une démarche complètement nouvelle. De plus, il faudrait que la Ville refuse de céder sa place en matière de services sociaux et qu’elle endosse un rôle de leader. Les robots peuvent très bien renouveler les ententes de financement à notre place, mais ce n’est pas ce que nous cherchons. Les résidents d’Ottawa méritent une administration publique qui ne craint pas de remettre en question le statu quo et de proposer des solutions novatrices.

Vous vous sentez impuissants devant la situation des sans-abri qui essaient de survivre dans des refuges d’urgence précaires ? Vous avez raison. En effet, les études indiquent que la première chose dont a besoin une personne qui se trouve en situation d’itinérance, c’est un logement, pas un refuge.

La communauté de Vanier ne souffre pas du syndrome « pas dans ma cour ». Nos efforts démontrent bien que le modèle de refuge dépassé peut être remplacé par une meilleure solution. Cependant, nous avons besoin de l’aide des résidents de l’extérieur de Vanier et vous demandons de prendre le temps de réfléchir, d’écouter et de prendre un engagement à l’égard de ce problème, et d’examiner les solutions que notre communauté propose. Nous ne croyons pas à l’utilité du modèle proposé. Il n’a pas sa place dans aucune communauté à Ottawa.

Aidons nos membres les plus vulnérables en innovant sur les plans du soutien, de la stabilisation et du logement.

L'auteur est Mathieu Fleury, Conseiller municipal, Quartier 12 (Rideau-Vanier).