«Pourquoi, au Québec, n’avons-nous pas un droit d’apprendre le français gratuitement, comme c’est le cas pour les personnes immigrantes?» demande le député Gregory Kelley.

Apprendre le français gratuitement devrait être un droit pour tous les Québécois

POINT DE VUE / Au Québec, le débat linguistique peut parfois être émotif et diviseur. D’une part, l’ensemble des Québécois souhaite la promotion et la vitalité de la langue française et d’autre part, personne ne souhaite que cet objectif ne génère un quelconque sentiment d’exclusion chez quiconque.

D’un bout à l’autre du Québec, un consensus se dégage autour de la valeur que nous accordons au français pour la richesse de son vocabulaire, pour la passion que véhicule notre langue et, oui, aussi pour sa complexité. La langue française est le principal fil conducteur qui unit les Québécois de toutes origines, car elle leur permet d’échanger, de travailler et de vivre ensemble.

Bien que nous n’ayons pas tous la même capacité d’apprentissage d’une langue seconde, la communauté d’expression anglaise a fait de grands progrès dans la maîtrise de la langue française. À partir des années 60, d’abord à Saint-Lambert, mais rapidement partout au Québec, un programme d’immersion française est créé afin de s’assurer que les jeunes anglophones d’âge scolaire aient une bonne connaissance du français.

D’ailleurs, les statistiques démontrent que la communauté anglophone du Québec est bilingue dans une grande proportion. Cependant, de nombreux membres de la communauté ne se sentent malheureusement pas assez confiants dans l’usage de la langue française pour réussir à s’épanouir et contribuer pleinement au développement social et économique du Québec. Cela explique entre autres pourquoi une partie de notre jeunesse quitte le Québec.

Des personnes de tous les âges m’ont demandé pourquoi, au Québec, nous n’avions pas un droit d’apprendre le français gratuitement, comme c’est le cas pour les personnes immigrantes. C’est ce qui m’a fait réfléchir : devrions-nous avoir un tel droit pour l’ensemble des Québécois? Si nous voulons que tous puissent vivre en français, ne devrions-nous pas nous assurer que toute personne qui désire apprendre le français puisse le faire?

C’est précisément pour cette raison que j’ai déposé un projet de loi à l’Assemblée nationale pour inclure à la Charte de la langue française le droit pour tous les Québécois d’avoir accès à des cours de français gratuitement. Que vous soyez une personne âgée d’expression anglaise qui souhaite apprendre la langue, un immigrant qui veut améliorer sa diction, une personne issue des communautés autochtones qui veut améliorer sa connaissance de la grammaire ou encore un francophone qui souhaite améliorer son français écrit, le Gouvernement et la Charte devraient être là pour vous.

Le coût de cette mesure reste à être évalué et le projet de loi laisse la latitude au gouvernement pour déterminer quel ministère prendra en charge ce nouveau droit et comment il s’appliquera. En ce moment, plusieurs ministères sont impliqués dans les cours de francisation, Emploi Québec, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et sans oublier le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur qui offre des cours de français notamment aux adultes. Il serait souhaitable que l’un de ces ministères se retrouve dans le siège du conducteur afin de livrer un programme cohérent, centralisé et facile d’accès pour la population.

Ce projet de loi se veut aussi une contribution au débat politique entourant la prospérité des Québécois d’expression anglaise au sein de notre société. Il est clair que d’accéder à un emploi à la hauteur de leurs compétences est un enjeu majeur.

Des études récentes ont démontré que les Anglophones sont sous-représentés au sein de la fonction publique québécoise. Faire le saut pour aller travailler, en français, à Québec peut sans doute être intimidant pour plusieurs. Préparer des notes, des présentations ainsi que répondre aux citoyens, ce sont là des tâches quotidiennes qui requièrent un degré de confort avec la langue française qui trop souvent décourage plusieurs Anglophones à tenter leur chance. Multiplier les opportunités d’améliorer gratuitement leur maîtrise de la langue française est une partie de la solution à ce problème.

Trop souvent, l’on réfère à la langue française comme étant une barrière à l’intégration ainsi qu’à la participation à la société. Il n’y a pas lieu que ce soit le cas. Nous pouvons avoir un dialogue positif au sujet de la langue française qui ne considère pas la question linguistique comme une équation à somme nulle. Tous méritent la chance de maîtriser la langue française, et cela commence avec l’ajout d’un droit, pour tous.

*Gregory Kelley est aussi porte-parole de l’Opposition officielle pour les relations avec les Québécois d’expression anglaise.