Doug ford, premier ministre ontarien

2019 compliquée pour Doug Ford

CHRONIQUE / En 2018, Doug Ford avait mené tambour battant les six premiers mois de son mandat. Bière à un dollar, fin du monopole de la Régie des alcools de l’Ontario sur la vente de cannabis, retrait de l’Ontario du marché du carbone, réduction de la moitié du conseil municipal à Toronto, ou encore suppression de trois des neuf commissaires. Il s’agissait de faire vite. Trop vite peut-être.

L’année 2019 aura été un rappel que les Ontariens en majorité n’ont pas approuvé tous ces changements, ni le ton franc du collier et parfois belliqueux du premier ministre.

Quelques indicateurs à cette impopularité de Doug Ford. D’abord les sondages. L’un de la firme Mainstreet, en juin dernier, plaçait son parti en dernière place des intentions de vente. Le Parti progressiste-conservateur ne récoltait que 22,4 % des suffrages, loin derrière les libéraux à 39,9 %.

Les élections fédérales de l’automne ont confirmé ce rejet de la « Ford Nation » en Ontario. Très discret dans la campagne pour ne pas nuire à son parti, Doug Ford a assisté à la défaite des conservateurs n’obtenant que 36 sièges pour l’Ontario à la Chambre des communes, contre 79 au Parti libéral de Justin Trudeau.

À ce climat de défiance s’est aussi ajoutée la grogne sur le terrain : les francophones d’abord qui ont passé l’année à réclamer le retour à l’Université de l’Ontario français (UOF) et l’indépendance de leur commissaire, les parents d’enfants d’autistes ont exigé plus de services, les enseignants se sont opposés aux coupes dans le milieu de l’éducation...

Conséquence ? Doug Ford n’a pas eu d’autre choix que de mettre de l’eau dans son vin. Son message politique s’est déplacé vers le centre. Le premier ministre a abandonné son idée de reprendre les fusions municipales, avant de renoncer à sa promesse d’augmenter les effectifs par classe à 28 élèves. Au passage, le gouvernement s’est entendu avec Ottawa pour la création de l’UOF.

Au niveau des finances, Doug Ford a modifié sensiblement son discours très axé sur les coupes. Le gouvernement se donne maintenant cinq ans pour équilibrer un déficit estimé à 9 milliards $ d’après les derniers chiffres avancés.

Au lendemain d’une élection fédérale marquée par la déroute du chef conservateur Andrew Scheer, M. Ford n’a aussi pas eu d’autre choix que de se rabibocher avec Justin Trudeau, quitte à mettre de côté ses piques sur la taxe carbone.

Toujours est-il que ces volte-face ne semblent pas avoir convaincu totalement les Ontariens. Pour beaucoup d’observateurs, le premier ministre a trahi ses partisans d’une droite « pure et dure », tout en ne satisfaisant pas encore les red tories, ces conservateurs de tendance centriste.

Mais à deux ans et demi des prochaines élections provinciales, Doug Ford peut toujours compter sur la faiblesse de ses adversaires. À commencer par Parti libéral, réduit à cinq députés. L’élection du successeur de Kathleen Wynne le 7 mars prochain ne résoudra pas d’un bout de baguette magique les défis d’une formation en lambeaux.

Depuis quelques mois, la chef néo-démocrate Andrea Horwath semble avoir repris un peu du poil de la bête, mais sans convaincre totalement les déçus du « fordisme ».

S’il veut reconquérir l’électorat, Doug Ford devra trouver enfin un style capable de rassembler. Dans ces conditions, le premier ministre aura un adversaire redoutable 2020 : lui-même.