Pierre Jury

Le rempart de la gestion de l’offre

ÉDITORIAL / ​La publication du dossier « Comment ‘acheter canadien’ », dans notre édition d’hier, démontre un fait aussi consternant qu’étonnant : de façon générale, notre industrie alimentaire canadienne est si imbriquée avec l’industrie des États-Unis que nous peinons à trouver des aliments « 100 % » canadiens.

Ce dossier compilé par la Presse canadienne est révélateur de ces faits renversants. Il y avait eu de larges échos sur la question du ketchup Heinz, et de celui de son compétiteur French’s. Depuis 2014, la fermeture de l’usine Heinz à Leamington, dans le sud de l’Ontario, a fait en sorte que tout le ketchup Heinz est maintenant produit en Ohio.

La marque French’s a vu là une opportunité de se démarquer et renforcir le caractère canadien de son produit. Ce qu’elle a fait, insistant sur le fait que son ketchup est produit de tomates canadiennes... même si French’s est une société américaine.

L'actualité sous la plume de Bado

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Bado

Opinions

Grève à la SAQ: l’enjeu

OPINION / Le Syndicat des employés de bureau et magasins (SEMB) de la SAQ, affilié à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), compte 5500 membres dont 60 % d’entre eux travaillent à temps partiel.

La convention collective actuelle, signée le 17 février 2010, d’une durée de 7 ans, est échue depuis le 31 mars 2017. Les enjeux de la négociation concernent le travail à temps partiel, le plancher d’emploi spécialement pour le personnel de bureau et l’ancienneté.

La SAQ et le SEMB négocient présentement depuis plus d’une année. Ils ont eu recours au service d’un conciliateur. Un mouvement de grève s’est mis en branle.

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La perte d’un ministère

Je partage ma très grande déception pour la perte de notre ministère des Affaires francophones (« Les dossiers francophones écartés », Le Droit, 13 juillet). Nous étions si fiers de l’avoir obtenu ! Je comprends que Doug Ford veuille réduire le nombre de ministères pour des raisons économiques et de fonctionnement, cependant, au bout d’un an, nous le retirer est une gifle, un retour en arrière et un affront à tous ceux qui ont participé à cet accomplissement historique.  

Je suis inquiète que les Franco-Ontariens soient plutôt tièdes vis-à-vis cette coupure. Nous sommes au-delà de la sensibilisation, il faut passer à l’action. Battre pavillon maintenant ? Je ne le ferai pas. À 76 ans et après plus de 30 ans d’expérience dans les langues officielles et de la francophonie, je n’abdique pas !

Élizabeth Allard, Orléans

Éditoriaux

Quand la collusion crève les yeux

ÉDITORIAL / Le président des États-Unis a désavoué son propre ministère de la Justice et ses services secrets, lundi à Helsinki, devant le monde entier, en se tenant fièrement aux côtés du dirigeant qu’on tient responsable du sabotage des élections dans son pays.

«Tous les services de renseignement américains ont conclu que la Russie s’est livrée à de l’ingérence. Qui croyez-vous?» lui a demandé un journaliste. La question était aussi claire que simple. Et le président des États-Unis a répondu qu’il croyait la «réponse forte» de Vladimir Poutine. Il a ensuite mentionné que le dirigeant aurait invité les enquêteurs américains à partager leurs secrets avec ceux de la Russie. 

La prestation du dirigeant américain a été si pitoyable que, pour la première fois depuis son élection, des commentateurs et même des membres du congrès parlaient ouvertement de «trahison», dans les minutes qui ont suivi la conférence de presse. 

Trump a été invité à préciser qui, selon lui, est responsable de la détérioration des relations entre Washington et Moscou, déplorée par son vis-à-vis russe. Il l’impute à la «stupidité» des États-Unis, à la «chasse aux sorcières» que constitue, selon lui, l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller, et à des textos échangés par un de ses enquêteurs. 

Mais pas un mot sur l’invasion de la Crimée ni sur le tir de missile qui a abattu le vol MH17; ni sur les massacres de civils en Syrie; rien sur les milliers de victimes de la guerre en Ukraine; sur l’emprisonnement, l’assassinat d’opposants et de journalistes, jusqu’en sol britannique. 

Il s’en trouve peut-être encore pour nier l’évidence, mais hier, elle crevait les yeux. Donald Trump a vendu son pays pour accéder à la présidence. Il a trahi les agents de ses propres services secrets, qui risquent leur vie au service de ce pays, en désavouant aussi ouvertement leur travail. L’homme est si habitué à mentir que plus il nie la collusion, plus il y a de raisons de croire qu’elle est avérée. Au rythme où il le faisait hier encore, ses dénégations constituent pratiquement des aveux. 

Mark Warner, un sénateur démocrate de Virginie, vice-président du Comité du renseignement, affirmait lundi que le président a failli à son devoir de protéger le pays contre ses adversaires, ce qui constitue un motif pour «impeachment». L’allusion était on ne peut plus claire, même s’il na pas utilisé le mot. Mais sans l’appui d’élus républicains, qui vont boire cette coupe jusqu‘à la lie, elle n’ira nulle part. 

Un professeur de John Hopkins, Eliot Asher Cohen, spécialiste de l’histoire militaire, est allé plus loin: «Le mot trahison est si fort qu’on ne doit l’utiliser qu’avec précaution. Mais la conférence de presse qu’il vient de donner a mené le président des États-Unis sur ces sombres rivages...»

Vendredi dernier, le Département de Justice déposait des accusations contre une douzaine d’agents russes pour leur rôle dans le piratage et la dissémination des courriels du Parti démocrate. Les actes d’accusation rendus publics contenaient des preuves accablantes des agissements du renseignement russe, identifiants précisément les unités, les individus et détaillant leurs agissements sur Internet.

À titre de président, Donald Trump connaissait à fond ces éléments de preuve quand il a, à toutes fins utiles, baisé la main de celui qui lui a offert la Maison-Blanche lundi, devant la planète entière. 

Il n’est plus possible d’invoquer le doute désormais. 

Point de vue

Une exclusion moralement indéfendable

Stupéfaction et colère, voilà ce qu’inspire d’emblée la nouvelle directive du ministère de la Famille qui interdit désormais aux enfants des demandeurs d’asile de fréquenter un service de garde subventionné du Québec.

Comment peut-on moralement justifier cette seule exclusion, alors qu’absolument toute autre personne résidente du Québec est admissible à ces places à contribution réduite quelle qu’elle soit: citoyenne, résidente permanente, titulaire d’un permis de travail ou d’un visa d’étudiant étranger, récipiendaire d’une bourse d’études du gouvernement du Québec, reconnue en tant que réfugiée, titulaire d’un certificat de sélection délivré en vertu de la Loi sur l’immigration au Québec, titulaire d’un permis de séjour temporaire en vue de l’octroi éventuel de la résidence permanente, etc.

Le ministre de la Famille justifie sa décision par une question de rôle à jouer entre les gouvernements fédéral et provincial. Pendant ce temps, ce sont des familles, principalement des femmes et des enfants, parmi les plus vulnérables de la société, qui sont exclues, laissées à elles-mêmes. Comment justifier cette exclusion des demandeurs d’asile alors que les délais pour obtenir une réponse concernant leur statut s’échelonnent trop souvent sur plusieurs années? Le gouvernement provincial a le devoir d’agir et de rétablir la situation. Il lui appartiendra ensuite de s’assurer que le fédéral assume ses responsabilités.

Par ailleurs, comment expliquer la confusion qui règne en ce qui concerne le droit à l’éducation de ces enfants, alors que leurs parents ont le droit de travailler et donc l’obligation de payer des impôts? Pourquoi ont-ils le droit de fréquenter l’école, du primaire jusqu’au collégial, mais n’ont-ils pas le droit aux services éducatifs à la petite enfance comme tous les autres enfants du Québec? Ces enfants ne devraient-ils pas avoir les mêmes droits que tous les autres en vertu des nombreuses conventions internationales dont nous sommes signataires?

Comment votre gouvernement peut-il justifier telle aberration, alors qu’il affirme que:

Les services de garde éducatifs jouent un rôle crucial dans la réussite éducative;

Les services de garde sont essentiels à la conciliation familiale et à l’égalité des sexes;

La participation des femmes au marché du travail est un facteur clé du développement;

Les employeurs québécois ont besoin de main d’œuvre étrangère pour fonctionner;

L’insertion en emploi est le principal moyen d’intégration des personnes immigrantes;

La francisation est cruciale pour assurer l’employabilité des personnes immigrantes;

Le Québec est le «paradis des familles»…

Ce n’est certainement pas faute de moyens qu’on peut justifier cette exclusion insensée: les surplus réalisés depuis trois ans totalisent plus de 11 milliards de dollars, en y incluant la part dédiée au Fonds des générations. Le gouvernement doit revenir sur sa décision. Il en va de l’avenir de plusieurs familles qui bâtiront le Québec de demain.

Véronique De Sève, vice-présidente CSN

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Les délinquants de la route

Dans Le Droit de lundi, M. Mignot s’inquiétait que, malheureusement, de nombreux conducteurs ne respectent pas les limites de vitesse réduites sur les chantiers routiers. Mais comment pourrait-il en être autrement, alors qu’ils ne respectent déjà pas les limites prescrites et les passages piétonniers dans les rues de leur propre quartier? J’ai moi-même failli me faire frapper par un camion la fin de semaine dernière. Ironiquement, j’étais à un passage piétonnier près d’un parc où la limite est pourtant fixée à 30 km/h. Délinquants du volant un jour, délinquants toujours.

Simon Forgues, Gatineau

La caricature d'André-Philippe Côté du 16 juillet

La caricature d'André-Philippe Côté du 16 juillet
André-Philippe Côté

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Il est temps que le Canada établisse un seuil de pauvreté officiel

La pauvreté est difficile à mesurer. Et elle possède de multiples dimensions au-delà du fait de vivre avec un faible revenu, d’avoir un handicap ou un problème de santé coûteux, de ne pas trouver de logement décent, de ne pas pouvoir comprendre et communiquer dans un environnement de plus en plus complexe sur le plan technologique et juridique et d’être incapable de trouver des aliments nutritifs à prix raisonnables.

Le gouvernement fédéral s’est pourtant engagé à élaborer une stratégie majeure de réduction de la pauvreté, et le ministre Duclos aimerait vraisemblablement avoir des moyens importants pour mesurer et surveiller les progrès vers l’objectif de réduction de la pauvreté au Canada.

Il est temps que le gouvernement fédéral établisse un seuil officiel de pauvreté, c’est-à-dire un montant en dollars en dessous duquel une personne ou une famille serait considérée comme « pauvre ».

De nombreux Canadiens pourraient être surpris que le Canada n’en ait pas déjà un. Statistique Canada, tout en produisant divers seuils de faible revenu depuis les années 1960, a fermement refusé de qualifier ces seuils de «pauvreté», pour la simple raison que la pauvreté est plus lourde de conséquences que le fait de vivre avec un faible revenu. Pour un organisme national de statistique, c’est une position que l’on peut comprendre, car il n’existe pas de méthode purement statistique pour établir un tel seuil. Cependant, il est tout à fait raisonnable pour un gouvernement de préciser un seuil de pauvreté, même s’il repose sur des jugements arbitraires; c’est du ressort et de la compétence des représentants élus.

Un seuil de pauvreté clairement établi permet à un gouvernement de fixer des cibles, comme réduire de 50 % la prévalence de la pauvreté mesurée, au cours de la prochaine décennie. Ce type de cibles permet à un gouvernement de concentrer son programme politique sur des interventions et des changements de programme efficaces pour atteindre la cible. De plus, cela permet aux Canadiens de suivre facilement les progrès du gouvernement vers l’atteinte de sa cible.

La possibilité d’établir une mesure significative de la pauvreté, qui serait largement acceptée pour refléter raisonnablement les situations de pauvreté, demeure un grand défi, même si les nombreux aspects possibles de la pauvreté n’ont pas été pleinement compris. Le fait que les seuils de faible revenu établis par Statistique Canada soient traités de facto comme des seuils de pauvreté, même imparfaits, laisse à penser qu’un faible revenu serait l’indicateur principal de la pauvreté.

Pourtant, un seuil de pauvreté défini par un niveau de revenu ne devrait être qu’un point de départ qui devrait être complété par un tableau de bord contenant d’autres mesures comme l’accès aux biens et aux services de soutien social, le handicap, l’analphabétisme, le logement et l’insécurité alimentaire.

Quel type de revenu correspondrait le mieux à un seuil de pauvreté officiel probant?

À l’heure actuelle, Statistique Canada produit trois ensembles de seuils, tous imparfaits.

Le plus ancien est le seuil de faible revenu (SFR). Il est basé sur une estimation statistique obscure et n’a pas été révisé depuis 1992 puisqu’il peut varier d’une manière qui défie toute logique. Le SFR devrait être complètement mis de côté.

À compter du 1er janvier 1992, Statistique Canada a commencé à publier une mesure de faible revenu (MFR). La MFR est très simple et transparente. Elle équivaut à la moitié du revenu médian adapté à la taille de la famille. Il est largement admis, tant chez les chercheurs que dans les analyses produites par l’OCDE, que deux personnes vivant ensemble ont besoin de moins de revenus que deux personnes vivant dans des ménages distincts, que trois personnes vivant ensemble ont besoin de moins de revenus qu’un couple plus une personne seule. En conséquence, la MFR varie pour les familles de tailles différentes selon une « échelle d’équivalence » qui est la même que celle qui est largement utilisée à l’échelle internationale.

Plus récemment, à partir de 2000, à la demande des ministres des Affaires sociales de partout au Canada, Statistique Canada a commencé à publier une « mesure axée sur le marché ». Tandis que la MFR ne fait pas de distinction selon une échelle de régions urbaines et rurales, la mesure axée sur le marché comporte des seuils différents pour chacune des cinquante municipalités et régions géographiques. Cette variation régionale est importante pour refléter les différences de coûts à travers le pays.

La mesure axée sur le marché utilise la même échelle d’équivalence que la MFR. Cependant, elle recourt à une mixité complexe d’éléments pour constituer son panier de consommation. Cette composition n’est pas du tout transparente, et quand on examine le document de cent pages décrivant les dernières révisions détaillées de 2010, beaucoup trouvent que certains éléments sont arbitraires et sans fondement.

En conséquence, la MFR et la mesure axée sur le marché ont toutes deux des points forts et des points faibles. Heureusement, il est facile d’imaginer un «nouveau seuil canadien de pauvreté» (SCP) qui combinerait les avantages des deux, tout en évitant leurs principaux écueils.

À l’instar de la MFR, ce seuil équivaudrait à la moitié du revenu médian ajusté à la taille de la famille. On ferait aussi la moyenne du revenu médian des dernières années pour fournir plus de stabilité. Et comme la mesure axée sur le marché, ce seuil serait caractérisé par les mêmes cinquante régions géographiques, et au lieu du panier complexe et arbitraire des dépenses sous-jacentes à la MFR, seuls les coûts de logement (loyers des appartements de deux et trois chambres) seraient utilisés pour refléter les variations géographiques.

Même s’il n’est pas parfait, ce SCP serait un point de départ suffisant pour une stratégie de réduction de la pauvreté du gouvernement: il serait plein de sens, utile à Statistique Canada pour faire des mesures et constituerait une base solide pour suivre les progrès vers l’objectif fondamental de réduction de la pauvreté.


L'auteur du texte est Michael C. Wolfson, expert-conseil auprès du site EvidenceNetwork.ca, basé à l’Université de Winnipeg, et membre du Centre de droit, politique et éthique de la santé à l’Université d’Ottawa. Il a présidé une Chaire de recherche du Canada dans le même établissement. Il a auparavant occupé le poste de statisticien adjoint en chef à Statistique Canada et il est l’initiateur de la mesure de faible revenu.