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Une continuité, vers une saine gestion

D’abord, merci au journal Le Droit et à l’éditorialiste Pierre Jury d’avoir reconnu ma contribution importante pour une saine gestion financière de la Ville de Gatineau (« La métamorphose de Denis Tassé », 7 octobre).

Depuis 2009, je suis au centre des grandes orientations de la Ville de Gatineau. J’ai mis en place la réserve cycle de vie de même que la taxe dédiée aux infrastructures. J’ai également été directement impliqué pour le financement du développement du centre-ville et la création de la commission de révisions des dépenses et des services.

Nous avions des sous mais durant le dernier mandat, nous avons été incapables de nous organiser. Seulement 49 % des travaux prévus ont été réalisés en 2017, alors que nous étions à 86 % en 2013. Plus de 20 postes au département d’infrastructure sont vacants. Par exemple, les travaux pour corriger le problème de l’eau jaune sont déjà retardés d’un an.

J’ai annoncé que si j’étais élu maire de Gatineau, je suspendrais la taxe dédiée pour un an, pas que je l’annulais. Celle-ci sera réinjectée lors des deux dernières années du mandat, non pas par une taxe dédiée, mais bien par un montant équivalent provenant des travaux de la commission de révision des dépenses.

En ce qui a trait au pavage des rues de nos quartiers, il s’agit pour moi d’un service de proximité essentiel pour 100 % des Gatinoises et des Gatinois. Ne pas agir, c’est ne pas répondre aux priorités des citoyennes et des citoyens et de repousser le problème à plus tard. Le 108 millions $ pour le pavage des rues de quartier est nécessaire.

Il est important de clarifier que 60 % de nos rues sont des rues de quartiers, ce qui représente 1377 kilomètres. Normalement, une rue est repavée à chaque 25 ans, alors que le changement des égouts et aqueducs se fait idéalement aux 75 ans. Il est donc évident que dans la planification des travaux, cet élément sera considéré.

Je tiens à préciser que tous les budgets et les autres travaux prévus au niveau des collectrices ou des artères, incluant la rue Notre-Dame et le boulevard Saint-Joseph seront maintenus. Il faudra toutefois revoir les échéanciers selon une analyse de l’état de la situation. À noter que la taxe dédiée en 2021 est justement pour ce type de travaux.

Pour connaître le succès que nous n’avons jamais eu, il faut oser faire des choses que nous n’avons jamais faites !

L'auteur est Denis Tassé, candidat à la mairie de Gatineau.

Éditorial

Jason Kenney a égaré son bon sens

ÉDITORIAL / Sur la route qui l’a mené d’Ottawa jusqu’en Alberta, Jason Kenney a oublié non seulement comment fonctionne l’état fédéral, mais a été piqué par un populisme de bas étage qui l’a dérobé même de son respect des faits. Quelle descente pour ce politicien tellement vanté pendant les années de Stephen Harper ! Le voilà qu’il s’abaisse à triturer la réalité dans le seul but de plaire à une frange d’Albertains intolérants, minoritaires à n’en pas douter. Ils sont bien plus futés que celui qui aspire à diriger le Parti conservateur uni, la nouvelle formation provinciale née des ruines du Parti conservateur et du parti Wildrose.

Le sujet ? Le pipeline Énergie Est, évidemment, ce vaste projet d’oléoduc qui aurait traversé l’Ontario et le Québec pour aboutir au Nouveau-Brunswick.

La pétrolière TransCanada a annoncé la semaine dernière qu’elle laissait tomber le projet Énergie Est, d’une valeur de 12 milliards $. On croit que cette volte-face, après quatre années d’efforts, serait due au mur d’obstacles dressé par des dizaines de municipalités du Québec, tout particulièrement, mais aussi de l’Ontario et de groupes des Premières nations. Le processus d’approbation a aussi été ralenti par les problèmes de l’organisation réglementaire canadienne, l’Office national de l’énergie, et plusieurs en tiennent responsables les libéraux de Justin Trudeau.

À la radio FM 93 de Québec, la semaine dernière, Jason Kenney a rappelé que les Albertains traversent une grave crise économique due à l’effondrement des prix du pétrole. Environ 45 000 emplois dans le secteur primaire se sont volatilisés : c’est effectivement une catastrophe à la fois pour les familles touchées comme pour l’industrie et toute la province. 

« Pour nous autres qui sommes dans une récession grave, les politiciens québécois qui célèbrent tout ça (l’annulation d’Énergie Est), c’est difficile pour nous à comprendre », a-t-il confié. 

Ce qui est tout aussi difficile à comprendre, c’est comment il a pu perdre tout sens commun au passage.

Il a par exemple lancé que « les Québécois vont continuer d’acheter et consommer le pétrole des pires régimes du monde, de l’Arabie saoudite, du Vénézuéla, des dictatures, des pays sans droits de la personne. » Voilà qui est carrément faux. Un rapport de la Financière Banque Nationale de 2015 a estimé que 59 % du pétrole sur le marché québécois venait... des États-Unis. Près de 30 % venait de deux pays de l’OPEP, l’Algérie notamment, et de Norvège. L’essor du pétrole de schiste au sud de la frontière a rendu cette ressource plus attrayante pour le Québec. M. Kenney est donc de bien mauvaise foi à ce sujet.

Il dérape carrément quand il promet de tenir un référendum pour priver le Québec des revenus pétroliers de l’Alberta, via les paiements de péréquation. 

Il est très hasardeux d’estimer à combien s’estime la contribution du pétrole albertain dans ses versements à la péréquation. Et tout aussi hasardeux d’évaluer combien d’argent de l’enveloppe fédérale est versé au Québec. Pire encore, M. Kenney menace là l’édifice fédéral même ! 

Tristement, le Québec est dans les rangs des provinces pauvres du Canada et perçoit de la péréquation. Elle ne compte pas sur des richesses pétrolières. Et paradoxalement, aux yeux des Albertains réfractaires à un État-providence, le Québec s’est doté de généreux programmes sociaux. 

Malgré tout, lorsqu’il était sur la scène fédérale, Jason Kenney a déjà fait le pont entre le Québec et l’Alberta. Il n’a jamais remis en question la péréquation. Maintenant qu’il ne défend que les intérêts de l’Alberta, il laisse cours à ses plus bas instincts électoralistes. 

Quelle déception.

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Deux témoignages pour Paulette Gagnon

Heureuse à l’ombre

«Une guerrière». Ainsi une amie décrit-elle Paulette Gagnon, une de ces amis qui ne la croisaient plus que rarement, mais qui restent marquées par le passage dans leur vie de l’unique, de la bouleversante fille de Hearst. Paulette pourtant si humble, figure de proue voilée, heureuse à l’ombre. L’astucieuse marginale qui réservait les compromis pour les décisions stratégiques, rien d’autre. La Passionaria. Voilà.. Elle était notre Passionaria.

Guerrière oui, qui rassemblait les troupes par une passion fulgurante toujours enrobée de patience et de respect. Celle-la même qui dans les coulisses du pouvoir se transformait en habile diplomate pour convaincre doucement de rendez-vous en rendez-vous, d’argumentaire en argumentaire, ne quittant jamais sans le «oui» éventuel. Le «oui»... les «oui» qui ont mené aux constructions du Théâtre du Nouvel-Ontario à Sudbury, de La Nouvelle Scène à Ottawa et sous peu, de La Place des arts à Sudbury. Car oui, il y aura construction. Oui, Paulette a su que la ministre du Patrimoine Mélanie Joly annoncerait l’octroi des 13 millions $ attendus pour déclencher les travaux. 

Trop souvent, en dressant la nomenclature de ses réalisations, l’Ontario français fait fi de ses acquis culturels. Triste négligence, alors que les artistes sont en quelque sorte l’âme de notre communauté, son regard sur les non-dits, sur qui nous sommes, sur ce qui vient. Ils nous interpellent comme nuls autres. Paulette Gagnon a porté cette réalité à bout de bras, elle y a consacré sa vie. 

Merci Paulette, chère visionnaire, bâtisseuse, rassembleuse infatigable, adorable marginale.  Au tout début de la première mouture de La Nouvelle Scène à titre de présidente du conseil d’administration et de la campagne de financement, j’ai vécu à tes côtés mes plus stimulantes et réjouissantes expériences de bénévolat. Sans mot dire, tu m’as transmis l’appréciation des artistes de la scène et de leurs oeuvres. Quel cadeau!

Jacqueline Pelletier, Ottawa

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Fier du Nordik!

Je ne suis aucunement d’accord avec la critique du Nordik Spa-Nature par le correspondant Théo Martin («Spa mon village», Le Droit, 10 octobre). Pourquoi attaquer une entreprise qui bonifie son offre? Et dire que ce projet ne profitera aucunement aux citoyens de Chelsea? À ce que je sache, le Nordik paye ses taxes à Chelsea, crée de l’emploi et attire la clientèle dans d’autres commerces.

Chelsea compte sur le plus grand spa en Amérique du Nord. Soyons fiers de ce magnifique joyau qui a mérité de nombreux prix et soyons reconnaissants des entrepreneurs qui créent de la richesse pour la région.

Claude Raymond, Cantley

Éditorial

Nouveau vernis à Québec

ÉDITORIAL / La santé et l’éducation sont les deux grandes priorités des électeurs. Et c’est au ministre des Finances de départager les priorités de chacun. Quand ces trois grands ministres conservent leurs postes au sein d’un gouvernement, peut-on parler d’un réel nouveau visage ? Pas vraiment. C’est pourtant ce que tente de faire croire le premier ministre du Québec Philippe Couillard.

Gaétan Barrette, Sébastien Proulx et Carlos Leitao occupent encore aujourd’hui les mêmes postes que la veille. Les deux premiers gèrent des budgets de 18 et 37 milliards $, sommes allouées par le dernier. Les mêmes voix, des proportions similaires : il n’y a que le ton du message qui change. Après l’austérité, le Québec est passé aujourd’hui à la « transformation ». En fait, M. Couillard n’avait pas le choix de vouloir imprimer un nouveau discours pour le Québec. Les contribuables se lassent de voir les mêmes visages livrer les mêmes messages. Aux élections de 2018, cela fera 15 années de règne libéral sur le Québec -- l’intermède de 18 mois du Parti québécois avec Pauline Marois aura été trop court pour marquer les esprits. Le premier ministre a ainsi voulu donner un vernis neuf à son gouvernement et faire dévier toute allusion à une administration usée, fatiguée, en panne d’idées et d’énergie. Comme une couche de peinture sur un vieux mur qui craque...

Certes, il y a de nouveaux visages, cinq en tout. La plus grosse promotion, et la plus inattendue, est sans contredit celle d’André Fortin, le député de Pontiac propulsé ministre des Transports, une tâche importante dans un coin de pays où les routes sont malmenées par le climat... et un passé de corruption dans les industries qui les bâtissent. En Outaouais, les attentes seront grandes pour qu’il apporte les correctifs demandés par la population concernant la sécurité de l’autoroute 50, et prépare le dossier de son élargissement futur. La population n’a pas oublié que l’un de ses prédécesseurs, Robert Middlemiss, n’avait pu livrer la 50 pendant ses quatre années en poste entre 1990 et 1994, bien qu’il n’était que « délégué » aux Transports, avec des responsabilités limitées.

Les rumeurs de promotion entourant M. Fortin étaient toujours liées à la survie de Stéphanie Vallée au sein du cabinet. Ministre de la Justice, elle a été la cible de nombreuses rumeurs de démotion l’an passé, alors que le système de la justice ressentait les effets de son sous-financement et des procès avortés par l’arrêt Jordan. Mais elle a réussi à négocier des réinvestissements majeurs dont nous commençons à voir les bienfaits aujourd’hui. Cela aura grandement contribué à sauver sa peau. 

Son maintien au cabinet signifie au passage que l’Outaouais compte deux voix au conseil des ministres, une situation enviée qui n’est pas arrivée souvent. Souhaitons que ce tandem saura faire pression pour régler LE grand irritant des gens de l’Outaouais, un sous-investissement en santé qui provoque des attentes inacceptables. 

Philippe Couillard a quand même procédé au plus important remaniement de son gouvernement. Il a intégré quelques nouveaux visages, mais dans des postes assez mineurs. La plus intéressante nomination concerne le ministère de la Culture et des Communications. 

Marie Montpetit tiendra-t-elle le même discours sur la taxation de Netflix ?

Pour le reste, le remaniement tient du brassage de cartes. Le premier ministre espérera que des gens connus (Kathleen Weil, Pierre Moreau, Pierre Arcand, David Heurtel, notamment) seront revigorés par leurs nouvelles fonctions. 

Pour l’essentiel, l’atout des libéraux tient à la marge de manœuvre retrouvée sur le plan des finances qui leur permettra de distribuer des chèques un peu partout, et ainsi faire oublier l’austérité de leurs premières années.

L'actualité sous la plume de Bado

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Dix ans plus tard, Jacques Hébert : le «gauchiste»

S’il vivait encore, Jacques Hébert (1923-2007) serait-il dénigré au Québec par certains et qualifié de « gauchiste » sur la place publique en raison de quelques-unes de ses interventions, notamment en regard de son plaidoyer bien connu en faveur d’un rapprochement entre les cultures, du nécessaire accueil et du soutien à donner, selon lui, aux déshérités de la Terre et d’une évolution des mentalités sur ces questions ? Il y a fort à parier que si. Ce ne serait pas, en tout cas, nouveau pour l’ancien sénateur et fondateur de Jeunesse Canada Monde, lequel est décédé il y a 10 ans.

Le thème de l’« infiltration gauchiste » est en effet récurrent dans l’histoire du Québec. La première expérience de Hébert à ce sujet remonte à l’époque du gouvernement de l’Union nationale de Maurice Duplessis, au milieu des années 1950.

En pleine guerre froide, pendant que Duplessis fait surveiller par des gardes les trésors polonais 24 h par jour dans le but de s’assurer qu’ils ne puissent être remis au « gouvernement de sans-Dieu » de Varsovie, Jacques Hébert, le fougueux directeur de l’hebdomadaire Vrai, s’envole à la fin de 1955 pour un voyage inédit. Deux semaines derrière le « rideau de fer », en Pologne communiste.

À son retour, le compte rendu qu’il donne de son séjour polonais à la nouvelle télévision de Radio-Canada déclenche un tollé chez certains journaux duplessistes et catholiques. La violente polémique au centre de laquelle il se retrouve se prolonge pendant des mois et va de rebondissements en coups de théâtre.

Le globe-trotter est conspué sur la place publique sur la base d’un sujet qui est au Québec matière à anathème. Jacques Hébert est soudainement accusé d’être un gauchiste, un communiste ou un sympathisant. Au milieu des attaques de la presse, des appels d’injures et des lettres anonymes, un prêtre du haut de la chaire le dénonce aux paroissiens. Contournant le débat public, se jettent en parallèle dans la mêlée l’archevêque de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger, et le secrétaire particulier de Maurice Duplessis.

Un an plus tard, l’historien Robert Rumilly reprend l’accusation de « gauchisme » servie à Hébert. Il lui donne une pérennité à l’intérieur d’un brûlot qu’il intitule L’infiltration gauchiste au Canada français.

Rumilly s’y montre amer. Il constate que Jacques Hébert est encore invité dans les studios de Radio-Canada. Il tisse un lien étroit entre le pèlerinage — c’est son terme — du directeur de Vrai en Pologne et les dénonciations du colonialisme français qu’avait faites le globe-trotter du temps où, parcourant le continent noir, il écrivait pour Le Devoir. Rumilly laisse entendre que Hébert entretient depuis des années des rapports avec Moscou. Lui et son hebdo, soutient-il, font partie d’un réseau de gauchistes qui se livre à un travail de sape au Québec. Parmi les alliés que compte Hébert, Rumilly cite à la barre un certain nombre d’agents perturbateurs tels que la revue Cité libre, Le Devoir et la Société Radio-Canada.

Aussi marqué soit-il par un attrait pour les théories du complot, le pamphlet de Robert Rumilly n’en demeure pas moins significatif. Quelques années avant le début de la Révolution tranquille, l’auteur met le doigt sur une réalité qui émerge et qui représente pour lui un danger.

En cette année de 1956, la petite opposition à Maurice Duplessis dont fait partie Jacques Hébert se structure et elle se tonifie tandis que les esprits évoluent de manière de plus en plus perceptible. En ce sens, les charges de l’auteur de L’infiltration gauchiste contre Hébert et son voyage en Pologne communiste peuvent être vues comme autant de pièces à conviction qui sont exposées par un Rumilly aux abois dans le cadre d’un procès qu’il intente à un menaçant prologue à des temps nouveaux, lesquels vont voir Montréal offrir au monde l’Expo 67, un événement qui, faut-il le rappeler, sera bâti autour du thème « Terre des Hommes ».

Yves Lavertu, Montréal

Auteur de L’affaire Hébert – Chronique d’un scandale dans le Québec de Duplessis (Montréal, Yves Lavertu éditeur, 2017, 232 pages).

À vous la parole

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Trêve de cogitation !

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx ne fait de cadeau à personne en refusant de soumettre l’enseignement à la maison à la Loi 101. Y aurait-il un lien entre ce refus et le retard à régler le problème des taxes payées par des francophones aux commissions scolaires anglophones ? Faut-il éviter de déplaire à son électorat ? J’ose croire que nos représentants à l’Assemblée nationale acheminent leurs taxes scolaires là où elles doivent parvenir en toute justice.

Les enfants scolarisés à la maison seront pénalisés si l’enseignement leur est dispensé dans une langue autre que la langue officielle du Québec. L’intégration est suffisamment traumatisante sans les placer dans une situation où ils risquent de subir de la discrimination. Trêve de cogitation, M. Proulx. Action !

Sylvia Gravel, Gatineau

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De l’aide juridique pour les Francos

Le gouvernement du Canada a recréé le Programme de contestation judiciaire afin de protéger les droits linguistiques au Canada. Ce programme a grandement aidé les communautés de langues officielles à se faire reconnaitre leurs droits linguistiques et bâtir un rapport de force lors des négociations avec les gouvernements en ce qui a trait à la prestation des services et l’amélioration des systèmes scolaires.

C’est au tour maintenant de l’Ontario de développer son propre Programme de contestation des décisions administratives afin d’améliorer la prestation des services gouvernementaux en langue française. Il ne s’agit pas d’un programme de contestation judiciaire comme au fédéral, mais plutôt une démarche permettant aux Ontariens de contester la prestation des services gouvernementaux, ce qui doit inclure une procédure administrative afin de corriger la situation.

L’objectif du programme serait de d’offrir des outils pour améliorer la prestation des services en français dans un esprit de collaboration et de solution. Combien de fois les rapports du Commissaire aux services en français finissent-ils sur les tablettes, même après une étude exhaustive et une reconnaissance d’une absence de service en français? Ces rapports sont analysés par les Franco-Ontariens mais restent trop souvent lettre morte dans l’appareil gouvernemental ontarien. C’est comme dire bonjour à quelqu’un qui vous entend, mais ne vous répond pas. Difficile à accepter comme francophone qu’un droit reconnu n’est pas offert ou respecté.

Il n’existe aucune démarche juridique prescrite dans la législation ontarienne pour corriger l’absence ou la négation d’un service en langue française. Aucune approche administrative dont une médiation serait le point de départ. Un processus de révision administrativ devrait être possible si la réponse est insatisfaisante. Un comité, composé de deux hauts fonctionnaires et un membre de la communauté francophone, devrait rendre une décision en cas d’échec de la médiation.

Cette étape de la médiation est importante car il faut éviter les recours judiciaires coûteux et épuisants. 

L’Office des affaires francophones devrait être désigné afin de gérer les fonds et la démarche administrative. Il faut un organisme qui a gagné la confiance des autres entités gouvernementales ontariennes dans une démarche positive et constructive. Les Franco-Ontariens ont tout à gagner à travailler d’une telle nouvelle approche au sein de l’appareil gouvernemental. Si les résultats sont probants, cela pourrait mener à une  refonte de la Loi sur les services en français afin d’y incorporer ce recours administratif.

Cette démarche pourrait éventuellement s’élargir aux municipalités et autres instances publiques et parapubliques en Ontario, comme les ordres professionnels. Il faut envisager cette problématique avec une perspective d’étapisme. Cette stratégie a été à la base des succès des francophones et il ne faut pas avoir peur de bonifier la prestation de services gouvernementaux en langue française.

L'auteur est Gilles LeVasseur, Constitutionnalise et professeur à l'Université d'Ottawa.