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J'accuse !

OPINION / La guillotine est tombée sur les services en français de l’Ontario. Le gouvernement Ford sans prévenir, sans débat, sans signes avant-coureurs, a décidé de fermer le Commissariat des services en français de l’Ontario et de mettre la clé dans le projet de l’Université de l’Ontario français.

Comme un dictateur, il a décidé de couper les vivres à cette communauté franco-ontarienne qui de toute façon n’a pas voté pour lui. C’est une coupure clinique, sur papier, faite en deux temps deux mouvements. Le syndrome du pitbull : attaquer sans prévenir. 600 000 Franco-Ontariens sont rayés de la carte dans le cœur même de leur réalité, c’est-à-dire leurs institutions.

La Loi sur les services en français de l’Ontario (Loi 8) qui est en vigueur depuis 1989 vise à protéger les droits des Franco-Ontariens. Le préambule de la Loi dit tout : « Attendu que la langue française a joué en Ontario un rôle historique et honorable, et que la Constitution lui reconnaît le statut de langue officielle au Canada; attendu que cette langue jouit, en Ontario, du statut de langue officielle devant les tribunaux et dans l’éducation; attendu que l’Assemblée législative reconnaît l’apport du patrimoine culturel de la population francophone et désire le sauvegarder pour les générations à venir; et attendu qu’il est souhaitable de garantir l’emploi de la langue française dans les institutions de la Législature et du gouvernement de l’Ontario, comme le prévoit la présente loi. » Que cela est bien dit, n’est-ce pas! Tout est là.

On ne peut pas du jour au lendemain abroger cette Loi ou la rendre caduque, car c’est le Commissariat des services en français qui veille à son application. Sans Commissariat, plus rien ne protège l’application de la Loi.

Le plus grave c’est que le gouvernement Ford, avec la complicité silencieuse de Caroline Mulroney, met en péril les fondements même de la confédération canadienne, dont nous venons de fêter le 150e anniversaire. On ne peut pas impunément rayer de la carte nos institutions, que nous avons mis 400 ans à construire. N’oublions-pas que ce sont les minorités qui maintiennent le reste du Canada à une température constante.

Mobilisons-nous. C’est ce que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, notre porte-parole, nous propose. Montons à Queens Park! Nous en sortirons encore plus forts. Vous verrez!

Jean Malavoy, directeur général de Muséoparc Vanier.

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Journée de deuil

Ma première réaction ? Choc ! Refus de croire ! Découragement ! Et pourtant, rien de surprenant : avec Doug Ford, et les conservateurs en général, il fallait s’attendre à tout. Mais... même à ça ? Ford vient de dépasser toute attente, dans le sens négatif du terme. 

Ma deuxième ? Il faut se battre pour nos droits !

Denise De Montigny, via Internet

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La bière avant !

Pour économiser, le gouvernement Ford trouve plus important de réduire le prix de la bière que de sauvegarder l’université française ! Où donc est Caroline Mulroney, la ministre des Affaires francophones ?

Richard Prégent, Ottawa 

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Vrai ou du bidon ?

Caroline Mulroney doit démissionner illico si sa fidélité au français est véridique et non du bidon. Lancer une pétition pour la forcer à afficher ses vraies couleurs ?

René Thibault, Ottawa

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Je crains la suite

Un coup de stylo, pouf c’est la disparition du Commissariat aux services en français, des projets importants des Franco-ontariens, disparaissent. Je crains la suite. 

Nicole C. Beauchamp, Ottawa

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Mobilisateur

La guerre que déclare Doug Ford est scandaleuse. Mais ces attaques seront finalement bénéfiques. La tentative de Mike Harris de fermer Montfort avait fait naître un souffle nouveau. Ces nouvelles attaques devraient transformer ce souffle en une tempête. La francophonie ontarienne est loin d’être moribonde. 

Roland Madou, Ottawa

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Des choix difficiles

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, explique la décision du gouvernement de Doug Ford de mettre fin au projet d’université franco-ontarienne et d'éliminer le Commissariat aux services en français. Voici sa lettre :

OPINION / Il a y eu beaucoup d’inquiétudes au sein de la communauté franco-ontarienne suite à l’Énoncé économique de notre gouvernement présenté jeudi dernier. Je voulais vous dire, je vous comprends. En tant que gouvernement, c’est notre devoir de prendre des décisions. Dans certains cas, ce sont des choix déchirants.

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Les nouveaux habits de la francophobie

OPINION / Au Nouveau-Brunswick, le Parti conservateur de Blaine Higgs, ancien membre du parti Confederation of Regions (CoR), un regroupement populiste qui militait ouvertement contre les droits linguistiques des francophones de la province durant les années 1990, vient de former un gouvernement avec l’appui de trois députés de la People’s Alliance of New Brunswick (PANB), l’héritier du CoR. L’abolition de la dualité linguistique était, rappelons-le, le fer de lance du PANB, qui utilise un discours portant sur le « bon sens économique », pour justifier l’embauche de professionnels unilingues et proposer des compressions majeures dans de nombreux secteurs dont celui de la santé et l’éducation.

En Ontario, c’est de nouveau un parti progressiste-conservateur qui, au nom du « gros bon sens économique », torpille le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), élimine le Commissariat aux services en français (CSF) et le poste de commissaire détenu par François Boileau depuis plus de 10 ans. Le premier ministre Doug Ford et son ministre des finances Vic Fedeli multiplient ainsi les attaques ciblées contre l’Ontario français sous le couvert de la « rigueur budgétaire ».

Pierre Jury

Coupes de Ford: la commotion

ÉDITORIAL / La nouvelle est tombée subrepticement, sans avertissement, dans les minutes qui ont précédé l’énoncé économique du ministre des Finances. L’Université de l’Ontario français ferme ses portes avant même de les avoir ouvertes, et le gouvernement de Doug Ford met la clef dans le Commissariat aux services en français.

Une institution en devenir, et une institution en pleine force. 

Les deux sont reliées : c’est à cause d’un rapport du Commissariat aux services en français qu’est née l’Université de l’Ontario français. Sans le premier, pas de second. 

C’était en 2012. Déjà six ans. François Boileau, le commissaire, publie un rapport assassin : « Pas d’avenir sans accès : l’état de l’éducation postsecondaire en langue française dans le centre-sud-ouest de l’Ontario ». On y établit que 95 % de la jeunesse francophone dans ce coin de l’Ontario ne poursuit pas ses études, ou le fait dans le milieu anglophone. Le corollaire est effarant : à peine 5 % de rétention pour des études en français. Il faut faire quelque chose.

Cet état se confirme avec des rapports subséquents. L’année d’après, un rapport d’experts dresse un bilan similaire. Cela mène à des investissements de 16,5 millions $ pour l’offre de cours par les collègues Glendon, La Cité et Boréal. 

En 2016, le rapport d’un Comité consultatif, présidé par Diane Dubois, propose la création d’une nouvelle université de langue française. On commence par former un Conseil de planification tout d’abord, puis un second, de mise en œuvre. Ces deux étapes sont menées par Dyane Adam, l’ex-commissaire aux langues officielles du Canada.

Bon, d’accord, les libéraux sous Dalton McGuinty, puis Kathleen Wynne, se sont un peu traînés les pieds. Des mois ont été gaspillés à valider des hypothèses, puis à attendre le moment le plus propice pour rendre les conclusions publiques. Tout au plus aurions-nous pu gagner un an : les premiers étudiants étaient attendus en septembre 2020, ç’aurait pu être 2019. Mais ce n’aurait pu être 2018. La fleur ne pousse pas plus vite en tirant dessus et le gouvernement Ford a pris tout le monde de vitesse en annulant sa création avant que l’Université de l’Ontario français, dont on a nommé les premiers gouverneurs en avril dernier, ne sorte de terre. 

Maintenant, les deux passent à la trappe. Ce ne peut être qu’une simple coïncidence. 

Les réactions d’indignation affluent. La Fédération des communautés francophone et acadienne parle d’un « jour noir », d’une « francophonie sous attaque ». Elle établit un parallèle avec l’élection d’un gouvernement conservateur au Nouveau-Brunswick, dirigé par un chef unilingue, supporté par un parti antifrancophone.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, elle, qualifie cette journée d’« inacceptable » et exige une « rencontre d’urgence avec le premier ministre Doug Ford » pour demander « que ces décisions soient renversées ». 

Elle rappelle au passage que par trois fois, M. Ford, sa ministre de la Formation, des Collègues et des Universités et sa ministre déléguée aux Affaires francophones avaient répété leur engagement face à l’Université de l’Ontario français. Sur le Commissariat aux services en français ? Pas un mot, et par là, on comparait cela à une motion de bonne conduite.

Le commissaire Boileau, sous le choc, tentait hier de rassurer son équipe de 13 fonctionnaires qui devrait se retrouver sous la férule de l’Ombudsman Paul Dubé.

Mais on se doute bien que le caractère de défense des intérêts de la francophonie se perdra peu à peu dans les méandres bureaucratiques, malgré les réassurances que l’on pourrait recevoir.

Maintenant, la réponse doit s’articuler au-delà des réactions d’indignation poussée que cette double annonce provoque. 

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Demain : la réaction

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Sur Alain Bellemare...

En comparant les articles sur Bombardier et ceux sur le hockey, je deviens choqué. Les clubs de hockey paie des millions à des joueurs qui jouent avec une rondelle et les joueurs contribuent très peu pour l’économie. On les paie de gros salaires parce que nous voulons les meilleurs. Par contre, pour les dirigeants d’entreprise, on chiâle à propos de leur salaire. On veut les meilleurs, mais contrairement aux joueurs de hockey, on n’est pas prêt à les payer.

Le patron de Bombardier, Alain Bellemare, reçoit en 12 millions $ pour diriger des milliers de personnes qui rapportent des millions en impôts aux gouvernements. Carey Price, Shea Weber, Erik Karlsson et autres reçoivent autant et quelles sont leur responsabilité ? Mettre la rondelle dans le filet, ou l’empêcher. C’est le principe romain de donner du pain et des jeux au peuple.

J’aime bien mieux payer un dirigeant d’entreprise qui fait des millions, qui crée des milliers d’emplois qui contribuent à l’économie.

René Cardinal, via Internet

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Un meilleur contrôle

Le gouvernement fédéral devrait avoir un meilleur contrôle sur les hausses salariales et les bonus des hauts dirigeants de Bombardier, et Postes Canada du même coup !

Line Branchaud, Embrun

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Pas mieux qu’avant

Vous devez vous souvenir que dans les années 1970, un PDG de multinationale gagnait entre 20 et 40 fois le salaire moyen de ses employés. Les compagnies ne sont pas mieux dirigées aujourd’hui alors c’est de la folie pure ces rémunérations de hauts dirigeants. 

Ce paradigme tire à sa fin.

André Bérard, Sherbrooke

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Zéro parti plutôt que deux

OPINION / Tout le monde, à commencer par Action Gatineau, semble oublier que le parti politique municipal est né de Projet Gatineau. Ce mouvement citoyen remplissait les fonctions d’idéation et de débats. Sans la partisanerie qui rebute profondément les Gatinois. Malgré que les idées demeurent, le parti sert d’abord et avant tout à faire élire ses candidats: le moyen est devenu la fin. Il offre un cocon d’appui à ses élus qui compteront toujours sur des cheerleaders pour la seule raison qu’ils font partie de la bande, sans égard à leur performance. Ça n’incite pas à l’excellence.

La logique la plus élémentaire veut que les élus d’Action Gatineau auraient les mêmes idées s’ils étaient candidats indépendants et qu’ils pourraient travailler ensemble de la même manière au conseil. La preuve en est que certains indépendants travaillent généralement en collaboration avec le maire et ont un apport précieux au conseil. Paradoxalement, pour Action Gatineau, porter les couleurs du parti prime sur les idées et les aptitudes. À titre d’exemple, seule la partisanerie la plus étroite justifiait de vouloir priver le conseil des contributions de MM. Daniel Champagne et Gilles Carpentier pour un deuxième mandat à la faveur de candidatures faibles.

Ainsi, Action Gatineau est la pire nuisance aux idées d’Action Gatineau.

Premièrement, les Gatinois, à juste titre rebutés par la partisanerie, rejettent des candidatures du parti qui leurs plairaient si elles étaient indépendantes. Résultat: moins d’élus en faveur des idées d’Action Gatineau.

Deuxièmement, personne n’incite les indépendants à se prononcer et sur les idées de la plateforme d’Action Gatineau. Résultat: aucune possibilité de demander des comptes par la suite et ultimement moins d’appuis pour les idées d’Action Gatineau.

Troisièmement, en garantissant aux autres élus qu’ils seront combattus sans égard à leur performance et à leur collaboration, Action Gatineau nourrit artificiellement la division. Esssayez donc pour voir de dire à un collègue au travail de vous aider pour un projet tout en l’assurant de votre détermination à lui faire perdre son emploi! C’est un puissant frein à l’avancement de leurs idées.

Action Gatineau se vante d’être une équipe. En 2013 comme en 2017, les Gatinois leurs ont rappelé, en votant pour seulement 4 et 5 membres, que la seule équipe doit être les 19 membres du conseil, sur un pied d’égalité, en collégialité. En devenant Action Gatineau, Projet Gatineau a décidé d’utiliser la division et les règles de financement indument avantageuses accordées aux partis à son avantage plutôt que de rassembler. Cette stratégie cynique menace de mener à la création d’un second parti beaucoup moins porté sur les idées que le ressentiment et l’opportunisme le plus désolant. Par nécessité et à contre coeur, Action Gatineau a dû faire preuve d’ouverture envers les indépendants, au plus grand bénéfice des Gatinois. Avant de provoquer l’élection de réactionnaires, Action Gatineau doit redevenir Projet Gatineau.

L'auteur est René Coignaud, candidat indépendant dans Hull-Wright en 2017.

La caricature de Côté du 15 novembre 2018

La caricature de Côté du 15 novembre 2018

Éditorial

La fin du régime à deux vitesses?

ÉDITORIAL / Même si des malades contournent la file d’attente et obtiennent des diagnostics et des soins plus rapidement parce que leur porte-­monnaie et des assurances privées le leur permettent, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a pas l’intention de fermer des portes d’accès aux examens médicaux. Ce qui ne l’empêche pas de se dire en faveur de l’universalité et la gratuité des services. Cherchez l’erreur.

Si le gouvernement Legault adhère réellement aux principes d’universalité et de gratuité des services contenus dans la Loi canadienne sur la santé, il doit s’engager dès maintenant à payer la facture des malades qui passent des tests ou des examens dans le secteur privé faute de disponibilité dans le réseau public.

C’est très bien de promettre de renforcer le secteur public, comme le fait Mme McCann. Mais d’ici là, les malades qui n’ont pas d’assurance privée ou les moyens de payer la note d’une IRM (imagerie par résonance magnétique) ou un autre examen diagnostique médicalement requis, regardent passer les mieux nantis devant eux, endurent leur mal et vivent dans l’angoisse en attendant leur tour à l’hôpital? 

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, estime qu’une telle situation est injuste et va à l’encontre du principe fondamental des soins de santé au Canada. Elle rappelle que l’accès doit être fondé sur le besoin de santé et non sur la capacité ou la volonté de payer. 

Même si certains patients sont disposés à payer, Mme Petitpas Taylor estime que ce n’est pas justifiable. «Ainsi, certains patients évitent deux fois l’attente — une première fois pour le service diagnostique en soi et par la suite pour tout service de suivi dont ils pourraient avoir besoin.»

Mme McCann semble s’accommoder de cette situation. Pour combien de temps? Si le passé est garant de l’avenir, les Québécois risquent d’attendre encore longtemps que l’accès s’améliore dans le réseau public. Le système continuera donc de fonctionner à deux vitesses.

Si Ottawa a toléré des écarts à sa loi pendant des décennies, le gouvernement Trudeau veut y remédier. Il a notamment forcé le Québec à mettre fin aux frais accessoires en menaçant de réduire les transferts en santé. Ottawa et Québec s’exposaient à des poursuites. 

Ottawa vise maintenant les examens diagnostiques. Il n’interdit pas aux provinces de recourir au secteur privé pour donner de tels services. Il veut que les patients n’aient pas à payer de frais au privé. Les provinces qui continueront d’ignorer cette injustice risquent de voir réduire leurs transferts en santé. 

Le gouvernement Legault a beau dire que la santé, «c’est le champ de compétence des provinces», il n’a pas les moyens de se priver du financement d’Ottawa. Qu’il s’oppose au fédéral au bon moment. Il haussera le ton si Ottawa ne paie pas sa juste part pour appliquer la loi.

C’est possible d’élargir la couverture publique pour mettre fin à des iniquités ou s’ajuster aux réalités de 2018. Le gouvernement Couillard a fait des pas avec les échographies.

Bien sûr, ce n’est pas simple. La gratuité peut mener à des effets pervers, à du surdiagnostic. Le président de l’Association des radiologistes du Québec parlait en 2017 d’un «effet Boxing Day». L’Association médicale du Québec s’interroge sur la pertinence des examens réclamés.

Des professionnels peuvent également craindre de perdre un marché lucratif. D’autres redoutent que le gouvernement paie trop cher pour des services, le privé recherchant le profit. 

Les gouvernements doivent s’assurer que le gagnant sera le patient, riche ou pauvre. 

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Le Centre Asticou et les polyvalentes Mont-Bleu et de l’île de Hull

OPINION / Êtes-vous curieux de savoir d’où proviennent trois institutions bien connues de Gatineau et la relation entre elles : le Centre Asticou, la polyvalente Mont-Bleu et celle de l’île de Hull.

En 1969, je suis animateur de la vie étudiante (aujourd’hui appelé Directeur des étudiants) à la Polyvalente de Hull. C’est là que je découvre l’incompatibilité d’une qualité d’enseignement avec la structure physique de cet édifice. Je prends acte et tente d’atténuer le plus possible les mauvaises conditions pour un enseignement supérieur.

En 1972, je suis élu commissaire d’école à la Commission scolaire de Hull, suite à la réforme de l’éducation adoptée à l’Assemblée nationale.

En 1973, je quitte le programme CAP à Touraine et me retrouve le tout premier « agent de planification de la main-d’œuvre du gouvernement fédéral » (aujourd’hui appelé planification des ressources humaines) à la direction du personnel de la Commission de la fonction publique (CFP). C’est là que j’ai appris que la CFP cherchait de l’espace pour relocaliser et centraliser le Bureau des langues officielles (formation linguistique des fonctionnaires qui était située dans des locaux à Ottawa et à Vanier [Eastview]).

La petite histoire

À la fin des années 1960, le député de Hull à l’Assemblée nationale, Oswald Parent, promet de construire une énorme école polyvalente à Hull, dans l’esprit du Rapport Parent. Il avait même choisi l’emplacement : un terrain marécageux aux limites nord-ouest de la ville. Connaissant Oswald Parent, il était assez évident qu’il avait fait l’acquisition de ce terrain dans la perspective de réaliser sa promesse et de le refiler à la Commission scolaire régionale de l’Outaouais, commission nouvellement créée, toujours dans l’esprit du Rapport Parent. Cette CSRO englobait tout le territoire de l’Outaouais, d’Aylmer à Gatineau, pour desservir toute la clientèle du secondaire. Cette dernière pouvait atteindre près d’un millier d’élèves.

Le principe premier de cette approche dite polyvalente consistait à consacrer des locaux spécifiques pour chaque discipline scolaire. Ainsi, l’étudiant devait se déplacer d’un local à l’autre afin de recevoir sa formation préalablement définie. L’horaire de chaque élève devait tenir compte du temps requis pour ses déplacements d’un local à l’autre, d’un pavillon à l’autre, tout en lui permettant de se délasser et de faire un arrêt à son casier pour se munir du matériel nécessaire pour la nouvelle discipline scolaire.

Cette école fut finalement construite sur un seul et unique étage puisque le sol sur lequel reposait l’édifice ne pouvait pas accueillir un poids supérieur à un étage. Il est facile de concevoir le nombre de pavillons et de salles de classe requis pour accommoder autant d’élèves. Si l’on devait parcourir tous les corridors, il fallait marcher plusieurs kilomètres.

Nous nous retrouvons donc en 1973 : je suis toujours commissaire d’école et fonctionnaire fédéral. C’est également de là que j’ai pu mettre en relation ces deux fonctions.

Voici donc la vraie histoire de la vente de la Polyvalente de Hull au gouvernement fédéral pour en faire un centre de formation linguistique, le Centre Asticou.

Un de ces matins, alors que je me rendais à mon travail à Ottawa, le neurone qui connaît les besoins d’espaces de la CFP en matière de formation linguistique et le neurone qui connaît la non-fonctionnalité de l’enseignement à des adolescents dans les conditions décrites plus haut se rejoignirent et la lumière s’alluma.

Dès lors, il me fallait être d’une discrétion absolue malgré mon enthousiasme à cette idée :

1) Oswald Parent était on ne peut pas être plus susceptible que ça vis-à-vis cette précieuse réalisation : il venait de créer La Cité des jeunes ! Et on allait lui demander, non seulement de la céder au fédéral, mais également de vendre au gouvernement provincial et le concept et la construction de deux nouveaux édifices de remplacement sur le territoire de la Ville de Hull et ce, dans des délais invraisemblables, mais faisables si la volonté politique y était ;

2) l’insécurité qu’aurait pu créer une telle rumeur parmi les cadres et tout le personnel enseignant de ladite polyvalente, en plein cœur de l’année scolaire, aurait grandement compromis le succès de cette aventure ;

3) le même phénomène se serait produit également parmi les différents employés de la formation linguistique, tant le personnel enseignant que les fonctionnaires en formation, d’autant plus que cette formation était déjà étalée dans plusieurs édifices à travers la région ontarienne de la Capitale nationale ;

4) une rumeur à l’effet que le gouvernement fédéral était à la recherche d’un bâtiment d’une telle superficie aurait déclenché une ruade aux enchères de la part des promoteurs immobiliers, particulièrement d’Ottawa.

À compter de ce jour, j’ai dû faire preuve d’un grand tact, de faire appel à mon sens du pardon (puisqu’Oswald Parent et moi n’étions pas de bons amis depuis mon passage à la présidence de la Jeune Chambre de Hull), de bien définir la logistique des démarches à entreprendre pour parvenir, en silence, à assoir les deux parties à la même table.

La démarche

Je décidai donc d’attaquer en même temps les deux côtés du tableau. Dans la plus grande discrétion, et presque simultanément, je rejoignis le président de la CFP de l’époque (la formation linguistique relevait de sa compétence), John Carson, et lui ai demandé d’examiner cette éventualité d’ici à ce que le député-ministre Parent accepte d’aller de l’avant.

Dans la même période de temps, je décidai de mettre dans le coup, ce qui était d’ailleurs essentiel, le directeur général de la Commission scolaire régionale de l’Outaouais (CSRO), Fernand Mousseau, lequel entretenait de bonnes relations avec Oswald Parent. M. Mousseau ne fut pas difficile à convaincre : il connaissait tous les inconvénients reliés à l’édifice de l’École polyvalente de Hull. Il fut également convenu entre nous que le directeur général de la CSRO, Jean Larsimont, ne devait absolument pas connaître notre démarche : sa loyauté pourrait être mise en cause !

Toujours dans la plus grande discrétion, Fernand Mousseau alla rencontrer Oswald Parent accompagné du président de la CSRO, Gérald Rivest. Ce dernier m’invita à me joindre à eux étant donné ma relation avec l’acheteur potentiel. À la surprise générale, Oswald Parent accepta le principe et nous garantit d’y mettre tous les efforts pour réaliser l’ensemble de ce grand bouleversement : une vente sans doute à perte, plus l’acquisition des terrains et la construction de deux nouvelles écoles polyvalentes dans des délais inhabituels.

De son côté, John Carson fit les démarches nécessaires auprès du ministre fédéral des Travaux publics (toute acquisition d’infrastructures fédérales relevait de ce ministère) pour le convaincre des avantages de cette transaction : coût très avantageux et rapidité d’emménagement.

Durant des nuits entières, pour éviter de propager des soupçons, des architectes et des ingénieurs des deux parties se rencontrèrent sur le site et échangèrent les données relatives à cette transaction.

Et les deux ministres, provincial et fédéral, se rencontrèrent pour finaliser l’entente et ainsi la rendre publique.

En tant que fonctionnaire fédéral originaire du Québec, je me réjouissais d’amener chez nous un édifice fédéral qui répondait à un besoin grandissant de la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

En tant que commissaire d’école, je me réjouissais que l’on puisse se départir d’un éléphant blanc qui ne répondait absolument pas aux normes pédagogiques de l’enseignement secondaire.

Aujourd’hui, les deux écoles secondaires, Mont-Bleu et de l’Île, sont construites et remplissent leurs missions. Le Centre Asticou, en plus de servir de centre de formation linguistique, est largement utilisé pour différents types de formation et de perfectionnement du gouvernement fédéral. De plus, un pavillon a été érigé en centre de formation professionnelle pour l’enseignement des métiers en Outaouais.

La grande transformation réussie !

Ce texte a été écrit par Bertrand Fortin, un résident de Gatineau.