Éditorial

Le paratonnerre de l’UPAC

ÉDITORIAL / S’il se rend compte qu’il nuit à l’UPAC, Robert Lafrenière quittera avant la fin de son mandat en 2021 pour le bien de l’organisation. Mais il n’en est pas là. Il faudra du solide, des faits pour le déloger. Il est satisfait du bilan opérationnel de la dernière année présenté aujourd’hui. Le climat de travail est bon, il n’y a pas de crise à l’UPAC, assure le commissaire. Mais il existe, selon lui, des gens qui veulent détruire l’Unité permanente anticorruption, qui tentent de nuire à l’enquête Mâchurer, des gens qui veulent sa tête.

L’UPAC a décidé, cette année, de procéder à une série d’entrevues éditoriales pour faire son bilan de 2017. Avec Le Soleil, mercredi, le commissaire à la lutte à la corruption se garde bien de préciser et de nommer qui a intérêt à faire déraper son organisation pour laquelle l’État consacre 50 millions $ par année. De gros entrepreneurs, des gens d’affaires, des politiciens?  

Rencontré dans son sobre bureau de Montréal, Robert Lafrenière l’avoue : il ne pensait pas que son mandat à la tête de l’UPAC serait aussi difficile. Il savait bien qu’en jouant dans «le grand monde», à un niveau politique élevé, que la partie ne serait pas aisée, qu’il y aurait des coups. Mais pas à ce point. Il doit également composer avec un «vent de face» provenant des médias. Des médias dont il vante à la fois le travail et la capacité d’exercer des pressions pour préserver un équilibre entre les différents pouvoirs, mais dont il déplore néanmoins certaines nouvelles «soufflées». Plus d’une fois dans l’entrevue, l’homme se qualifie de «paratonnerre» de son équipe.

Le commissaire Lafrenière et l’UPAC se sont retrouvés sur la sellette quelques fois récemment. Le numéro 2, Marcel Forget, commissaire à la vérification de l’intégrité a dû démissionner. Le Journal de Montréal a publié qu’un libéral influent avait poussé le CV de M. Lafrenière pour un poste à l’Agence métropolitaine de transport. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a exigé un rapport sur le climat de travail pour le 19 janvier, ce avec quoi le commissaire se dit fort à l’aise. Il souligne que le taux d’absentéisme est bas à l’UPAC et qu’il n’y a aucune plainte pour harcèlement dans sa boîte. 

M. Lafrenière ne voit pas pourquoi il perdrait son poste parce qu’il fait son travail. Et pour lui, cela ne fait aucun doute. «Le Québec est sous contrôle», affirme-t-il. Il souligne que l’UPAC est vu comme un modèle au Canada et à l’étranger. 

L’UPAC a saisi et bloqué 34 millions $ depuis sa création en 2011. Ce qui fait «le plus plaisir» au commissaire est que 2017 se termine avec 48 déclarations de culpabilité pour des infractions criminelles de fraude envers le gouvernement, de complot, de corruption dans les affaires municipales et d’abus de confiance. «Les citoyens veulent ça». 

Mais ils veulent plus encore. Robert Lafrenière convient que certains recherchent aussi «l’odeur du sang»  et le politicien le plus haut placé dans la hiérarchie. Le commissaire rappelle que Mâchurer, qui vise notamment l’ancien premier ministre Jean Charest et l’ancien argentier du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau, a démarré à sa demande en 2014.

M. Lafrenière est convaincu qu’il y aura «des bracelets» dans ce dossier-là. Il signale que 300 personnes ont été rencontrées et qu’une montagne de documents a été saisie à Québec. Il comprend que le citoyen s’impatiente. Mais les choses doivent se faire correctement. Un crime économique, c’est plus long  à décoder qu’une scène de meurtre, souligne celui qui a été dans la police 30 ans avant d’être sous-ministre à la Sécurité publique. 

«Le citoyen nous fait confiance», affirme le commissaire Lafrenière qui doit souvent se défendre d’avoir été nommé à son poste une première fois par les libéraux Jean Charest et une seconde par ceux dirigés par Philippe Couillard. 

Il raconte qu’un homme l’a récemment interpellé à l’épicerie et lui a dit de ne pas lâcher. Le chauffeur de taxi qui a conduit Le Soleil aux bureaux de l’UPAC dans le port de Montréal n’était pas aussi convaincu quant à l’indépendance de l’organisation et de son patron face au pouvoir politique. 

Qui a l’heure juste sur la confiance qu’inspire l’UPAC? Robert Lafrenière ne fera pas d’étude et de sondage pour le savoir. Il préfère mettre l’argent sur les enquêtes, sur «les menottes». Le fait que l’UPAC a recueilli cette année 780 dénonciations de citoyens, laisse croire au commissaire que les gens font confiance dans le travail de ses enquêteurs. Et vous?

M. Lafrenière défend ses façons de faire. Arrestations de Normandeau, Côté et compagnie le jour d’un budget, arrestation du député Guy Ouellette qui a causé l’ire du président de l’Assemblée nationale, rapport caviardé remis aux parlementaires. Il justifie la façon dont l’UPAC a procédé. Ce que tente d’éviter le commissaire est de fixer des échéanciers pour l’aboutissement des dossiers sous enquête. Il regrette aussi le choix de personnel au début de son mandat.

La prochaine année est une année électorale. Même si l’UPAC martèle qu’elle est indépendante du politique, elle risque d’être entraînée dans la partie pour déstabiliser des candidats, des formations ou miner leur crédibilité. Robert Lafrenière n’a pas fini de jouer les paratonnerres. 

Gilbert Lavoie

Enfin des bonnes nouvelles!

CHRONIQUE / On accuse souvent les médias de ne s’intéresser qu’aux mauvaises nouvelles. Ce n’est pas aussi simple… À preuve, l’importance accordée à l’élection au Sénat américain du démocrate Doug Jones, aux dépens du poulain de Donald Trump, Roy Moore. C’est une mauvaise nouvelle pour Trump, mais quelle bonne nouvelle pour l’humanité!

«Votez pour Roy Moore, avait tweeté Donald Trump la veille du scrutin. Doug Jones [le candidat démocrate] est en faveur de l’avortement, mou sur la criminalité, l’armée et l’immigration, mauvais pour les propriétaires d’armes à feu, les vétérans, et opposé au mur [à la frontière du Mexique]. Roy Moore va toujours voter avec nous».

Ce que le président aurait pu ajouter, c’est que son candidat fait l’objet d’allégations de harcèlement sexuel, qu’il a déjà dit que l’homosexualité devrait être déclarée illégale, que la dernière fois que l’Amérique a été «grande» c’est durant la période de l’esclavage, et qu’il a déjà comparé le Coran à Mein Kampf.

Si la défaite d’un tel homme n’est pas une bonne nouvelle pour vous, elle en est une pour moi. Parce qu’avec une majorité réduite à une voix au Sénat, Donald Trump ne pourra plus faire ses quatre volontés.

Autre bonne nouvelle? Cette déclaration-choc du président français Emmanuel Macron : «On est en train de perdre la bataille» contre les changements climatiques. 

Je sais bien que ça n’a pas l’air d’une bonne nouvelle, mais c’en est une. Parce que c’est le seul moyen de sortir l’humanité de sa torpeur et d’accélérer les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Encore une bonne nouvelle : la décision du gouvernement Trudeau d’acheter des avions de chasse usagés de l’Australie. De prime abord, ça fait république de bananes, c’est vrai! Mais ça nous donne l’occasion de faire un doigt d’honneur à la compagnie Boeing qui voulait nous vendre son Super Hornet, tout en nous poignardant dans le dos avec des tarifs exorbitants sur la CSeries de Bombardier.

Espérons cependant que les CF-18 usagés de l’Australie ont été bien inspectés. Parce que l’achat de quatre sous-marins usagés du Royaume-Uni pour 750 millions $, en 1998, nous a coûté une fortune en réparations. Et les sous-marins ont presque toujours été à quai parce que ce sont des citrons.

Vous en voulez une autre? Philippe Couillard s’est rangé une fois de plus derrière le projet de train à grande fréquence de VIA Rail, pour relier Québec à Montréal. Le premier ministre n’a pas abandonné son appel à la créativité québécoise pour les transports, mais il a mis un bémol sur les idées de monorail Québec-Montréal soulevées à l’issue du congrès libéral à la fin de novembre.

Je ne sais pas qui avait mis cette idée dans le discours de M. Couillard, et surtout, pourquoi? Je veux bien que le programme électoral des libéraux nous offre un «nouveau Québec», mais ce n’est pas avec la science-fiction qu’on va convaincre les Québécois. Autant aller voir le nouveau Star Wars. C’est divertissant, mais personne ne croit que c’est vrai.

Puisqu’on parle de l’espace, Donald Trump a donné mandat à la NASA d’accélérer les travaux en vue de l’établissement d’une base lunaire. Ça coûtera sans doute les yeux de la tête, mais ce serait une bonne nouvelle si on y installait Trump et son entourage.

À vous la parole

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Urgence Petite-Nation

Cet automne j’ai accueilli avec un grand soulagement la décision d’élargir la plage horaire à l’urgence de Saint-André-Avellin. Cette bonne nouvelle suscite beaucoup d’attentes pour enfin compter sur une offre accrue de services médicaux de proximité. J’ai espoir que l’échéancier sera respecté pour passer des paroles aux gestes au quotidien.

Raymond Ménard, Plaisance

Pierre Jury

La Caisse et les paradis fiscaux

ÉDITORIAL / La Caisse de dépôt et placement du Québec doit donner l’exemple et progressivement se détourner des paradis fiscaux. Et si elle continue de faire la sourde oreille, le premier ministre Philippe Couillard doit la rappeler à l’ordre sans délai. Il n’est pas question que la Caisse se cache derrière de faibles arguments fallacieux comme la compétition féroce, éviter la double imposition ou le fait qu’elle ne paie pas d’impôt au Canada. C’est rire du monde... et des contribuables québécois.

La Caisse est un outil de gestion des caisses de retraite du Québec et elle doit obéir à la lettre et à l’esprit des politiques du gouvernement. Dans toutes ses relations d’affaires, elle doit faire montre de la même rigueur que l’on attend des gouvernements et des élus. Elle doit s’associer à des entreprises et des fonds d’investissement qui font preuve de cette même rigueur. 

Cette logique pourtant simple échappe au chef de la Caisse, Michael Sabia. Au mieux a-t-il confié, en mai dernier, qu’il allait « tout faire pour minimiser ce chiffre ». 

Il faisait référence au quelque 10 % des 270,7 milliards $ que gère la Caisse. En marge d’un rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale, la CDPQ a estimé que ses investissements dans les paradis fiscaux s’évaluaient à 26,2 milliards $.

Il faut garder M. Sabia à l’œil. Il a été un excellent patron à la Caisse. Il a ramené le calme après les rendements catastrophiques de la crise financière de 2008. Mais entre 2013 et 2016, la part du portefeuille de la Caisse liée aux paradis fiscaux a presque doublé. La tendance s’en va dans la mauvaise direction, et très rapidement. Cela doit être inversé.

C’était vrai au printemps et ce l’est encore davantage à la lumière des Paradise Papers qui ont exposé de nombreux liens entre des gens d’affaires du Canada et des contrées où l’évasion fiscale est un sport national. 

Évidemment, si Michael Sabia résiste aux pressions des élus, c’est qu’il craint que cela ne réduise les rendements de ses investissements. 

« On ne peut pas être tout seul un leader », a lancé sa première vice-présidente et chef de direction financière, Maarika Paul.

Justement, c’est là qu’elle fait erreur. Dans bien des domaines, le gouvernement doit être un leader, justement. On a recommandé aux gouvernements de bâtir des édifices LEED pour tracer la voie à ceux qui doutaient de leur faisabilité, même si les coûts étaient plus importants ; l’État n’investit pas dans une perspective à court terme et le rendement énergétique met du temps à se concrétiser. Idem pour le retour à l’usage du bois dans les constructions, afin de soutenir une industrie forestière qui en a besoin. Dans ces domaines, le gouvernement mène la marche et la Caisse, dans ses investissements, doit aller dans cette même direction.

Évidemment, cela ne se fera pas rapidement. La CDPQ a raison de rappeler son action dans le long terme. Elle ne doit pas cibler publiquement une baisse précise. Mais privément, elle doit nettement passer le message à ses partenaires, les entreprises et les fonds d’investissement, qu’ils devraient éviter les paradis fiscaux, sous peine de voir la Caisse se retirer progressivement de leurs engagements conjoints. 

Les contribuables du Québec les remercieront, même si le rendement annuel de la CDPQ devait infléchir de quelques dixièmes de points de pourcentage.

Cette leçon devrait aussi encourager d’autres fonds du genre, comme Teachers et OMERS en Ontario, à emprunter la voie honorable qui ne passe pas par l’évasion fiscale, devenue un fléau mondial qui plombe les finances publiques.

Votre opinion

Quelle gestion participative?

Ayant été à la direction de mon département pendant près de six ans, membre de la sous-commission des études et de la commission des études, c’est avec consternation que j’ai pris connaissance des propos du recteur de l’Université du Québec en Outaouais, Denis Harrisson.

Le ton et les arguments avancés peinent à cacher une certaine forme de mépris envers les professeures et professeurs. Ainsi selon lui, les professeures et professeurs seront désormais « obligés de prendre leur responsabilité » en assumant les tâches administratives qui leur sont dévolues. 

Considère-t-il que ce n’est pas le cas en ce moment ? Si oui, comment l’expliquer ? Est-il légitime de penser que les conditions nécessaires au modèle de cogestion ne sont pas réunies ? 

Si « la cogestion repose sur la bonne entente », la bonne entente elle, n’est possible que dans un contexte où le respect, la confiance et la transparence font partie de l’équation. Or de quel type de cogestion est-il question lorsque la direction considère qu’elle « cède ses pouvoirs » ou encore, qu’il est légitime de « préserver ses droits » ? Il semble s’agir d’une cogestion forcée ou à tout le moins à géométrie variable, plutôt qu’une réelle volonté de partager les responsabilités. Que la cogestion soit enchâssée dans la convention collective ne garantit en rien qu’elle soit mise en œuvre de bonne foi. 

Enfin, le recteur connaît le poids des mots. Ce n’est donc pas sans en connaître le sens qu’il fait référence à une supposée « idéologie syndicale ». Il laisse sous-entendre que les professeures et professeurs de l’UQO, ainsi que les officiers syndicaux qui les représentent, sont dépourvus de toute réflexion critique lorsqu’ils prennent position sur les enjeux qui les concernent. C’est bien mal parti pour susciter une « attitude participative » !

Francine Sinclair, Ph.D., Professeure honoraire à l'Université du Québec en Outaouais.

Pierre Jury

L’aveuglement volontaire

ÉDITORIAL / À n’en pas douter, le français accuse un recul au Québec. Au plan de la langue de travail, les données de Statistique Canada publiées hier affirment que 56,5 % des Québécois utilisent uniquement le français au travail, une baisse de 2 %.

Cela paraîtra peu aux yeux de certains, mais il ne faut pas minimiser cette donnée. D’abord, parce qu’elle compare le portrait sur toute une décennie, 2016 par rapport à 2006. Il s’agit de ce que l’on peut qualifier de tendance lourde, amplifiée sur plusieurs années. Elle est donc à l’abri d’un quelconque soubresaut qui pourrait être lié à un secteur industriel ou un phénomène particulier. 

Cette erreur de minimiser, le gouvernement libéral de Philippe Couillard la fait, témoignant une fois de plus de sa difficulté à affirmer le caractère français du Québec, et de façon plus importante encore, à mettre en place et financer adéquatement des mesures pour le stimuler. Il demeure qu’il est difficile de promouvoir le français sur un îlot entouré d’un continent anglais et espagnol, avec les pressions démographiques et de l’immigration. Le premier ministre ne perdrait pas de son lustre s’il devait reconnaître son inquiétude sur la place du français. Au contraire. Il ne semble pas comprendre qu’il n’a rien à perdre à défendre la langue de Molière, et tout à gagner. Mais cela lui échappe qu’il ne gagne rien à camoufler l’érosion du français au Québec. 

Si ce 2 % a son importance, c’est que l’on devine deux choses. D’abord, que ce glissement ne serait pas relié à la mondialisation parce qu’elle était déjà bien engagée en 2006. Le temps passe vite, mais 2006 n’est pas la préhistoire. Personne ne peut prétendre que les marchés d’exportation du Québec ont radicalement changé depuis 10 ans pour expliquer une quelconque érosion du français. 

Et puis, c’est que ce 2 % de recul se constate surtout, même si Statistique Canada ne l’affirme pas ainsi, dans la grande région de Montréal. Cette baisse peut difficilement être attribuable à l’emploi dans le reste du Québec car le marché de l’emploi y semble assez stable. À l’inverse, il y a une avalanche de preuves anecdotiques — dont la valeur reste à confirmer, certes — sur l’emploi grandissant de l’anglais dans l’espace public à Montréal. L’exemple de la boutique Adidas, au cœur de la métropole, la semaine dernière, est probant et ne paraît pas être un phénomène isolé et exceptionnel. Le français a bel et bien perdu de son pouvoir d’attraction.

D’ailleurs, le débat qui a suivi la publication de Statistique Canada a vite dérapé sur l’emploi de la bilingue salutation d’accueil « Bonjour/Hi! » dans certains commerces de Montréal. 

Vu de l’extérieur du Québec, il est particulièrement ironique de voir le tollé suscité par ce « Bonjour/Hi! » alors que c’est précisément cette formule de salutation que préconise le Commissariat aux langues officielles du Canada. Les minorités francophones seraient très heureuses, elles, d’entendre plus souvent ce « Bonjour/Hi! » lorsqu’elles échangent avec le gouvernement fédéral ou en Ontario, notamment. 

Dans le même ordre d’idée, Statistique Canada constate qu’en dehors du Québec, les milieux de travail qui permettent de fonctionner « surtout » ou « uniquement » en français sont rarissimes. De l’ordre de 1,5 % des emplois. À l’inverse, l’usage « unique » de l’anglais se présente à 90 %. Cela témoigne de la difficulté pour les francophones minoritaires de gagner leur vie dans leur langue lorsqu’ils ne sont pas établis dans la Belle Province. 

Dire que le gouvernement de Stephen Harper a voulu museler Statistique Canada. Et nous priver de ces essentiels débats de société ?

Votre opinion

Taux d’inoccupation des logements à Gatineau: recul à 3,8 %

Les données contenues dans le Rapport sur le marché locatif, publié le 28 novembre par la Société canadienne d’hypothèques et de logement, devraient convaincre les gouvernements de Québec et d’Ottawa d’accélérer les investissements dans les logements sociaux.

La baisse des taux d’inoccupation des logements locatifs, à Gatineau comme ailleurs au Québec, lance un signal clair sur l’urgence de mieux répondre aux besoins et de débloquer rapidement de nouveaux budgets pour assurer la bonification du programme AccèsLogis, le seul programme au Québec qui permet la réalisation de nouveaux logements sociaux.

Le rapport indique que le taux d’inoccupation a diminué de 1 % au Québec. 

La baisse est importante à Gatineau où le taux d’inoccupation est passé de 6,3 % à 3,8 % entre 2016 et 2017. 

Pour les logements de 3 chambres à coucher et plus, le taux est maintenant à 2,4 %, en-deçà du point d’équilibre situé à 3 %. Pour les familles démunies qui ont plusieurs enfants, cela est particulièrement inquiétant. 

Pour une région ciblée comme région d’accueil pour les nouveaux arrivants par les autorités gouvernementales, cela est encore plus préoccupant puisqu’une très grande proportion de ces ménages ont plusieurs enfants et n’ont pas les ressources financières pour se loger de façon convenable. En fait, ce marché n’est pas en mesure de répondre adéquatement aux besoins de ces familles nombreuses. Selon le recensement de 2016, le nombre de ménages locataires consacrant plus que la norme de 30 % de leur revenu pour se loger s’élève maintenant à 479 775 au Québec. Parmi ceux-ci, 58 000 sont dans une situation extrême, puisqu’ils consacrent plus de 100% de leur revenu pour le loyer. Les besoins de logements décents et véritablement abordables sont urgents.

Malgré cela, le gouvernement du Québec ne prévoit en 2017 que 3000 nouveaux logements sociaux pour l’ensemble du Québec dans le programme AccèsLogis, mais sans même y mettre toutes les sommes requises pour permettre la réalisation de nouveaux projets. Les coûts de construction n’ont pas été indexés depuis 2009 et des mesures complémentaires pour la décontamination des sols ou pour s’ajuster aux réalités des régions éloignées ont été coupées. Résultat : l’an dernier, moins de 1742 logements sociaux ont été construits au Québec.

La mise à jour économique présentée à la mi-novembre ne contenait aucune annonce de nouveaux investissements pour AccèsLogis, malgré plusieurs promesses faites en ce sens et des surplus record de 4,4 milliards $. Il est honteux que le gouvernement Couillard choisisse plutôt d’annoncer des baisses d’impôts rétroactives, qui permettront notamment aux plus riches de contribuer encore moins aux finances publiques. Pour ce qui est du gouvernement Trudeau, celui-ci ne devrait pas attendre à 2020 pour mettre en place sa nouvelle Stratégie nationale sur le logement. Au Québec, les sommes promises par cette nouvelle Stratégie fédérale devraient également être investies dans AccèsLogis, un programme qui a fait ses preuves dans le passé et qui mérite d’être bonifié.

Bref, si les gouvernements du Québec et d’Ottawa ont réellement la volonté de s’attaquer aux problèmes des mal-logés et d’assurer le droit au logement, ils doivent réinvestir rapidement dans le logement social dès les prochains budgets.

L'auteur est François Roy, Coordonateur pour Logemen'occupe.

L'actualité sous la plume de Bado

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Pierre Jury

Brown part bien

ÉDITORIAL / Le Parti conservateur de l’Ontario a dévoilé son programme électoral, en fin de semaine, se dotant ainsi d’un outil essentiel pour convaincre les électeurs de ce qu’ils sont et surtout, ce qu’ils ne sont pas.

Ce très bon départ garantit en quelque sorte que les conservateurs éviteront les deux fiascos subis sous Tim Hudak. En 2011 et en 2014, les cafouillages du chef ont gaspillé des avances considérables, les deux fois au profit du Parti libéral. Patrick Brown ne doit pas tolérer une troisième déconfiture du genre et la meilleure manière de la prévenir était d’offrir tout de go un programme sensé et raisonnable aux Ontariens. Ce qu’il vient de faire.

Un adage en politique affirme que si un candidat ne définit pas son champ d’action, ses adversaires le feront pour lui.

M. Brown dirige justement un parti qui a eu de la difficulté à se définir après la Révolution du bon sens proposée par Mike Harris. Mais cela fait plus de 20 ans et il est temps pour les conservateurs de tourner la page et de présenter un nouveau visage qui n’est pas en réaction à M. Harris, mais qui offre une réponse aux Ontariens pour 2018 et au-delà.

Le Parti conservateur sous Patrick Brown fait exactement cela avec cinq mesures principales : une réduction de 22,5 % de l’impôt sur le revenu de la classe moyenne, un remboursement de 75 % des dépenses pour la garde d’enfants, une baisse supplémentaire de 12 % de la facture d’électricité, 1,9 milliard $ en investissements en santé mentale et une Loi sur la confiance, l’intégrité et la reddition de comptes. 

Baisser les impôts est le pain et le beurre de la pensée conservatrice : cela envoie le signal aux électeurs qu’ils en auront davantage dans leurs poches. Ce sera particulièrement le cas pour les familles confrontées à des tarifs de garde astronomiques. La facture d’électricité a irrité bien des Ontariens ; les Bleus ne pouvaient demeurer muets à ce chapitre même si Kathleen Wynne a déjà fait un gros bout du chemin. Les libéraux sont vulnérables sur le plan de l’intégrité avec deux procès largement médiatisés ; leurs adversaires sentent cette vulnérabilité même si le résultat pourrait disculper les libéraux. 

La plus étonnante des propositions, sur la santé mentale, est aussi la plus faible au plan politique. Patrick Brown devra bien l’expliquer. Comme il devra aussi courtiser les Franco-Ontariens avec quelques engagements... qui pourraient n’être que de poursuivre la création de l’Université de l’Ontario français et la relance de l’immigration francophone.

Pendant que l’opinion publique parlera de ses idées, l’attention se détournera des faiblesses conservatrices, notamment un caucus divisé sur des enjeux fondamentaux pour des gens de la droite comme les cours d’éducation sexuelle et l’avortement. On dit d’ailleurs que le principal obstacle aux conservateurs réside au sein du parti lui-même...

Patrick Brown a une occasion historique de reprendre le pouvoir en Ontario après 14 années de régime libéral. Ces propositions lui serviront de gouvernail. Elles lui éviteront de s’écarter de la route comme M. Hudak avant lui. C’est parce qu’il ne savait pas vraiment où aller qu’il a lancé des idées mal conçues comme l’élimination de 100 000 emplois de fonctionnaires, en 2014. Cela a convaincu les Ontariens qu’il n’était pas prêt à gouverner.

En 2018, les libéraux sont vulnérables et Kathleen Wynne, malgré son empathie, n’est pas une chef d’État inspirante. Elle propose malgré tout un programme ambitieux, résolument de centre-gauche. 

Patrick Brown cible plus le centre que la droite traditionnelle de son parti, et des voix lui reprochent déjà. Mais ses cinq idées maîtresses sont faciles à résumer et à concrétiser. S’il maintient le cap et ne cafouille pas, ce jeune chef a de bonnes chances d’hériter du pouvoir en Ontario. 

Pierre Jury

Qui s’inquiète des médias fragilisés?

ÉDITORIAL / Le paysage médiatique canadien a subi un choc, hier, alors que deux des grands groupes de presse de l’Ontario se sont échangé 30 journaux... pour aussitôt mettre la clef dans la porte.

Postmedia, propriétaire du Ottawa Citizen, entre autres, a acquis 22 hebdomadaires et annoncé la fin de 21 d’entre eux, plus la fermeture des quotidiens gratuits Metro Ottawa et Metro Winnipeg.

Torstar, propriétaire du Toronto Star, a pour sa part fermé trois des quatre quotidiens régionaux reçus de Postmedia, et huit hebdos. En plus, Torstar a annoncé la fin des gratuits 24 H Toronto et 24 H Vancouver.

Ce n’était pas une vente. La transaction n’incluait aucun transfert d’argent ou d’actions. 

En fait, les deux empires médiatiques ont simplement éliminé la compétition dans deux marchés. Dans la région de la capitale, cela signifie la fin de plusieurs hebdomadaires avec une longue tradition locale à Kanata, Orléans, Nepean, etc. Cela permet à Postmedia d’éliminer des journaux qui venaient gruger son marché publicitaire au profit de son compétiteur Torstar.

Cet échange permet à Torstar de faire de même autour de Toronto.

Une transaction gagnant-gagnant pour les deux compétiteurs. Mais perdant-perdant pour les quelque 300 employés des quelque 30 médias touchés, et pour l’information locale qui perd autant de voix dans ces communautés.

Mais c’est un air connu.

Le Québec a vécu de semblables bouleversements alors que le groupe Transcontinental a acquis 74 hebdomadaires de Québecor en 2013, pour en fermer 20 peu après et en revendre à la pièce depuis 2015. 

Le paysage des médias est en profonde métamorphose depuis l’émergence des médias sociaux et des informations en ligne. La population n’a plus le même appétit pour les journaux traditionnels. Cette désaffection touche télévisions, magazines, quotidiens et hebdos, à des niveaux et des vitesses différents. Parallèlement, les Google et autres Facebook ont accaparé l’essentiel des revenus publicitaires en ligne, fragilisant davantage les « vieux » médias. 

Mais disons que l’odieux de cette transaction Postmedia-Torstar est particulièrement frappant.

Plusieurs petits hebdomadaires n’étaient que des véhicules publicitaires, avec très peu de journalistes ou d’information locale. On ne pourra dans ces cas constater un déficit démocratique mesurable. Mais l’effet combiné de toutes ces fermetures et de ces réductions d’effectifs ne pointe que dans une seule et même direction : l’anéantissement à petit feu de nombreuses voix qui permettent au citoyen de s’informer sur son milieu. Depuis 10 ans, plus de 200 médias ont disparu à travers le pays, estimé la Ryerson School of Journalism.

Tant que ce ne sont que des médias locaux, les gouvernements ne s’en préoccupent pas. Le Québec et l’Ontario expriment des regrets, mais tardent à mettre en place des moyens de ralentir cette érosion. Comme si personne n’arrivait à trouver une voie pour le faire, tandis que les médias sont frileux de voir leur indépendance d’esprit questionnée par des aides gouvernementales qui sont pourtant courantes en Europe, par exemple. Quant au fédéral, il fait la sourde oreille, même face aux médias en situation minoritaire fort isolés qui crient famine. 

Attend-on que de grands médias soient touchés ? Des rumeurs de fermeture du Ottawa Citizen ont récemment circulé. Ce n’était sans doute qu’un ballon d’essai, mais c’est peut-être ce genre d’électrochoc, une capitale sans quotidien anglophone d’envergure, qui forcera le gouvernement de Justin Trudeau à s’interroger sur l’avenir de l’information au Canada.