Nu Grocery

Une première épicerie sans déchet à Ottawa

On dit qu'un livre peut changer une vie. Noël 2015, Valérie Leloup dévore en une journée Zéro déchet, le best-seller de Béa Johnson dont la devise se résume à « refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter ». Un mode de vie qu'elle adoptera sur-le-champ et qui la mènera sur le chemin de l'entrepreneuriat. Un an et demi plus tard, l'épicerie Nu Grocery voit le jour à Ottawa. Changer les mentalités, un magasin à la fois...
Plus de 350 produits
Difficile de ne pas être séduit lorsqu'on met les pieds dans le local situé dans le quartier Hintonburg. Hauts plafonds, blancheur éclatante, propreté impeccable et personnel accueillant. Puis, il y a tous ces produits en vrac - environ 350 - disposés en rangée, dont les grains, les légumineuses, les noix, les épices, les liquides, les produits nettoyants et de beauté, sans oublier les fruits, les légumes, les pains, les pâtisseries et les aliments végétaliens, pour ne nommer que ceux-là. Le concept est simple : on apporte ses contenants réutilisables et on les remplit à sa guise.
«Ce désir de créer une épicerie zéro déchet est tout à fait égoïste, s'exclame en riant Valérie Leloup. Il y a du suremballage partout dans les supermarchés. Je cherchais à répondre à mon propre besoin, celui de réduire mes déchets.»
Découvrir l'entreprenariat
Après avoir grandi en France et vécu par la suite en Allemagne pendant dix ans, elle a immigré au Canada en 2003, à l'âge de 31 ans, avec son conjoint et ses deux enfants. Ironiquement, elle a travaillé pour les yogourts Danone à Montréal comme acheteuse d'emballage. Diplômée en gestion, elle déménage à Ottawa où elle réoriente sa carrière pour devenir enseignante de français et de sciences sociales au secondaire.
«Je ne pensais pas avoir la fibre entrepreneuriale, souligne-t-elle. Mais lorsque je me lance dans quelque chose, je me donne à fond. Quand j'ai trouvé mon concept, je n'ai jamais douté ni abandonné. La réussite était la seule voie possible.»
Tout miser sur un concept
La présidente de <em>Nu Grocery</em>, Valérie Leloup
Pour arriver à ses fins, Valérie Leloup a pris un énorme risque personnel et financier en empruntant des milliers de dollars sur sa ligne de crédit. Amis et membres de sa famille ont investi et elle a réussi à obtenir un prêt de la Banque de développement du Canada (BDC). «Je me suis surtout butée à des portes closes, se rappelle-t-elle. Il faut une bonne dose de pugnacité pour se lancer en affaires.» 
Pendant un an et demi, elle a enseigné le jour, alors que les soirs et les fins de semaine, elle bossait sans relâche à son plan d'affaires... tout en veillant à ses filles. Rencontres avec des investisseurs et gens d'affaires, présentations dans des foires de start-up et analyse de marché comptent parmi les nombreuses étapes qu'elle a dû franchir pour réaliser son rêve. Elle a pris soin aussi de choisir des fournisseurs locaux, du Québec et de l'Ontario, qui vendent des produits en vrac ou utilisent des contenants réutilisables. Quant aux prix de Nu Grocery, ils sont comparables aux magasins en vrac. 
Plus qu'une tendance
Les épiceries zéro déchet existent déjà aux États-Unis ainsi qu'en Europe, dont la populaire chaîne Day by Day en France, et commencent à percer le marché canadien, notamment à Montréal où LOCO et Vrac et Bocaux ne cessent de gagner en popularité. À Ottawa, Valérie Leloup avait le champ complètement libre.
«Ici, les consommateurs ont l'habitude de faire leur épicerie à un endroit, contrairement aux Européens qui font leurs courses d'un marchand à l'autre. J'ai donc voulu «canadianiser» mon concept en offrant le maximum de produits qui font partie de notre quotidien. Faire un seul arrêt, là est l'objectif.» 
Miser sur les milléniaux
La clientèle visée ? Les milléniaux, surtout, lesquels représentent 50 % de la population du quartier Hintonburg. Selon elle, ils sont plus sensibles à l'écologie, moins consuméristes, prêts à faire leur épicerie autrement, sans oublier qu'ils pourront grandir avec elle. «Cela dit, depuis le 19 août, date de l'ouverture, il y a une clientèle de tous âges, s'exclame-t-elle, heureuse et étonnée. Il y a même des personnes aînées, nostalgiques, qui retrouvent là le concept du magasin général.» 
Trois Nu Grocery
À long terme, elle souhaite ouvrir trois autres épiceries à Ottawa et vise aussi Toronto qui, semble-t-il, lui fait de l'oeil. Une autre femme d'affaires effectue quant à elle des démarches pour fonder une première entreprise du genre à Gatineau. 
«L'argent parle, dit-elle avec conviction. Si Nu Grocery est rentable, nous envoyons un message fort aux acteurs traditionnels qu'il y a une demande pour les épiceries zéro déchet. En nous multipliant, nous pourrons changer les mentalités. »