Snowed in Studios vient tout juste de se regrouper avec six autres compagnies de production d’Ottawa pour créer le groupe Capital Game Hub.

Une pépinière pour la création de jeux vidéos

On sait que Montréal est devenue une plaque tournante de la création de jeux vidéo en Amérique du Nord. On n’a qu’à penser au succès phénoménal obtenu par la série Assasin’s Creed créée par la firme Ubisoft. Ce que l’on sait moins, c’est qu’Ottawa est aussi en voie de devenir un joueur important dans cette industrie en pleine ébullition.

L’un des grands responsables de l’essor de l’industrie du jeu vidéo dans la capitale se nomme Jean-Sylvain Sormany. Ce dernier œuvre dans ce domaine depuis 17 ans. « Dès l’âge de sept ans, je savais que je travaillerais dans l’industrie du jeu vidéo », confie l’entrepreneur aujourd’hui âgé de 39 ans. Il a débuté sa carrière à Montréal où il a travaillé notamment pour Ubisoft. Puis, il y a 10 ans, il prend la décision de venir s’installer à Ottawa pour y démarrer sa propre compagnie de productions. En février 2010, il fonde Snowed in Studios. L’entreprise, qu’il préside en compagnie de deux autres actionnaires, crée des univers virtuels, mais son succès est bien réel. Snowed in Studios compte une trentaine d’employés et son chiffre d’affaires d’annuel dépasse aujourd’hui les trois millions de dollars. Quelle est la recette de son succès? « J’ai amené mon réseau de contacts de Montréal à Ottawa. Depuis, le projet fait des petits », confie-t-il.

Jean-Sylvain Sormany

Capital Game Hub

De fait, Snowed in Studios vient tout juste de se regrouper avec six autres compagnies de production d’Ottawa pour créer le groupe Capital Game Hub, un partenariat qui occupe tout le quatrième étage d’un édifice de la rue Wellington dans le quartier Hintonburg à Ottawa. De cette façon, ils peuvent partager à la fois de vastes locaux, leur savoir-faire et leurs ressources humaines et matérielles. Chaque projet est indépendant. Il n’y a donc aucun partage de revenus. « J’ai voulu regrouper plusieurs compagnies sous un même toit afin de partager nos connaissances et faire d’Ottawa un meilleur espace de création du jeu. Notre matière première principale, ce sont les cerveaux. Il faut l’exploiter. Nous avons une équipe très talentueuse. Nous partageons notre savoir, notre créativité. Tout le monde en profite », explique Jean-Sylvain Sormany qui a été sélectionné en 2017 au sein du palmarès des 40 meilleurs entrepreneurs de moins de 40 ans de la capitale par le Ottawa Business Journal.

Les compagnies du groupe Capital Game Hub ont produit plusieurs jeux vidéos qui obtiennent un franc succès, notamment Keep Talking and Nobody Explodes, qui se joue avec un casque de réalité virtuelle.

Le groupe Capital Game Hub est formé entre autres des compagnies Snowed in Studios, Steel Crate Games, Breakfall, Jillian Mood et The Meatly Games. Une salle contient des dizaines de postes de travail et consoles de développement de jeux où travaillent les programmeurs et créateurs comme des abeilles dans une ruche. Un autre espace a été aménagé pour la tenue de conférences et de présentations. Cette salle est d’ailleurs mise à la disponibilité de groupes de jeunes diplômés pour tenir des panels de discussions sur les jeux vidéo. « C’est notre façon de redonner à la communauté », confie M. Sormany qui ne regrette nullement d’avoir quitté Montréal pour poursuivre sa carrière à Ottawa.

Jean-Sylvain Sormany reconnaît qu’il n’est pas le premier à œuvrer dans le secteur de la création de jeux vidéos à Ottawa. « Il y a une tradition qui existe à Ottawa depuis plusieurs années », insiste-t-il. Ce dernier cite en exemple Rick Banks, le créateur du jeu Quest for Tires qui avait été créé en 1983 pour Apple II, Atari et Commodore 64. Les plus vieux d’entre nous se souviennent de ce jeu révolutionnaire qui invitait le joueur à aider un homme des cavernes à sauver sa petite amie gardée prisonnière par un dinosaure.

Les compagnies du groupe Capital Game Hub ont produit plusieurs jeux vidéos qui obtiennent un franc succès. Pour ne citer que quelques exemples, notons Windforge (2013), Marvin’s Mitters (2014), Raze’s Hell qui a été développé à Ottawa pour Xbox, Bendy and The Ink Machine (2016) avec plus d’un million de copies vendues dans le monde, et Keep Talking and Nobody Explodes, qui se joue avec un casque de réalité virtuelle et qui a aussi dépassé le cap du million de copies vendues. 

Le groupe Capital Game Hub ne verse pas dans le jeu vidéo sanguinolent dont l’objectif est de tuer le plus de gens possible en un temps record. Par exemple, dans la plus récente production appelée Pizza Titan, le personnage principal est un robot qui livre des pizzas en ville. Capital Game Hub a présentement une dizaine de projets en chantier dont six qui sont menés de front par Snowed in Studios. Chaque projet peut prendre entre un mois et deux ans à se concrétiser. Tout dépend de l’ampleur et de la complexité du jeu vidéo.

Capital Game Hub a présentement une dizaine de projets en chantier dont six qui sont menés de front par Snowed in Studios.

La cyberdépendance

Avec le documentaire choc portant sur le drame familial vécu par l’homme d’affaires montréalais Alexandre Taillefer, la question devenait inévitable. Qu’en est-il de la cyberdépendance? Est-ce un phénomène qui préoccupe Jean-Sylvain Sormany? « Les initiatives promues par M. Taillefer comme la reconnaissance par algorithmes, les signes de dépendance et l’implantation de mécanismes de contrôle parental simples me semblent de bonnes idées. Mais je ne pense pas que l’industrie du jeu soit directement responsable de ces tristes événements, soutient-il. C’est sûr que nous avons une certaine responsabilité pour prévenir ce genre de phénomène, mais nous ne sommes pas dans une industrie qui exploite la dépendance. L’industrie du jeu existe pour créer une expérience saine. Le but, c’est d’avoir du plaisir comme au cinéma », résume-t-il.

Une relève assurée

Si Ottawa est en voie de devenir une pépinière de création de jeux vidéo, c’est aussi grâce à la relève qui est formée dans la région  par l'entremise des programmes de formation offerts à La Cité, au Collège Algonquin et à l’Université Carleton. La formation qui est offerte aux étudiants est pluridisciplinaire. Cela dépasse l’univers du jeu vidéo. « On amalgame la créativité avec l’aspect technique des choses. On leur apprend des notions de graphisme, de réseautique, d’intelligence artificielle et de cybersécurité », indique Jean-Sylvain Sormany. Les débouchés dépassent l’industrie du jeu vidéo. « Même les banques peuvent profiter de ce savoir, entre autres pour la création de logiciels bancaires », précise-t-il.

On estime qu’environ 14 000 personnes au pays travaillent dans le domaine de la conception de jeux vidéo, ce qui fait du Canada une puissance mondiale dans l’industrie, derrière le Japon et les États-Unis.