Le président des BDT, Alain Geoffroy

Une industrie en pleine effervescence

Blonde, brune ou rousse ? Pas de doute, les microbrasseries de la région en font voir de toutes les couleurs aux amateurs de houblon, alors que l’industrie de la bière artisanale connaît un essor fulgurant ces dernières années.

Il est désormais possible de « péter de la broue » un peu partout dans l’Est ontarien et en Outaouais, où la bière ne cesse de couler à flots et en fût depuis l’ouverture de la brasserie Beau's, à Vankleek Hill, en 2006, et des Brasseurs du Temps (BDT), dans le secteur Hull, en 2009.

« Ç’a été un succès dès le départ », lance le président des BDT, Alain Geoffroy, alors qu’il se remémore les débuts de l’établissement, le premier du genre à voir le jour à Gatineau, il y a neuf ans.

« À ce moment-là, je pensais qu’on était un peu dans la queue du peloton en 2009, parce qu’à peu près toutes les régions avaient une ou deux brasseries. Il n’y en avait pas encore dans la région, mais il y en a eu une trâlée par après », poursuit M. Geoffroy.

Sur la rive québécoise, les Brasseurs de Montebello et le Gainsbourg, ont en effet éclos dans les dernières années, sans oublier la Brasserie du Bas-Canada, la toute dernière à voir le jour en novembre dernier et la première dans le secteur Gatineau.

De gauche à droite : Gabriel Girard-Bernier, Marc-André Cordeiro Lima et Romain Lima, de la Brasserie du Bas-Canada

Aux dires de son copropriétaire, Gabriel Girard Bernier, il semble que les Gatinois aient réservé un bel accueil à la nouvelle venue du boulevard de La Gappe.

« On avait fait le pari dès le départ de s’établir dans le secteur Gatineau, où il n’y avait pas de microbrasserie », affirme le copropriétaire du Bas-Canada. « L’achalandage est vraiment très bon et on commence actuellement à embouteiller et à mettre en canette, parce qu’il y a vraiment des demandes pour acheter nos produits », poursuit
M. Girard Bernier.

Sur les traces de Beau's

Le copropriétaire de la microbrasserie Cassel, Mario Bourgeois, reconnaît pour sa part que la pionnière Beau's a pavé le chemin dans l’Est ontarien. Voyant l’engouement des gens pour la bière artisanale, il a à son tour voulu saisir « une occasion d’affaires » en ouvrant sa propre microbrasserie à Casselman, il y a maintenant cinq ans.

« On était alors la 8e microbrasserie à ouvrir en 2012 et maintenant, on est une quarantaine entre la frontière avec le Québec jusqu’à Kingston. On est beaucoup », s’exclame M. Bourgeois.

Depuis, les franco-ontariennes Étienne Brûlé et Tuque de Broue, toutes deux situées à Embrun, ont emboîté le pas, pour ne nommer que celles-là.

Le copropriétaire de la microbrasserie Cassel, Mario Bourgeois

Une culture foodie

Comment expliquer l’attrait des consommateurs pour la bière artisanale ? « C’est le plaisir de déguster des produits locaux, le fait de boire moins et de boire mieux, d’encourager une économie locale. En fait c’est le mouvement foodie qui s’applique aussi aux alcools », explique le chroniqueur de bières, Philippe Wouters.

C’est aussi le constat du président de Tuque de Broue, Nicolas Malboeuf, qui brasse des bières depuis un an et demi dans le but d’offrir différentes saveurs à un consommateur en quête « d’expériences ».

« Les gens sont vraiment conscients de ce qu’ils boivent et ils sont vraiment intéressés à boire des saveurs différentes, au lieu de toujours boire la même bière que leurs grands-parents et que leurs parents buvaient », affirme le sommelier de profession.

« Le monde aime découvrir les nouvelles bières, les nouveaux goûts. Une fois que tu as goûté à ça, tu aimes explorer comme avec les vins », souligne Richard Ménard, le copropriétaire de la microbrasserie Étienne Brûlé, qui a ouvert ses portes il y a un an et demi.

Le copropriétaire du Gainsbourg dans le secteur Hull, René Lessard, indique que le monde brassicole en est un en constante évolution. « Le monde est toujours à la recherche de nouveautés, surtout les épicuriens », affirme-t-il.

Plusieurs clients, dit-il, aiment partir à la découverte des microbrasseries et se créent ainsi un circuit de quelques jours, durant lequel ils explorent la route des bières, un peu comme cela se fait avec les vignobles. « Même moi je le fais », lance-t-il.