L'hygiéniste dentaire Amal Lakhssassi

Un espoir 
devenu réussite

Un jour, Amal Lakhssassi, hygiéniste dentaire, demande un congé de deux semaines pour se rendre au Maroc, son pays d’origine. Bien sûr, qu’on lui répond, mais elle doit elle-même se trouver une remplaçante. Un défi qui l’a menée, en 2011, à fonder l’Agence dentaire de l’Outaouais, spécialisée en services de placement et de formation continue. Parcours d’une femme qui voit toujours plus grand.

Environ 5 000 hygiénistes dentaires pratiquent au Québec, dont 98 % sont des femmes et 2 %, des hommes. Avec un taux de placement de 100 %, il est difficile de s’absenter pour ces employés qui ont leur propre clientèle. À défaut d’être remplacé, on ne peut être détaché de son horaire sans devoir reporter ou annuler les rendez-vous des patients.

«J’ai immédiatement compris qu’il y avait un besoin pressant pour une agence de placement, explique Amal Lakhssassi. Plusieurs d’entre nous avons des enfants et lorsque survient un appel urgent de la garderie ou de l’école, nous pouvons difficilement nous libérer.»

Elle se dirige donc au Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais et à Compétences Outaouais pour monter un plan d’affaires. Elle y trouvera soutien, encouragements et conseils du réputé stratège marketing et gestionnaire de projet, Reda Bensouda, et de sa conjointe Audrey, qui elle, veillera à la création des outils de communication.

«Nous sommes tenus d’accumuler constamment des crédits, souligne-t-elle. Et pour les membres de notre profession, il y a peu de formations dans l’Outaouais. Celles-ci sont habituellement offertes à Montréal par l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec, ce qui suppose des frais de transport et d’hébergement. Il y avait une lacune à combler.»

Le téléphone sonne

Au Québec et en Ontario, il existe de nombreuses agences de placement dans le domaine, mais aucune d’entre elles n’offrent de formation. À ce jour, l’Agence dentaire de l’Outaouais est la seule à porter les deux chapeaux. D’où le petit tremblement de terre provoqué dans le milieu par une hygiéniste dentaire dont on connaissait bien peu de choses…

«Le téléphone s’est mis à sonner, se rappelle-t-elle en riant. Des dentistes me demandaient qui j’étais et d’où je sortais. J’organisais chaque mois des conférences-formations de qualité avec de réputés spécialistes, ce que faisait déjà la Société dentaire de l’Outaouais, mais dont le calendrier scientifique s’adressait presque exclusivement à ses membres, soit des dentistes. Moi, j’ouvrais mes portes à tous les intervenants, même les étudiants.»

Depuis les débuts de l’aventure, Amal Lakhssassi a toujours eu la volonté de mettre en valeur les spécialistes de la région, dont plusieurs jouissent d’une réputation internationale. Connaître et faire découvrir au plus grand nombre leurs techniques et leur philosophie est au cœur de sa mission. Son calendrier mensuel de conférences affichant complet, il lui fallait sans plus tarder remédier à la situation.

Et pourquoi pas un congrès ?

À ses yeux, la solution était simple : organiser un congrès, comme on en trouve à Montréal, Toronto, New York et ailleurs dans le monde. Ainsi, le tout premier Congrès dentaire de l’Outaouais s’est tenu le 8 novembre 2014 et réunissait six conférenciers, 20 partenaires-commanditaires et 350 participants.

L'hygiéniste dentaire Amal Lakhssassi

Un succès sur toute la ligne, selon elle. D’où les éditions subséquentes, dont celle de 2015 qui lui a valu le prix Innovation du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA). La quatrième édition s’est tenue les 17 et 18 novembre derniers, au Palais des congrès de Gatineau, avec comme partenaire, cette fois-ci, la Société dentaire de l’Outaouais. Cette marque de confiance constitue, pour elle, un gage de qualité de son événement qui attire maintenant plus de 600 visiteurs.

«Hygiénistes dentaires, enseignants, pédodontistes, prosthodontistes, parodontistes, endodontistes, chirurgiens, orthodontistes, tous sont réunis au congrès pour partager leurs connaissances et leur passion, fait-elle valoir. Ici, on assiste à un décloisonnement des différents ordres de profession et j’en suis très fière.»

La maman de trois enfants continue de pratiquer en clinique, question de rester au parfum des dernières tendances et d’élargir son réseau. Quand on lui demande ce qui lui réserve l’avenir, la réponse ne se fait pas attendre.

«Fonder ce qui sera le Congrès dentaire international de la capitale nationale à Ottawa, s’exclame celle qui a réussi son pari sans l’aide des institutions financières. C’est la suite logique, un événement d’envergure, bilingue, qui rassemblerait plus de 1 000 personnes. J’y travaille déjà, il s’agit de s’entourer des bons partenaires. Je vais y arriver.»

En arabe, son prénom Amal signifie « espoir ». Nul doute que madame Lakhssassi en est l’incarnation même.