Le chef Guy Blain, décédé en août dernier.

Un Rendez-vous des saveurs à réinventer

CHRONIQUE — SCÈNE CULINAIRE / Guy Blain est décédé le mois dernier après avoir travaillé toute sa vie. Même ses années de retraite, il les a passées dans les cuisines de l’École hôtelière de l’Outaouais, d’une organisation de bienfaisance et d’une autre ou de son ancien restaurant, L’Orée du bois.

Blain est le premier à trépasser du groupe qui avait marqué l’Outaouais en fondant le Rendez-vous des saveurs, en 1996. Ce plus récent décès sur la scène culinaire de l’Outaouais marque en quelque sorte la fin d’une époque, et le début d’une période trouble. 

Une période faste avait marqué cette ère et le Rendez-vous des saveurs en était l’expression la plus marquée. Une poignée de chefs, notamment Luc Gielen, Gérard Fischer, Gaëtan Tessier, Blain et Stéphane Paquet avaient eu l’idée de créer un événement culinaire pour faire la promotion de leurs établissements. Gielen dirigeait le Sans-Pareil, Fischer, le Tartuffe. Tessier tenait les guides de l’École hôtelière de l’Outaouais et Paquet, le Saint-Estèphe. Tessier est encore là, et Paquet mène maintenant une entreprise de traiteur. Gielen est le seul qui exploite encore un restaurant, le Belga Bistro, dans le secteur Buckingham. Fischer enseigne à l’École hôtelière. 

On ergotera sur le rôle de l’un et de l’autre dans la fondation. Quelques autres ont navigué autour, venant une année, pas la suivante, ou même pas du tout, mais profitant de l’effet de masse. On aura toujours regretté l’absence d’établissements d’Ottawa aura été l’une des tares du Rendez-vous des saveurs, hormis l’École de cuisine Cordon Bleu. Ce fut toujours l’événement de l’Outaouais, et jamais celui de Gatineau-Ottawa.

Ottawa, pendant ce temps, comptait sur son Wine & Food Show, fin octobre, mais les deux événements n’échangeaient pas les restaurants. 

La magie n’opère plus

Pendant une bonne douzaine d’années, ensemble et parfois à tour de rôle, les Fischer-Gielen-Tessier-Stéphane ont dirigé ce Rendez-vous des saveurs qui a marqué les consciences. C’était tellement populaire qu’ il fallait jouer du coude dans les petits couloirs de la Maison du citoyen. L’événement croula sous son succès.

Le promoteur Claude Hamelin le reprit et le déménagea au Casino du Lac-Leamy, mais la magie était brisée. Un à un les fondateurs le quittèrent, remplacés par… rien. L’événement tente de revivre sous la bannière de Zibi, le projet domiciliaire à cheval sur la rivière des Outaouais, mais la relance est difficile.

Entre-temps, une nouvelle génération de chefs et de restaurateurs a pris lentement la relève en Outaouais. Notamment Christophe Mulder avec son Rustiek, Taverne gastronomique, Romain Riva avec les Vilains Garçons, Karim Filiou avec BBQ Shop, Pierre-Louis Poulin, de L’Aubergiste, Marc-André Camaraire avec Antonyme, Marysol Foucault avec son Edgar. 

Mais ce n’est pas pareil. Oh, ce sont des chefs dévoués, certes, mais il n’y a plus cet esprit de franche camaraderie qui existait il y a 25 ans. Ils veulent faire avancer la cuisine et les produits du terroir de l’Outaouais, mais à leur propre façon. D’une certaine manière, ils sont plus concentrés sur leurs établissements, à les faire prospérer dans un climat toujours économiquement difficile, où le profit est tributaire d’une gestion serrée. Mais c’était la même chose dans les années 1990…

Le décès de Guy Blain nous rappelle tout cela. Son petit plat de champignons des bois, un de ceux qui avait marqué le Rendez-vous des saveurs et pour lequel il accumulait sa matière première des mois à l’avance, manquera aux fidèles du Rendez-vous des saveurs. Renaîtra-t-il un jour, sous une nouvelle formule ?