Bouteilles du vignoble Clos du Vully

Le vin, une industrie grimpante dans la région

Pratiquement absents de la région il y a dix ans, les vignobles se sont depuis multipliés sur les rives ontarienne et québécoise, où on en compte plus d’une vingtaine. In vino veritas oblige, Le Droit AFFAIRES a fait le tour des principaux vignerons et experts du domaine, afin de dresser le portrait économique de cette industrie grimpante, où le jus de raisin fermenté s’embouteille par milliers et les chiffres d’affaires peuvent jouer dans les six chiffres.

Les temps ont bien changé depuis l’époque où les producteurs de vins ontariens et québécois suscitaient la risée des fidèles de Bacchus.

« On fait du vin depuis 200 ans au pays, mais pas grand-chose d’intéressant. C’est vraiment dans les années 1970 et 1980 que ça a commencé à l’échelle du pays, autant en Colombie-Britannique, qu’en Ontario et au Québec », fait valoir la sommelière de renommée internationale, Véronique Rivest.

« Cette production-là grandissante et de mieux en mieux en qualité a aidé à ce que le consommateur s’intéresse de plus en plus au vin », poursuit la propriétaire du bar à vin Soif, situé sur la rue Montcalm à Gatineau.

Le coordonnateur du certificat de Sommelier à La Cité, Tom Vigeant, abonde dans le même sens. Il fait valoir que la formation collégiale compte un volet important sur les vins canadiens, entre autres les ontariens.

« On a depuis longtemps un cours sur les Amériques, explique-t-il, mais on ne passe plus rapidement sur les vins canadiens. C’est bien important de former des gens qui connaissent bien nos produits », explique le coordonnateur du programme qui accueille une cohorte annuelle de 15 à 20 étudiants.

Explosion des ventes

Cet engouement se répercute d’ailleurs dans les ventes de vins québécois qui, en 2017, totalisaient près de 25 M $. Il s’agit d’une hausse de 33% par rapport à l’année précédente, d’après les données colligées par l’Association des vignerons du Québec.

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C’est cependant sans commune mesure avec l’Ontario où les ventes totalisaient 395 M $ en 2014, avec un volume de production de 17,4 millions de litres de vin d’appellation VQA, d’après les données de l’association Wine Country Ontario.

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« La plupart des vignobles au Québec ont commencé de façon modeste, parce que les débouchées n’étaient pas toujours là. Maintenant ils sont là », soutient le copropriétaire de l’ancien vignoble biologique du Domaine des Météores à Ripon, André Cellard.

« Je pense qu’on va assister vraiment à un développement assez spectaculaire au Québec », poursuit-il.

Ironiquement, reconnaît M. Cellard, c’est à cette « époque effervescente » qu’il a choisi de mettre fin à la production des étéores, qui atteignait jusqu’à 8 000 bouteilles par année. Le vigneron souhaite prendre sa retraite et loue, depuis cette année, son vignoble de 12 000 pieds de vigne au Domaine Bergeville en Estrie, qui pourra ainsi hausser sa production de vin mousseux.

Selon M. Cellard, de façon générale, le chiffre d’affaires des vignobles en Outaouais reste assez « modeste » et se situe entre 100 000 et 200 000 $ annuellement. Comme lui, plusieurs vignerons en Outaouais se sont lancés dans l’aventure de la viniculture comme « projet de retraite ». D’autres survivent avec un autre gagne-pain.

« On paye nos factures, la marge de profits est très mince », soutient Raymond Huneault, le propriétaire des deux vignobles Clos Baillie, situés à Aylmer et à Papineauville.

Près de vingt ans après avoir planté ses premières vignes, ce pionnier de la viniculture en Outaouais aspire aussi à la retraite. L’homme de 74 ans peine cependant à vendre ses terres.

Vocation

En plus de produire entre 1 000 et 1 500 bouteilles de vin annuellement, M. Huneault confectionne aussi des cidres et ce, jusqu’à 3 000 bouteilles. L’un d’eux à l’érable, en rupture de stock, se vend normalement à la SAQ.

« Il faut avoir la vocation, s’exclame-t-il.  La compétition internationale est très forte, alors on ne peut pas demander des prix exorbitants pour nos bouteilles. Il faut toujours s’ajuster en fonction du marché et dans une grande ville comme Gatineau ou Ottawa, la compétition est très fortes à la SAQ et à la LCBO », poursuit-il.

L’engouement des milléniaux

Il reste que la loi québécoise, qui permet dorénavant aux vignobles d’ici de vendre leurs produits sur les tablettes des épiceries, semble avoir contribué à l’explosion des ventes. À cela s’ajoute aussi l’attrait de la génération des milléniaux pour les produits locaux, y compris le vin.

« Ils sont très terroir et très achats locaux. Ce n’est pas juste une mode, mais c’est vraiment senti et ce sont eux qui influencent aussi les plus vieux », soutient le président du Conseil des vins du Québec, Yvan Quirion.

Selon lui, la demande grandissante pour le vin en général s’observe tant en épicerie qu’à la SAQ. Cela démontre que le phénomène n’est pas unique aux vins québécois. L’accès aux épiceries permet toutefois de rendre les vins québécois plus accessibles, admet-il.

M. Quirion fait valoir que sur les 235 millions de bouteilles vendues au Québec l’an dernier, seulement 2 millions étaient de souches québécoises. La forte demande des consommateurs pour les vins d’ici permet ainsi de réduire cet écart