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Zibi et son Géant vert

La tenue décontractée et l’air juvénile, Jeff Westeinde n’annonce rien d’un multimillionnaire. Pourtant, l’homme de 52 ans qui nous reçoit dans ses modestes bureaux du 6, rue Booth à Ottawa, dirige un vaste chantier de construction évalué à plus d’un milliard de dollars.

Pendant que le projet Place des peuples est ignoré à Gatineau et que celui des plaines LeBreton à Ottawa fait du surplace, l’écoquartier résidentiel et commercial Zibi s’érige discrètement sur des terres ancestrales algonquines exploitées jadis par les barons de l’industrie forestière Ezra Butler Eddy et John Rudolphus Booth, puis plus tard par la papetière Domtar qui les ont abandonnées en 2007 et vendues en 2013.

Mais discrètement ne signifie pas dans l’anonymat.  Quelque 250 ouvriers, dont des travailleurs autochtones, sont à l’oeuvre sur le site désaffecté, de nombreuses grues s’élèvent dans le ciel, et le complexe O, un bâtiment de 65 unités de condominium à Gatineau, accueillera ses premiers occupants en novembre prochain. Suivra en 2019 le projet Kanaal, d’inspiration néerlandaise, qui s’étendra le long du canal Buchanan, sur l’île Chaudière du côté d’Ottawa. Selon les prévisions, l’écoquartier Zibi comptera d’ici 2030 plus de 5 000 résidents, des places publiques, des esplanades et des commerces et immeubles à bureaux pouvant accueillir 6 000 travailleurs.

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Zibi: une affaire complexe

L’opération Zibi n’aura pas été chose facile. Il a fallu négocier avec les gouvernements fédéral, ontarien et québécois, avec les villes d’Ottawa et de Gatineau, avec la Commission de la capitale nationale, discuter avec les peuples des Premières Nations et convaincre les protecteurs du patrimoine et de l’environnement.

Pour Jeff Westeinde, toutes les complexités affrontées auront eu pour effet d’affiner l’idée de départ. « Nous avions un projet et nous avons consulté, discuté et écouté. C’est grâce aux commentaires reçus de la communauté que nous avons pu l’améliorer. Je n’ai pas vu ça comme des obstacles, mais comme un plus qui a permis de faire accepter Zibi ». 

Le chantier n’est pas qu’une opération de construction puisque démolition, décontamination et archéologie sont aussi à l’agenda. Des dizaines de millions de dollars en provenance des pouvoirs publics sont nécessaires pour décontaminer l’endroit.  De vieux bâtiments industriels où des dizaines de milliers de Hullois et d'Ottaviens ont oeuvré seront jetés par terre, d'autres feront place à des commerces. Avant d’occuper le site, des fouilles archéologiques ont été faites, permettant en outre de retrouver les fondations de la maison de Ruggles Wright, fils du fondateur de la ville de Hull.

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Un G7 renouvelé à Gatineau

Le suspense est maintenant terminé pour la sélection des sept entrepreneurs qui feront partie de la deuxième cohorte du Programme G7 d’ID Gatineau.

Le comité de sélection a retenu les candidatures de Steeve Lavoie (Allied Scientific Pro), Alex Joanisse (La Trappe à fromage), Yves Marleau (Cogniva), Nancy Lehoux (Milident), Jean-Sébastien Vachon (Inteloom), Josée Proulx (Prizma), et Marie-France Maisonneuve (CAS). 

Pour cette deuxième édition, un programme chargé permettra aux sept personnes d’affaires retenues de travailler sur leur projet de croissance d’entreprise en bénéficiant de l’expertise et du savoir-faire en innovation d’ID Gatineau, d’Inno-Centre et de l’Université du Québec en Outaouais.  

En plus de cet appui tangible, la cohorte 2018 profitera d’une journée au Centre Greenhouse de Deloitte à Montréal, et participera à diverses activités avec des experts reconnus dans leur sphère d’activités, telles que la fondatrice de l’École d’entrepreneurship de Beauce, Nathaly Riverin, et la psychologue Rose-Marie Charest.   

Ils assisteront aussi à des dîners et rencontres avec Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels, Richard Legault, vice-président du conseil d’administration de Brookfield Asset Management, et Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau. L’événement de clôture aura lieu le 27 février 2019.  

Cette année, l’initiative est rendue possible grâce à la participation financière du gouvernement du Québec, et la collaboration du cabinet de services professionnels Deloitte, Le Droit AFFAIRES, Banque Nationale, Inno-Centre, l’Université du Québec en Outaouais, Énergie Brookfield et le Groupe Germain Hôtels.

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Nancy Lehoux
Milident

Diplômée de l’Université Laval en sciences infirmières, Nancy Lehoux débute sa carrière au sein des forces armées canadiennes. Elle quitte le domaine militaire pour accompagner son conjoint dans la gestion de Milident, un laboratoire dentaire créé en juin 1995. L’entreprise dispose d’un effectif de 76 employés, dans quatre différents établissements. La clientèle du laboratoire est principalement composée de dentistes et de prosthodontistes. 

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Jack’s Soda: conscientiser, une bouteille à la fois

C’est en voulant offrir une alternative au secteur un peu trop homogène des boissons gazeuses que trois pétillants trentenaires d’ici ont révolutionné nos réflexes sucrés. Armés de bonnes intentions, d’une grande dose de détermination et d’ingrédients étonnants, les créateurs de Jack’s Soda innovent dans le périlleux monde de l’alimentation.

Du matériel épars, un parfum de peinture fraîche et de l’équipement flambant neuf similaire à celui utilisé par les brasseries caractérisent le nouvel espace commercial gatinois de Joël Beaupré, Mathieu Guillemette et Mathieu Nerbonne Lachaine. Le trio derrière Jack’s Soda s’acclimate depuis quelques semaines à cet environnement de travail situé sur le boulevard St-René Ouest, à Gatineau. Plus adaptés et personnalisés, les nouveaux locaux permettent de produire davantage de leurs plus récentes créations nommées Jack’s Rhubarbe, Jack’s Gingembre, Jack’s Bleuet et Jack’s Tonique.

Ces sodas, qui contiennent en moyenne 30% moins de sucre que la compétition, se trouvent actuellement sur les tablettes de 300 points de ventes, majoritairement au Québec et en Ontario. De nombreuses entreprises locales leur ont fait de la place sur leurs tablettes, que ce soit La Trappe à Fromage, Broue Ha Ha ou encore La Boîte à Grains, pour ne nommer que celles-là.

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Le vin, une industrie grimpante dans la région

Pratiquement absents de la région il y a dix ans, les vignobles se sont depuis multipliés sur les rives ontarienne et québécoise, où on en compte plus d’une vingtaine. In vino veritas oblige, Le Droit AFFAIRES a fait le tour des principaux vignerons et experts du domaine, afin de dresser le portrait économique de cette industrie grimpante, où le jus de raisin fermenté s’embouteille par milliers et les chiffres d’affaires peuvent jouer dans les six chiffres.

Les temps ont bien changé depuis l’époque où les producteurs de vins ontariens et québécois suscitaient la risée des fidèles de Bacchus.

« On fait du vin depuis 200 ans au pays, mais pas grand-chose d’intéressant. C’est vraiment dans les années 1970 et 1980 que ça a commencé à l’échelle du pays, autant en Colombie-Britannique, qu’en Ontario et au Québec », fait valoir la sommelière de renommée internationale, Véronique Rivest.

« Cette production-là grandissante et de mieux en mieux en qualité a aidé à ce que le consommateur s’intéresse de plus en plus au vin », poursuit la propriétaire du bar à vin Soif, situé sur la rue Montcalm à Gatineau.

Le coordonnateur du certificat de Sommelier à La Cité, Tom Vigeant, abonde dans le même sens. Il fait valoir que la formation collégiale compte un volet important sur les vins canadiens, entre autres les ontariens.

« On a depuis longtemps un cours sur les Amériques, explique-t-il, mais on ne passe plus rapidement sur les vins canadiens. C’est bien important de former des gens qui connaissent bien nos produits », explique le coordonnateur du programme qui accueille une cohorte annuelle de 15 à 20 étudiants.

Explosion des ventes

Cet engouement se répercute d’ailleurs dans les ventes de vins québécois qui, en 2017, totalisaient près de 25 M $. Il s’agit d’une hausse de 33% par rapport à l’année précédente, d’après les données colligées par l’Association des vignerons du Québec.

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C’est cependant sans commune mesure avec l’Ontario où les ventes totalisaient 395 M $ en 2014, avec un volume de production de 17,4 millions de litres de vin d’appellation VQA, d’après les données de l’association Wine Country Ontario.

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« La plupart des vignobles au Québec ont commencé de façon modeste, parce que les débouchées n’étaient pas toujours là. Maintenant ils sont là », soutient le copropriétaire de l’ancien vignoble biologique du Domaine des Météores à Ripon, André Cellard.

« Je pense qu’on va assister vraiment à un développement assez spectaculaire au Québec », poursuit-il.

Ironiquement, reconnaît M. Cellard, c’est à cette « époque effervescente » qu’il a choisi de mettre fin à la production des étéores, qui atteignait jusqu’à 8 000 bouteilles par année. Le vigneron souhaite prendre sa retraite et loue, depuis cette année, son vignoble de 12 000 pieds de vigne au Domaine Bergeville en Estrie, qui pourra ainsi hausser sa production de vin mousseux.

Selon M. Cellard, de façon générale, le chiffre d’affaires des vignobles en Outaouais reste assez « modeste » et se situe entre 100 000 et 200 000 $ annuellement. Comme lui, plusieurs vignerons en Outaouais se sont lancés dans l’aventure de la viniculture comme « projet de retraite ». D’autres survivent avec un autre gagne-pain.

« On paye nos factures, la marge de profits est très mince », soutient Raymond Huneault, le propriétaire des deux vignobles Clos Baillie, situés à Aylmer et à Papineauville.

Près de vingt ans après avoir planté ses premières vignes, ce pionnier de la viniculture en Outaouais aspire aussi à la retraite. L’homme de 74 ans peine cependant à vendre ses terres.

Vocation

En plus de produire entre 1 000 et 1 500 bouteilles de vin annuellement, M. Huneault confectionne aussi des cidres et ce, jusqu’à 3 000 bouteilles. L’un d’eux à l’érable, en rupture de stock, se vend normalement à la SAQ.

« Il faut avoir la vocation, s’exclame-t-il.  La compétition internationale est très forte, alors on ne peut pas demander des prix exorbitants pour nos bouteilles. Il faut toujours s’ajuster en fonction du marché et dans une grande ville comme Gatineau ou Ottawa, la compétition est très fortes à la SAQ et à la LCBO », poursuit-il.

L’engouement des milléniaux

Il reste que la loi québécoise, qui permet dorénavant aux vignobles d’ici de vendre leurs produits sur les tablettes des épiceries, semble avoir contribué à l’explosion des ventes. À cela s’ajoute aussi l’attrait de la génération des milléniaux pour les produits locaux, y compris le vin.

« Ils sont très terroir et très achats locaux. Ce n’est pas juste une mode, mais c’est vraiment senti et ce sont eux qui influencent aussi les plus vieux », soutient le président du Conseil des vins du Québec, Yvan Quirion.

Selon lui, la demande grandissante pour le vin en général s’observe tant en épicerie qu’à la SAQ. Cela démontre que le phénomène n’est pas unique aux vins québécois. L’accès aux épiceries permet toutefois de rendre les vins québécois plus accessibles, admet-il.

M. Quirion fait valoir que sur les 235 millions de bouteilles vendues au Québec l’an dernier, seulement 2 millions étaient de souches québécoises. La forte demande des consommateurs pour les vins d’ici permet ainsi de réduire cet écart

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Du lait et du vin dans l’Est ontarien

Changer le lait... en vin ! Voilà ce qu’a pratiquement fait Denis Perrault en plantant ses premières vignes il y a vingt ans sur la ferme laitière familiale du secteur Navan d’Ottawa.

Depuis, les petits bijoux de la grappe s’y sont multipliés pour donner naissance au vignoble du Domaine Perrault qui produit 20 000 bouteilles par année.

« Nos ventes annuelles sont de plus de 100 000 $ et elles augmentent d’environ 5 à 10% chaque année », indique
M. Perrault.

Il reste que ces revenus s’accompagnent de plusieurs dépenses en main-d’oeuvre, en approvisionnement de bouteilles, de bouchons, d’étiquetage, etc.

Le vigneron affirme que la quasi-totalité de sa production se vend sur place, où divers événements sont organisés, tels que des séances de yoga dans les vignes, des mariages et des enterrements de vie de jeune fille.

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Des vins décorés

Glamour la viniculture ? Au-delà des aléas de Dame nature et du dur labeur dans les champs, il arrive que certains vins de l’Outaouais récoltent le raisin et les honneurs.

C’est le cas du vignoble Ste-Angélique, dans la Petite-Nation, où les propriétaires ont à leur grande surprise vu leur vin Argiles Blanches 2016 être coté 3 ½ étoiles dans le Guide du vin Phaneuf.

« J’ai moi-même découvert le vin avec ce guide que j’achète depuis 20 ans, alors de me retrouver dedans, c’est le fun , s’exclame le vigneron Nicholas Carrière. Ça a beaucoup aidé à vendre notre vin, car le guide est une référence pour les gens. On a été en rupture de stock en l’espace d’un mois et demi », poursuit-il.

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La philanthropie se transforme

CHRONIQUE PHILANTHROPIE / Au cours de l’été, des milliers de personnes ont participé à de multiples événements caritatifs comme des tournois de golf pour amasser des sommes considérables au profit de causes sociales aussi importantes les unes que les autres.

On remarque cependant que le milieu philanthropique évolue et qu’en plus des activités traditionnelles – toujours très populaires par ailleurs – il mise sur l’expérience que les philanthropes ont le plaisir de vivre. Pensons à l’apparition de défis en tous genres ( courses, marches à relais, tours cyclistes, etc, ). À Ottawa, on compte plus d’une trentaine de ces courses associées à des causes.

Au cours des dernières années, les organisations ont redoublé d’efforts et de créativité pour se démarquer afin de séduire et d’attirer les citoyens, les entreprises et les institutions. La plupart d’entre elles continuent de se renouveler et de se réinventer pour faire différemment.

Un potentiel philanthropique à cultiver

Si la création de partenariats avec les entreprises est complexe, elle est toutefois essentielle. Les liens entre les milieux privé et social se consolident en plaçant l’humain au cœur de tous les projets. Mentionnons entre autres la Classique de golf Unique FM, présentée par Sterling Ford et Rockland Ford au profit du CALACS, ou encore au 12e Tournoi de golf des Tamalous du Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa, la 18e Classique de golf de la Maison Mathieu-Froment-Savoie commandité par Katasa Groupe & Développement, etc. Ces partenariats solidaires ont un impact réel sur la vie de milliers de personnes vulnérables et c’est possible grâce à plusieurs d’entre vous.

De saines communications qui rapportent

Les communications entre les milieux privé et social sont cruciales et doivent être maintenues sur une base régulière, surtout si l’objectif est de consolider des initiatives philanthropiques qui rapportent à toutes les parties impliquées. Ce n’est pas évident car la compétition est forte entre les événements qui se déroulent durant une même saison, parfois simultanément. Bien des entreprises et des personnes sont sollicitées par des dizaines d’organisations et la visibilité est alors diluée. Ne serions-nous pas rendu à l’étape de se concerter et de planifier un calendrier philanthropique régional afin que toutes les causes y trouvent leur parti ?

Si on veut changer le monde, il faut investir davantage

Alors que la charité vise à minimiser les effets de la pauvreté, la philanthropie cherche à s’attaquer aux causes des grands enjeux sociaux. Ce changement de paradigme est profond. Les organismes, tels que Centraide, la Moisson, les Centres pour aîné.e.s, la Fondation communautaire d’Ottawa, le Centre espoir Sophie et les refuges ont généralement été créés pour répondre à des besoins concrets. Ces besoins n’ont cessé de croître au cours des années, de là l’importance de réconcilier le désir des entrepreneurs et les besoins de la communauté.

Ethel Côté est présidente de MécènESS & Institut social

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Une route des vins dans la région?

Après l’Estrie, le comté Prince-Edward et le Niagara, la région d’Ottawa et de Gatineau aura-t-elle aussi sa route des vins ? Certains en rêvent, d’autres en doutent.

Le président de l’Association des producteurs de vin de l’Est de l’Ontario, Paul LeBlanc, milite pour sa réalisation. Il fait valoir que la rive ontarienne compte plus de 100 000 plants de vigne et 16 vignobles, dont plus de la moitié est ouverte au public.

« On est en train de développer la région comme la prochaine région des vins de l’Ontario », lance M. LeBlanc, aussi propriétaire du vignoble Smokie Ridge, près de Kemptville.

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Une fauxmagerie zen à Alexandria

Qui aurait cru que l’on puisse fabriquer un jour des fromages véganes à base de noix de cajou ? C’est ce que Lynda Turner a réussi à faire en créant en 2013 l’entreprise Fauxmagerie Zengarry.

Pourquoi «Zengarry» ? Parce que l’entreprise est située à Alexandria, dans le canton de Glengarry Nord et que fabriquer du fromage végane, c’est très « zen », explique tout simplement Lynda Turner, une ancienne fonctionnaire de Santé Canada, qui a quitté son emploi il y a trois ans pour se consacrer à plein temps à son entreprise qui est en pleine expansion.

Lynda Turner travaillait au gouvernement à titre de scientifique spécialisée dans les risques de santé liés aux produits chimiques lorsque lui est venu l’idée de se lancer en affaires afin d’offrir une option de fromage végane aux consommateurs de la région. « J’étais devenue végane. Je ne trouvais pas de fromages de noix de cajou sur le marché. J’ai décidé de créer mes propres recettes. En 2013, j’ai commencé la production de « fauxmages » ( du faux fromage fait sans aucun produit laitier ) dans mes temps libres dans ma propre cuisine. Je les partageais aux membres de ma famille et mes amis. Ils aimaient cela. Ils m’ont motivé à continuer », raconte cette Montréalaise d’origine qui est venue s’installer dans l’Est ontarien il y a 22 ans.