La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, durant l'essai d'une voiture autonome en juillet dernier, à Ottawa.

Ottawa, capitale canadienne des véhicules autonomes?

Les regards se sont récemment posés sur Ottawa, où les premiers essais routiers d’une voiture sans conducteur à survenir sur une route municipale, plutôt qu’en circuits fermés, ont eu lieu au pays, avec notamment à bord la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne.

Cette nouvelle étape dans le développement de système de capteurs et de logiciel pour la conduite par intelligence artificielle a été franchie dans le cadre d’une entente entre la Ville d’Ottawa et l’entreprise BlackBerry QNX, dont le centre d’innovation pour véhicules autonomes est situé à Kanata.

La question n’est donc plus de savoir s’il y aura un jour des voitures sans conducteur sur les routes. «La question c’est quand? Comment ? Combien ça va coûter ? Comment est-ce que ça va marcher ? Et est-ce qu’on a réfléchi à toutes les circonstances possibles pour déterminer, par exemple, qui en sera responsable», soulève le professeur à l’École des sciences de l’information de l’Université d’Ottawa, André Vellino.

André Vellino, professeur à l'École des sciences de l'information de l'Université d'Ottawa

Plusieurs étapes restent en effet à franchir avant que ces véhicules intelligents n’arrivent à fonctionner de manière entièrement fiable et autonome sur la route et puissent interagir avec les piétons, les cyclistes, etc. 

Le professeur de la faculté de génie de l’Université d’Ottawa, Robert Laganière, a justement créé avec un étudiant un algorithme de détection de piétons. Une caméra orientée vers l’avant de la voiture est transformée en capteur à l’aide d’une grille de cellules qui réagit à la présence de piétons dans son champ de vision.

«L’objectif, c’est de détecter les piétons. Il y a une caméra qui regarde la route et qui voit ce que le conducteur normal pourrait voir. Notre objectif, c’est de localiser chacun des piétons qui se trouvent dans la scène captée pour éventuellement freiner le véhicule s’il y a une possibilité de collision ou faire des contournements automatiquement», explique M. Laganière. 

Une révolution routière

La professeure du département d’informatique et d’ingénierie de l’Université du Québec en Outaouais, Ilham Benyahia, travaille aussi sur des projets liés à la sécurité routière, à l’évitement des collisions et à l’architecture des communications entre véhicules. Elle est d’avis que l’arrivée éventuelle des véhicules autonomes provoquera une véritable révolution sur les routes.

Ilham Benyahia, professeure du département d'informatique et d'ingénierie de l'Université du Québec en Outaouais

«Ces véhicules seront plus disciplinés que le conducteur et respecteront les vitesses, alors la nature du trafic va être différente», dit-elle. «Il va y avoir plus de respect des limites de vitesse et donc ça va affecter beaucoup le modèle de trafic et la vision sur ce qui peut conduire à des accidents», poursuit-elle.

Selon le professeur Vellino, l’intelligence artificielle en général comporte de nombreux avantages, mais a aussi un «certain côté effrayant». Dans le cas des voitures autonomes, par exemple, il s’interroge à savoir qui sera responsable en cas d’accident. 

«S’il y a une action juridique, la question sera qui sera responsable? Ça ne peut pas être le conducteur, si la décision a été prise de façon autonome», dit-il. Selon lui, il sera d’autant plus important en cas d’accident de pouvoir comprendre le raisonnement ayant poussé ces véhicules autonomes à prendre une décision plutôt qu’une autre.