Vers un retour à des taux d’intérêts normaux?

CHRONIQUE — FINANCES / Dans la précédente chronique, je vous ai présenté les raisons expliquant le niveau anormalement bas des taux d’intérêts sur le marché présentement. Nous allons passer à un aspect plus concret : quels sont les actifs qui sont favorisés dans ce type d’environnement monétaire et quelles opportunités devraient se présenter pour les plus éveillés d’entre nous ?

Afin de répondre à cette question, il est bien de se rappeler que l’évaluation d’un actif financier est égale à la valeur présente de ses flux monétaires futurs. Ainsi, plus les taux sont bas, plus cette évaluation sera élevée en raison de l’actualisation des profits. C’est pourquoi tous les marchés financiers répondent favorablement aux baisses de taux d’intérêts. Mais certains encore plus que d’autres.

Plusieurs types de produits financiers sont intéressants non pas pour le gain en capital futur espéré par l’investisseur, mais davantage pour le revenu continu qui est généré par cet actif. Et ce sont ceux-ci qui sont les plus favorisés par une baisse continue des taux comme nous le vivons depuis maintenant 30 ans. Ces produits et sources de revenus sont :

  • les obligations ( revenus d’intérêts ) ;
  • les sociétés immobilières ( revenus de location ) ;
  • les services publics côtés en bourse ( dividendes ).

Construction et actifs immobiliers

Depuis le début de 2019, et malgré des taux d’intérêts déjà bas, la baisse non-anticipée des taux a permis aux trois secteurs ci-dessus de performer de façon spectaculaire. Et cet effet se fait sentir concrètement dans notre région alors que le domaine de la construction enregistre record par-dessus record et que la valeur des actifs immobiliers ne cesse d’augmenter.

Mais, comme investisseur, la question que nous devons nous poser est la suivante : est-ce que cette tendance devrait continuer, comme dans l’exemple de la bulle japonaise de la dernière chronique, ou il y aura renversement et un retour à des taux plus normaux ?

Depuis la grande récession de 2008-2009, tous les pays occidentaux, plus particulièrement l’Europe, essaient par tous les moyens de retourner à un taux d’inflation positif de près de 2 % et en sont incapables, malgré des taux d’intérêts négatifs. Il est de mon avis que l’Amérique du Nord devrait vivre les mêmes défis au cours des prochaines décennies et que le risque de déflation est plus grand que le risque d’inflation, les taux devraient rester bas pour au moins un autre cycle économique complet. Pour les investisseurs, notamment en cas de récession, le risque de crédit ( incapacité de payer des sociétés ou des locateurs ) devrait être beaucoup plus élevé que le risque de taux d’intérêts.

Pour les plus téméraires d’entre vous, il existe le véhicule parfait pour miser sur la direction future des taux d’intérêts. Parce que plus la période prévue de versement est longue, plus l’actif financier est sensible au mouvement des taux d’intérêts, l’obligation 100 ans émise par l’Autriche en 2017 a grimpé de plus de 75 % depuis son émission. Son rendement espéré à l’échéance (dans 98 ans) est maintenant de 0.9 % par année. Si ce taux baissait à 0 %, l’obligation doublerait. Mais une hausse à 2 % ferait perdre 40 % de valeur à celle-ci. À éviter pour les cœurs sensibles.

Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles établie à Gatineau.