Les pièges à éviter

Si pour les entrepreneurs le fait de procéder à des fusions et acquisitions ( F & A ) et successions d’entreprise comporte plusieurs avantages, dont ceux d’attirer des talents, d’accéder à de nouveaux marchés et d’améliorer leur offre, il reste que l’opération n’est pas sans risque. Comment éviter que la lune de miel ne tourne rapidement au vinaigre ou encore en une querelle de clocher ? Les experts consultés par Le Droit AFFAIRES présentent quelques pièges à éviter.
Éric Charron

Piège 1 : Sous-estimer l’impact de la F & A sur les ressources humaines

« Dans les regroupements, les erreurs que les gens font sont de sous-estimer l’impact sur les ressources humaines. Sur papier, nous sommes tous capables de démontrer que le regroupement sera une bonne affaire pour plusieurs entreprises. Mais pour qu’une entreprise se démarque, progresse et qu’elle ait vraiment une identité d’entreprise, ce qui fait vivre ça, ce sont les employés. »
Éric Charron, directeur général de la Caisse Desjardins à Gatineau 

Solution : Communiquer sa vision et rallier ses bons joueurs 

« Ça prend une bonne communication claire de la vision d’approche pour que le regroupement soit un avantage autre que juste sur le plan financier. C’est un facteur de succès d’intégrer les employés dans le processus. Il n’y a aucun doute à mon esprit. Il faut sécuriser les gens, éviter les surprises et aussi rallier nos bons joueurs, afin qu’ils participent à ce volet-là. Mettre les gens à contribution amène de nouvelles idées, de nouvelles approches et ça garantit le succès, dès le départ. »
Éric Charron, directeur général de la Caisse Desjardins à Gatineau

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Véronique Fournier

Piège 2 : Attention aux idées de grandeur 

« Les erreurs, c’est de voir trop gros. Parfois, les entrepreneurs (qui veulent investir dans l’achat d’un immeuble lors d’une F & A) vont me dire : « Pas de trouble, on va louer ». Alors, moi je leur demande s’ils ont des baux ou autres et en fin de compte, ils ne réussissent pas à louer et ils deviennent super serrés et stressés. Parfois, aussi, ils vont avoir des idées de grandeur, car ils veulent faire ça beau, alors ils font beaucoup d’améliorations et de rénovations locatives ou encore ils achètent trop cher et après ça, si les résultats ne sont pas là, ça leur met un stress sur les épaules. »
Véronique Fournier, directrice de la BDC

Solution : Respecter son budget de rénovation 

« Par exemple, chez Pixel, ils savaient que la bouchée serait grosse, alors j’ai pris le temps de leur dire ce qu’il en était du montant des rénovations. Ils me disaient qu’ils n’allaient pas dépasser les coûts, couper au besoin et s’assurer qu’ils seraient capables de tout faire en bonne et due forme, de ne pas mettre des trucs en marbre, par exemple. À date, ils ont toujours respecté cela. »
Véronique Fournier, directrice de la BDC

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Danny Tremblay

Piège 3 : Pas prêt à lâcher le morceau ou à prendre la relève

« Comme planificateur financier, je travaille beaucoup avec une clientèle de gens d’affaires. Parfois, dans les successions d’entreprise entre parents et enfants, je vois que le parent dit qu’il veut quitter. Pourtant, l’enfant essaie de prendre sa place, mais le parent ne s’efface pas assez ou ne donne pas une chance à l’enfant de prendre sa place. D’autres fois, c’est l’inverse. Le parent est vraiment prêt et l’enfant pour toutes sortes de raisons, ça ne lui tente pas de se casser la tête. Il a vu ses parents travailler tard et ne pas être là le soir et il travaille avec ses parents parce qu’il a un job là tout simplement. »
Danny Tremblay, conseiller financier chez IG Gestion privée de Patrimoine

Solution : En parler lors d’un souper de famille 

«C’est vraiment important que le « vendeur » soit prêt à quitter ou à « lâcher prise » et c’est aussi bien important que le « preneur » soit prêt. Et quand ça c’est en place, beaucoup des aspects qui pourraient être conflictuels ou tiraillants peuvent être évités. »
« Moi je dis à mes clients de faire un souper de famille un dimanche soir et de demander à leurs enfants si ça leur tente ou non de prendre la relève. Si ce n’est pas le cas, alors de leur dire qu’ils vont mettre la business en vente. L’idée n’est pas de leur mettre de la pression, mais de les mettre sur le spot. »
Danny Tremblay, conseiller financier chez IG Gestion privée de Patrimoine

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Piège 4 : Ne pas planifier

« Il faut que ce transfert soit planifié, car émotionnellement c’est une grosse affaire, surtout pour celui qui quitte. Et parfois, il faut que ce soit également planifié sur le plan financier, car ça touche à la fiscalité. »
Danny Tremblay, conseiller financier chez IG Gestion privée de Patrimoine

Solution : Aller chercher de l’aide 

« Aller chercher de l’aide ou des conseils, parce que dans la vie, et ça s’applique à tout, tu ne sais pas ce que tu ne sais pas. Donc s’il y a une stratégie fiscale pour faire la transition et que tu ne la connais pas, bien tu ne le sais pas ! Donc de se prendre d’avance, d’être émotionnellement prêt et d’aller chercher de l’aide ou des conseils sont, je pense, les trois axes importants lors d’un transfert d’entreprise. »
Danny Tremblay, conseiller financier chez IG Gestion privée de Patrimoine