L’économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), Pierre Cléroux

L'urgence d'innover

Innover ou mourir à petit feu. Voilà la réalité à laquelle sont confrontées les entreprises qui tardent à prendre le virage des technologies numériques ou à se réinventer. Le Droit AFFAIRES s’est entretenu avec l’économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), Pierre Cléroux, pour discuter de cet enjeu.

Le Droit AFFAIRES: Y a-t-il une urgence pour les entreprises d’innover?

Pierre Cléroux: Les entreprises qui ne le font pas voient leurs performances diminuer et ont moins de ventes et des profits beaucoup moindres. Il y a donc une urgence. Ce qui arrive, c’est qu’il y a des entreprises qui le font, donc elles deviennent non seulement plus performantes, mais elles offrent à leurs clients des produits et des services qui sont plus performants. 

LDA: À quoi fait-on référence quand on parle d’innovation?

P.C: On parle de deux choses. On parle surtout d’améliorer ce qu’on fait déjà bien. Innover, c’est un mot qui est très large. (...) Ça peut être d’améliorer le produit ou le service qu’on vend, le service après vente ou la façon dont on a accès au marché. Ça peut être même la gestion. Le deuxième aspect dont on parle souvent en innovation, mais qui est moins présent, c’est le fait d’inventer, que ce soit un nouveau produit ou un nouveau service. En anglais on dit un breakthrough innovation. C’est quelque chose qui n’existait pas avant. On peut penser, par exemple, à Tesla qui a inventé la première voiture électrique.

LDA: Que doit faire une entreprise qui souhaite innover? Par où doit-elle commencer?

P.C: C’est de regarder les besoins de ses clients. Ils attachent de la valeur à quoi ? Est-ce à la rapidité ? Est-ce à la qualité ? Est-ce au service après vente ? C’est ça qui est important.  Par exemple, dans le secteur aéronautique, le plus important, c’est la qualité de la pièce, la densité du métal, sa forme et son exactitude. Dans d’autres secteurs, par exemple, si on fait des gâteaux, qu’ils soient un peu plus gros ou un peu plus petits, ça a moins d’importance qu’une pièce en aéronautique. Par contre, le goût aura plus d’importance. Alors il faut s’assurer d’améliorer cette expérience-là, en fonction du secteur dans lequel on se trouve et en fonction des besoins des clients.»

LDA: Qu’est-ce qui fait que certaines entreprises sont plus performantes?

P.C: L’innovation, c’est très large. Par contre, on a regardé les entreprises les plus performantes au Canada comparativement aux autres et on remarque qu’elles investissent davantage dans les « intangibles ». Ce sont les investissements en formation de la main-d’oeuvre, en recherche et développement, en logiciels, etc. Ça démontre clairement qu’il y a un avantage à investir dans l’innovation.»