Le producteur de Pix3 Films, Roch Brunette

Un mandat plus large pour le Bureau du cinéma?

Pendant qu’à Ottawa le maire Jim Watson fait la promotion de sa ville auprès des producteurs américains, à Gatineau, le scénario est moins rose.

Le Bureau du cinéma de Gatineau, chargé de faire la promotion de la région pour y attirer des tournages, a fermé ses portes en décembre dernier. On est loin du moment glamour qu’avait connu le Vieux-Hull, en 2010, avec le tournage du film On the Road, à la Taverne Montcalm et mettant en vedette l’actrice Kristen Stewart.

À la Ville de Gatineau, une porte-parole, Cynthia Lauzon, indique que «l’administration municipale n’a pas reçu de mandat de la part du conseil municipal afin de promouvoir Gatineau comme lieu de tournage pour l’industrie du cinéma».

«C’est malheureux. À Gatineau, on ne voit pas le train passer, contrairement à Ottawa, qui eux ont vraiment su saisir cette manne économique-là», s’exclame Roch Brunette, le producteur de Pix3 Films, une compagnie basée à Gatineau.

M. Brunette, qui a été commissaire du Bureau du cinéma d’Ottawa, de 2007 à 2011, est d’avis qu’Ottawa a bien su attirer les producteurs américains.

«Les industries à Ottawa ont su développer cette niche-là, agir en tant que producteurs de services. Donc les Américains viennent ici, en s’associant avec une boîte canadienne et ils bénéficient d’une certaine forme de financement du Canada», explique-t-il.

M. Brunette avait présenté, en 2012, une étude de préfaisabilité pour l’installation d’un Centre de production multimédia en Outaouais. Le concept, qui n’a pas été retenu, visait notamment à offrir en location à court et à long terme des espaces de studios de tournage pour le cinéma, la télévision et les nouveaux médias, ainsi que des bureaux de production.

Cette étude déplorait le fait que la main-d’œuvre, faute de travail, avait tendance à migrer du côté d’Ottawa, de Montréal ou de Toronto. Et on craignait que cette situation ne s’aggrave si un jour Ottawa créait son propre studio.

Malgré cette réalité gatinoise, plusieurs boîtes de production locales arrivent tout de même à bien tirer leur épingle du jeu. On peut penser à Nish Média, qui existe depuis dix ans, et dont le chiffre d’affaires s’élève à 2,5 millions $ cette année. Pix3 Films a pour sa part un chiffre d’affaires annuel d’environ 900 000 $ et emploie trois personnes à temps plein et une vingtaine de pigistes. Le magicien Daniel Coutu, en couverture du magazine Le Droit Affaires, connaît aussi une belle réussite avec son entreprise Productions Prestigo.

Un mandat pour les deux rives ?

Le commissaire Bruce Harvey indique pour sa part que les bureaux du maire d’Ottawa et de Gatineau sont en discussion pour faire en sorte que le Bureau du cinéma d’Ottawa ait aussi le mandat d’attirer les tournages sur la rive québécoise. Il indique que les deux villes sont en train d’élaborer un protocole d’entente pour élargir le mandat du Bureau.

La situation reste toutefois particulière dans la région, étant donné que les deux villes relèvent de deux provinces. Pour se qualifier à certains crédits d’impôt, les maisons de production locales ne peuvent ainsi pas simplement traverser la rivière pour réaliser leurs productions. Les critères font en sorte qu’elles doivent s’assurer de tourner du contenu dans leur province respective.

M. Harvey souhaite que cette situation change et que les provinces reconnaissent la situation géographique unique de la région de la capitale nationale. Ce n’est cependant pas la première fois que cet enjeu fait l’objet de discussion.