Les États-Unis, le choix des investisseurs

CHRONIQUE - FINANCES / J’aime dire que les investisseurs sont inquiets quand ça va mal et inquiets quand ça va bien. Et le présent marché haussier constaté sur les bourses nord-américaines est possiblement le moins apprécié du dernier centenaire, alors que plusieurs épargnants gardent encore des montants élevés de liquidité dans la crainte d’une éventuelle récession. Soyons clair ici : il y aura une récession.

Il y en a toujours une qui s’en vient dans un cycle économique normal. Mais il est impossible de prévoir l’arrivée de celle-ci et il est habituellement beaucoup plus dommageable d’ignorer le marché des actions pendant une période prolongée que de traverser une récession temporaire. Au moment d’écrire ces lignes, l’indice S&P 500 qui reflète la performance des plus importantes compagnies publiques américaines est à une hauteur historique.

Par contre, la performance du marché américain est une exception mondiale. On y trouve une combinaison de facteurs gagnants tels que des profits record, une faible inflation et un marché élevé de l’emploi que l’on ne retrouve pas ailleurs sur la planète. Un facteur souvent ignoré est l’abondance de capital disponible libellé en dollars US qui explique la croissance actuelle.

L’arrivée des pétrodollars

Il faut retourner 50 ans en arrière pour bien comprendre le phénomène. À la suite de l’effondrement de l’Accord de Bretton Woods et de l’abandon par les États-Unis de l’étalon or traditionnel, les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont signé un accord aux conséquences historiques. Les Américains, en échange entre autres d’une assistance militaire au Moyen-Orient, ont convaincu les pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole de n’accepter que le dollars US pour la vente de l’or noir, élevant ainsi d’un seul coup le billet vert comme monnaie dominante sur la planète.

Au cours des dernières années, pour des raisons de simplicité mais aussi à cause d’une grande confiance envers les systèmes judiciaires et politiques américains, l’effet s’est amplifié. À l’heure actuelle, 90% des échanges commerciaux mondiaux se transigent en dollars américains, même entre pays éloignés et sans connection avec nos voisins du Sud.

Conjuguant une croissance économique exemplaire à un accès quasi illimité au capital, les Américains se sont créé un terrain de jeu fertile au lancement d’entreprises axées davantage sur la croissance que sur les profits. Certaines de ces firmes ont gagné des parts de marché historiquement inatteignables, qu’on pense aux UBER et Amazon de ce monde qui n’auraient jamais survécu aux marchés traditionnels d’investisseurs exigeant un retour rapide sur leurs investissements. 

Mais attention, les investisseurs ne sont pas niais. WeWork a vu sa capitalisation boursière passer de 58 à 8 milliards à la suite de son entrée ratée à la bourse new-yorkaise et son sauvetage par la SoftBank.

Il peut être difficile pour nous de comprendre cet attrait particulier pour les États-Unis, surtout si on tient compte de la gamme des affaires politico-judiciaires qui minent la présidence de Donald Trump. Mais si votre alternative est la Chine et son contrôle absolu du capital, la Russie et ses oligarques ou même l’Europe à l’ère du Brexit, on peut mieux comprendre cet engouement pour la monnaie de l’oncle Sam.

Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles établie à Gatineau.