La directrice d'Option Femmes Emploi, Martine Plourde

Travaux manuels au féminin pluriel

Elles sont chauffeures d’autobus, plombières, charpentières ou mécaniciennes de véhicules lourds. Leur point commun? Elles accordent au féminin des métiers traditionnellement attribués aux hommes. Toutes partagent d’une même voix des récits d’audace et de persévérance, animées par la fierté de décloisonner leur profession. Pour y parvenir, elles ont été épaulées par le programme Non-traditionnel d’Option Femmes Emploi, 20 ans au compteur cet automne. Une initiative déjà bien rodée qui carbure à l’émancipation des femmes sur le marché du travail.

Les raisons de s’inscrire au programme Non-traditionnel, « non-trad » pour les initiés, ne manquent pas : réorientation de carrière, envie d’utiliser à bon escient ses talents manuels ou encore attrait pour la rémunération compétitive des secteurs spécialisés. 

Ce programme unique en son genre peut être proposé à l’issue d’un bilan de compétences, mais pas seulement, présente sa directrice Martine Plourde, en nomination dans la catégorie Femme d'exception aux prix Excelor 2018 de la Chambre de commerce de Gatineau. 

« À Option Femmes Emploi, nous accueillons gratuitement toutes les femmes qui désirent trouver un emploi ou en changer. On les écoute pour les diriger ensuite vers le programme adapté. »

L’organisation Option Femmes Emploi soulignait récemment le 20e anniversaire de son programme Non-Traditionnel. Présentes sur la photo, de gauche à droite, Marianne Lapointe (Option Femmes Emploi), Martine Plourde (Option Femmes Emploi), Kelly-Sun Maisonneuve-Renaud (plombière), Line Thiffeault (directrice générale de la STO), Anissa Rabahi (entrepreneure en services informatiques), Susan Sarazin (technicienne en réparation de machines à coudre), Rachelle Audette (apprentie charpentière), Angelica Hooper (étudiante en charpenterie), Roxane Fortin (apprentie briqueteur-maçon), Julie Tellier (Les Entreprises JYT), Frédérique Dessureault (CD Peintre), Jacqueline Frenette (Vitrerie Latreille), Brigitte Beauchamp (CD Peintre), Nadine Cormier (NC Concept), Nicole Boudreau (Ed Brunet et associés), Ginette Chassé Séguin (ex-membre du conseil d’administration d’Option Femmes Emploi), Sylvie Leblond (Association de la construction du Québec Outaouais / Abitibi / Nord-Ouest du Québec), Jacqueline LaCasse (CÉGEP de l’Outaouais), Marthe Carpentier (présidente Option Femmes Emploi), et Shirley Joan Bouchard (Option Femmes Emploi). Absente de la photo, Vicky Tremblay (dessin en bâtiment), Claudine Leblanc et Annick Caron, toutes deux de la Société de transport de l’Outaouais (STO).

En deux décennies, quelque 500 femmes ont bénéficié du « non-trad » et de son accompagnement spécialisé vers un métier de leur choix où elles sont très peu représentées. Des rencontres régulières avec des conseillers spécialisés peuvent parfois s’étaler sur une année, selon les besoins de la participante. Des groupes de parole les encouragent à « fraterniser », à échanger sur les défis qu’elles partagent. Quête de reconnaissance, conciliation travail-famille, conseils d’intégration, les ateliers répondent à des besoins concrets. 

Deux décennies d’évolution

La directrice mesure le chemin parcouru en comparant les préoccupations d’hier à celles d’aujourd’hui. 

«Avant, les participantes avaient surtout besoin de soutien pour apprendre à faire face à des situations malaisantes. Aujourd’hui, elles viennent vers nous avec des questions plus techniques, en se demandant par exemple où trouver des bottes de chantier quand on chausse du 5.»

Il faut dire que les mentalités ont évolué au sein des entreprises, note Martine Plourde. Certainement le résultat d’une démarche menée en amont auprès des entreprises sensibilisées aux besoins spécifiques des travailleuses. En 20 ans, plus de 400 entreprises ont pris part à des activités. Des projets de recherche, des colloques et autres événements publics ont été conçus pour mobiliser les acteurs du milieu sur l’intégration des femmes dans les secteurs automobiles ou de la construction, par exemple. 

Un programme de bourses d’étude récemment élaboré a déjà permis à 10 participantes d’en bénéficier. Le financement sert à amortir les frais de formation, par exemple, ou les coûts associés au premier achat d’un équipement spécialisé. 

Enfin, le 20ème anniversaire a surtout été l’occasion de mettre en avant quelques parcours exemplaires de participantes ayant réussi dans un métier non-traditionnel. 

Comme l’a souligné la coordinatrice de projet Marianne Lapointe dans son discours d’anniversaire, l’un des principaux obstacles dans le choix d’une carrière non-traditionnelle, c’est encore le manque de modèle auquel s’identifier.