Entre Robinson Crusoé 
et Steve Jobs

Les «technomades», vous connaissez? Il s'agit d'un mot pour définir ces nouveaux travailleurs autonomes sans domicile fixe qui se dorent la pilule au soleil pendant que les autres suent sang et eau sur des chaînes de montage ou derrières les paravents d'édifices gouvernementaux. Pour plusieurs, être «technomades» correspond au fantasme professionnel du XXIe siècle.

Avec l’arrivée de technologies informatiques toujours plus légères, plus autonomes et plus polyvalentes, on n’aurait plus besoin de bureau pour faire du boulot. Après l’ère du télétravail à la maison, on a poussé l’audace jusqu’à pouvoir gérer ses affaires dans des lieux exotiques. 

Un bureau au bout des doigts sur une plage à Pattaya en Thaïlande? Ce serait possible… Nous sommes entrés dans l’univers de ce que plusieurs auteurs, bloggeurs et vloggeurs appellent le «nomadisme digital».

Ce croisement entre Robinson Crusoé et Steve Jobs, on y a tous pensé, mais la plupart n’ont pas fait le saut.

Deux jeunes entrepreneurs de Gatineau ont voulu assouvir leur appétit pour le voyage, tout en gagnant leur croûte, en partie par le biais des dernières technologies et ce, sur la route. C’est le saut dans le vide qu’ont récemment tenté Gabriel Vaugeois et Maya Dib de Gatineau.

Après une mise à pied particulièrement affligeante qui a engendré une remise en question chez Gabriel et une pause académique pour Maya après l'obtention d'un baccalauréat en musique à l’Université d’Ottawa, nos deux baroudeurs ont tenté le tout pour le tout et se sont d’abord retrouvés en Amérique latine. Huit pays dévorés en un an, mais de façon on ne peut plus improvisée.

«On a fait beaucoup d’erreurs; on s’est planté pas mal souvent», raconte Gabriel (dit Batailleur) Vaugeois, 25 ans. «C’est pas nécessairement facile et si c’était le cas, tout le monde le ferait.»

«Il y a eu des moments difficiles», avoue Maya Dib, également 25 ans. 

«Des fois, je me demandais : est-ce que je vis un rêve utopique?», enchaîne Gabriel.

Après le Pérou, le Chili, la Colombie, le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala, le Mexique et Cuba en 2015-2016 – Gabriel et Maya reviennent au bercail à Gatineau pour faire le point et retenter l’expérience, mais de façon moins anarchique et improvisée.


Deuxième essai 

Repartis le 15 septembre dernier, Le Droit les a joints à La Paz, capitale de la Basse-Californie du Sud au Mexique. Cette fois, les jeunes disaient être occupés près de sept heures par jour dans l’appartement qu’ils y ont loué pour répondre aux exigences de leurs multiples chapeaux : Maya donne des cours d’anglais à des Chinois de Beijing par Internet, pendant que Gabriel répond à des appels d’offres, trouve des clients sur LinkedIn et décroche des contrats d’optimisation et de référencement de sites web. 

Nos deux micro-entrepreneurs ont aussi de la suite dans les idées pour trouver de quoi mettre dans leur assiette : ils commencent à vendre des photos de voyage sur iStockphoto, une banque d’images détenue par Getty Images; ils ont également ouvert boutique sur Etsy, un site de vente en ligne spécialisé dans les créations personnelles et le vintage. Ils y vendent des vêtements usagés. 

Ils ont aussi lancé ce qu’ils appellent une «web-série de voyage» sur YouTube qui compte déjà 93 clips amateurs d’éditos personnels sur leurs pérégrinations. 

Les deux aventuriers avouent ne pas faire fortune, mais nous assurent manger à leur faim. 

«C’est pas pour tout le monde. Y a des gens qui le prennent mal et qui pensent qu’on dit que c’est la clé ultime du bonheur et que les autres vivent mal leur vie», explique Maya qui avoue que sa famille ne comprend pas vraiment ses choix. 

«Ça prend du temps, ça prend peut-être même quelques années pour construire quelque chose comme ça, mais tu peux le faire. (…) C’est presque du bénévolat pour les premières années, mais lentement, graduellement, ça se développe, ça devient ton entreprise. (…) Faut être vraiment sûr que c’est ça que tu veux faire, que ça soit ta passion. (…) Ça a l’air un peu quétaine à dire, mais tu vas surtout être riche dans l’âme,» conclut Maya, qui comme son copain, est aussi musicienne, chanteuse et compositrice. 

Durant ce second périple, après le Canada, la côte ouest américaine et maintenant le Mexique, nos nomades espèrent aller rejoindre des amis au Guatemala dans un atelier qui produit du kombucha. 

Devraient suivre, le Moyen-Orient, l’Asie, l’Europe et… Gatineau, d’ici cinq ans, si tout va bien.