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Martin Lalonde
Collaboration spéciale
Martin Lalonde

Splendeurs et misères des étoiles de la finance

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Sur les marchés d’aujourd’hui, il y a un nom qui est sur toutes les lèvres, celui de Cathie Wood, fondatrice et chef des investissements de Ark Investment Management, une firme derrière le plus grand fonds activement géré négocié en bourse. Elle a été nommée meilleure sélectionneuse d’actions pour 2020 par plusieurs médias et le rendement de son fonds principal, ARK Innovation ETF, a été de 153 % cette même année.

Comme vous pouvez l’imaginer, à la suite de ces rendements spectaculaires, la firme a connu une croissance absolument phénoménale de ses actifs sous gestion, passant de 3 milliards en janvier 2020 à 35 milliards douze mois plus tard.

Bien qu’on ne puisse que lever notre chapeau sur cet excellent travail, il y a un phénomène ici qu’on peut clairement identifier : la naissance d’une étoile de la finance dont l’influence devient démesurée. Tous les médias se l’arrachent et un mot dans une conférence ou un gazouillis peut modifier la capitalisation boursière d’une entreprise de plusieurs milliards quasi instantanément. Ses interventions deviennent paroles d’évangile et des milliers d’investisseurs tentent de calquer ses décisions financières.

Mais ce phénomène n’est pas nouveau et l’histoire des gestionnaires étoilés est fascinante. Le plus connu de tous est Gerry Tsai, qui débuta chez Fidelity au début des années 1960, une période qui recevra plus tard le qualificatif d’années à go-go sur les marchés. Tout comme la danse du même nom, les marchés boursiers deviennent très rapides et source de joie intense !

Gerry Tsai révolutionne la gestion des fonds mutuels. Ceux-ci sont, à cette époque, excessivement conservateurs dans leur approche. La prudence est de mise, les dividendes sont la principale source de rendement, la diversification est nécessaire et la conservation du capital est l’objectif ultime.

Le gestionnaire favorise l’approche de suivi des tendances et il opte pour les entreprises en grande croissance comme Xerox et Polaroid, les Apple et Tesla de l’époque. Après un rapide succès éclatant, il quitte Fidelity pour créer son propre fonds : le Fonds Manhattan. Alors qu’il espérait capitaliser autour de 25 millions, la somme de départ est de 250 millions, un chiffre jamais vu à l’époque.

Malheureusement pour lui, ce qui devait arriver arriva. Alors que le marché haussier ralentit à la fin des années 60, il s’effondre totalement au printemps 70. Et ce sont les titres de type croissance liés au secteur technologique qui sont les plus touchés. Electronic Data Systems perd 85 % de sa valeur, Polaroid 64 %. Durant cette période, le Fonds Manhattan perd 90 % et sera éventuellement liquidé.

Dans le cas du Fonds Manhattan, ce sont ceux qui ont investi vers la fin du marché haussier qui seront les plus touchés. Et c’est ici que le lien avec Cathie Wood est particulièrement révélateur. La majeure partie des détenteurs de parts actuels du fonds Ark Innovation ETF n’ont pas profité des gains extraordinaires du fonds, car ils viennent tout juste d’y investir.

Malheureusement pour eux, l’histoire des marchés boursiers a la fâcheuse habitude de se répéter…


Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les Investissements Rivemont, une institution financière gatinoise spécialisée en gestion de portefeuille.