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L’agriculture se transforme au féminin (partie 1 de 3)

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
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Au fil des décennies, qu’est-ce qui a changé pour les femmes en agriculture ? En fait, à travers le temps, le rôle des femmes n’a pas autant changé qu’on le pense, juge la présidente des Agricultrices du Québec, Jeannine Messier, qui croit plutôt que maintenant, ce rôle est simplement « mis en lumière ».

Le travail des femmes a toujours été un facteur essentiel à la pérennité des fermes mais, selon elle, la différence aujourd’hui, c’est qu’on le reconnaît, on le rémunère et on le salarie. 

Même son de cloche pour l’agricultrice d’Embrun, Sandra Clément.

« Je suis une femme en agriculture, et je peux vous dire que la responsabilité de la femme est très similaire à ce qu’elle était à l’époque. Mais avec l’évolution, on a appris à faire notre place. »

Celle-ci œuvre aux côtés de son  conjoint. Ensemble et avec l’aide de leurs trois filles, ils s’occupent de leur exploitation agricole.


« En agriculture, il y a une stigmatisation voulant que c’est la place des hommes. Moi, j’ai toujours eu ma place ici. Mon mari et ses parents m’ont toujours fait une place, ils m’ont fait confiance et c’est comme ça que je suis tombée amoureuse de l’agriculture. Je suis pleine de reconnaissance envers eux, ils m’ont fait voir que j’étais autant capable qu’un homme. »
Sandra Clément

Agricultrice à Noëlville, une petite localité ontarienne sise près de Sudbury, Sylviane Beaulieu souligne aussi que son domaine n’en est pas un dominé par les hommes, contrairement à la croyance populaire.

C’est simplement qu’auparavant, « les femmes n’étaient pas reconnues, surtout légalement ». 

Celle qui a fait le choix de reprendre la ferme familiale de son conjoint raconte que lorsque sa belle-mère signait un chèque, elle ne signait pas son propre nom, mais bien celui de son époux.


« « Sur les chèques, ce n’était pas Rolande Beaulieu, mais bien Mme Michel Beaulieu. C’était l’homme, tout simplement. On voit davantage la femme dans un rôle de propriétaire, maintenant, au même titre que son mari, plutôt que la petite femme en arrière. » »
Sylviane Beaulieu
Sylviane Beaulieu

Le cautionnement du conjoint

Jusqu’à une époque pas si lointaine, les femmes qui désiraient se lancer en affaires frappaient encore le mur de l’indépendance. 

Au Québec, ce n’est qu’en 1980 que les femmes œuvrant dans l’industrie ont obtenu le statut de productrices agricoles. Néanmoins, à l’époque, elles ne pouvaient toujours pas obtenir des parts de l’entreprise. 

Après avoir été productrice de porc et de grandes cultures sur la ferme de son conjoint pendant 28 ans, Jeannine Messier est propriétaire de la Ferme Équinoxe depuis 2010, une entreprise québécoise établie à Saint-Pie de Bagot et spécialisée en culture maraîchère et céréalière avec un volet agrotouristique.

En 2010, le conjoint de Jeannine Messier a dû co-signer sa demande d’emprunt à la banque pour qu’elle puisse concrétiser son plan d’acheter sa propre ferme. « Ce n’est que depuis le début des années 1990 que les femmes de plus de 40 ans n’ont pas besoin du cautionnement de leur mari pour emprunter », rappelle-t-elle d’ailleurs.

La situation change

Quand Sandra Clément a commencé à assister à des conférences et à des webinaires portant sur l’agriculture, il y a 15 ans, elle pouvait compter sur une seule main le nombre de femmes présentes. « Tranquillement, la présence de la femme indépendante se fait plus sentir. Les jeunes femmes aussi, on voit beaucoup plus de jeunes femmes arriver dans le domaine. »

Aujourd’hui, plus de la moitié des nouvelles entreprises agricoles sont démarrées par des femmes, fait d’ailleurs savoir l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO). 

De plus en plus de femmes reprennent les entreprises agricoles familiales, et c’est notamment la gente féminine qui établit la relève, note l’organisme.