Martin Lalonde
Collaboration spéciale
Martin Lalonde

Les FNB, de vertueux à vicieux

CHRONIQUE - FINANCES / Les marchés haussiers se terminent souvent par une baisse marquée et rapide du cours des actions, un événement connu sous le terme crash boursier. Quoi qu’il soit très ardu de prévoir un krash, il est habituellement facile d’en expliquer les causes a posteriori. Celles-ci sont la plupart du temps directement liées aux subjacents du marché haussier qui se termine. 

Les exagérations boursières peuvent, selon moi, être classées en trois grandes catégories, ci-dessous en ordre d’apparitions historiques (notez que deux catégories peuvent et vont habituellement se conjuguer) :

  1. Les avancées technologiques, telles que l’Internet et le chemin de fer;
  2. La hausse du capital disponible des ménages;
  3. Les changements structurels à l’accès aux marchés boursiers et à ses opérations;

Cette troisième catégorie est celle que nous étudierons plus en profondeur dans cette chronique.

Au début du siècle dernier, un investisseur sérieux et responsable se devait de détenir exclusivement des obligations dans son portefeuille, les actions étant trop risquées et réservées aux spéculateurs. C’est en 1924 qu’un obscur économiste et conseiller financier du nom de Edgar Lawrence Smith démontra dans son légendaire livre Common Stocks as Long Term Investments que les actions sont importantes, à long terme, dans tous portefeuilles afin d’obtenir un rendement satisfaisant. L’influx de capital vers le marché des actions qui s’ensuivit est ce que j’appelle un changement structurel progressif à l’accès aux marchés boursiers. Et c’est certainement l’une des causes du marché haussier des années 20 et du célèbre krash de 1929.

Plus près de nous, en 1987, la science s’invite dans la gestion financière pour créer l’assurance de portefeuille, une stratégie permettant à un gestionnaire de limiter ses pertes potentielles en utilisant des produits dérivés sur les grands indices. Malheureusement, la méthode s’emballe le 19 octobre et les grandes bourses perdent entre 20 et 30% en une seule journée. Cette fois là, ce sont des changements structurels aux opérations des marchés qui sont responsables de la catastrophe.

Présentement, que ce soit directement auprès de son courtier ou en ligne avec un conseiller robot, tous ont maintenant accès aux fonds négociés en bourse ( FNB ). De par sa nature souvent passive, le FNB ne fais aucune analyse et investit toutes ses liquidités disponibles directement dans le marché. De plus, comme la plupart des FNB sont basés sur la capitalisation boursière, ils achètent automatiquement les plus grandes entreprises, même si celles-ci sont souvent surévalués. Le FNB fait donc le contraire de ce qu’on s’attendrait du gestionnaire consciencieux : il achète ce qui a le plus monté. Comme un système de Ponzi, tout va bien tant que de nouvelles liquidités arrivent sur le marché..

Imaginez un instant le moment où la roue se retourne, et que le cercle passe de vertueux à vicieux. Le FNB qui reçoit un ordre de vente vend davantage les plus grandes compagnies, car c’est ce qu’il détient le plus, et fait baisser le marché, entraînant de nouvelles ventes, et ainsi de suite.

La trop grande popularité des FNB causera sa perte et celle, temporairement, des marchés. Et vous ne pourrez dire que personne ne l’aura venu venir.


Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles établie à Gatineau.