L'entrepreneure Ashley Cyr, une enquêtrice privée dans la grande région d’Ottawa.

Prendre le succès en filature

Un proverbe français avance que le secret est l’âme des affaires. S’il y a bien quelqu’un qui a bien saisi cette expression, c’est Ashley Cyr, une enquêtrice privée dans la grande région d’Ottawa. Dans ce créneau assez mystérieux, teinté à l’occasion de scènes hollywoodiennes, la vérité est l’ultime résultat convoité. Portrait d’une entrepreneure pleine d’ambitions qui exploite adroitement la discrétion.

On peut difficilement s’imaginer la quantité de scénarios tumultueux que vivent certains individus. Ashley Cyr en sait quelque chose, elle qui reçoit au moins cinq appels quotidiennement afin que ses services de filatures, de demandes d’informations ou d’investigations spécialisées soient obtenus.

« Il y a en effet une forte demande pour mes services d’enquête , raconte d’entrée de jeu la fondatrice de la firme Private Eye Investigations. « J’ai le devoir de trouver des réponses à des questions souvent très sensibles. Nous devons être très méthodiques, car le ¾ des informations que l’on aura dévoilées à nos clients finiront par servir lors de procédures judiciaires. » 

L’enquêtrice est maintenant reconnue dans son milieu, malgré les stéréotypes propres à ce type d’entreprises. La finaliste aux « Business Women of the Year Awards » en 2016, dans la catégorie entrepreneure émergente, a su faire son bout de chemin dans ce domaine.

La quête qui mena aux enquêtes

La première et la plus fondamentale des quêtes d’Ashley Cyr a débuté lors d’une importante remise en question face à son cheminement. Les conditions d’emploi au sein du gouvernement fédéral ne comblaient pas la jeune cadre qui entremêle à l’époque les voyages et une dégradation tranquille de son enthousiasme. « Ce qui devait arriver arriva. Je suis tombé malade en 2015. Cette détresse psychologique m’a forcé à me retirer et à chercher une alternative à cet emploi routinier », se souvient-elle.

Une conversation avec une amie vient plus tard éveiller un intérêt enfoui. En abordant la profession d’enquêteur privé, Ashley ramène à la surface l’ambiance qui régnait à la maison pendant son enfance. Ses parents travaillaient pour les services secrets dans la région.

« Je me suis rendu compte que j’étais instinctivement discrète et organisé. Ces caractéristiques idéales et l’accessibilité à la formation m’ont poussé à saisir ma chance », raconte celle qui n’a pas tardé à être officiellement accréditée. Aussitôt en règle, aussitôt en affaires. Les conditions d’emploi plutôt médiocres qu’offraient les autres firmes et le souvenir amer d’être une salariée faciliteront considérablement sa décision de devenir femme d’affaires.

Des clients partout sur le globe

Au cours de la même année, Ashley Cyr fonde Private Eye Investigations. Depuis le printemps 2016, une centaine d’enquêtes ont été complétées avec un taux de réponses octroyées aux mandants de 98%.

Son équipe de huit personnes s’affaire tous les jours à servir une clientèle en croissance. « Des gens de partout dans le monde ont des intérêts et des besoins dans la capitale fédérale. Nous avons notamment des clients d’Arabie Saoudite, d’Inde et de Chine », affirme-t-elle fièrement.

Les motivations de sa clientèle varient beaucoup. Des filatures, des cas d’aventures extraconjugales, des besoins d’informations pour des employeurs, des analyses de profils, des problématiques liées à la fraude, la liste des services sont impressionnants et personnalisés.

Risques et croissance

Avec une profession atypique viennent des situations inusitées. « J’ai le devoir de protection de mon équipe et cela doit absolument être mis au-devant des envies de clore rapidement un mandat », mentionne l’entrepreneure.

« Les individus qui découvrent qu’ils sont en filature ou au pied du mur deviennent imprévisibles. Par exemple, une mise en scène qui avait pour but de révéler une aventure extraconjugale aurait pu tourner au vinaigre. Une personne fortement intoxiquée est devenue vraiment agressive et en me dissimulant, j’ai pu l’entendre avancer vers moi grâce au son métallique de son bâton de baseball qui frottait au sol », ajoute Ashley Cyr. Heureusement, personne n’a été blessé au cours des nombreuses enquêtes et la discrétion des opérations reste la meilleure prévention.

L’année 2018 sera importante pour Private Eye Investigations. Le processus d’obtention d’une licence d’opération pour le Québec est en cours, tout comme celui de l’incorporation de l’entreprise. « Je souhaite embaucher deux autres enquêteurs pour effectuer une centaine de mandats, cette année seulement. Mon idéal serait aussi de continuer à enseigner ma profession, ce volet est vraiment une passion », confie celle pour qui ce domaine rempli de secrets en a de moins en moins.