Le dernier budget fédéral 2018 a sûrement laissé sur leur faim plusieurs dirigeants d’entreprises

Budget fédéral 2018 et les entreprises: l’incertitude persiste

Le dernier budget fédéral 2018 a sûrement laissé sur leur faim plusieurs dirigeants d’entreprises qui espéraient des mesures spécifiques pour soutenir l’économie face à l’incertitude créée par les discussions difficiles sur l’ALENA (l’Accord de la libre-échange Canada-États-Unis-Mexique) et les réductions d’impôt des compagnies annoncées récemment par le gouvernement américain.

« L’incertitude, le secteur privé n’aime pas cela. Tant que les négociations sur l’ALENA ne sont pas terminées, elle persistera. Est-ce que le gouvernement aurait pu faire quelque chose dans son budget ? Il est encore tôt pour le savoir. Certains disent oui, d’autres non. Il n’y a pas vraiment de consensus là-dessus », avance la professeure  titulaire à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

Selon elle, le gouvernement Trudeau n’est pas aussi proche des entreprises que le gouvernement conservateur précédent. Et le budget 2018 en a donné un aperçu.

« Sa vision est distincte, plus près de la classe moyenne. Avant, sous les conservateurs, les entreprises étaient le moteur de l’économie, alors que le discours du gouvernement libéral est que l’économie va aller mieux si les particuliers ont de bons emplois et gagnent plus pour faire progresser l’économie... L’économie va quand même bien. Oui, il y a un déficit, mais on stimule l’économie en regardant à long terme, pas juste cette année. C’est donc normal d’étendre l’effort fiscal. »

Dans l’attente

Le silence total du budget au sujet de l’ALENA et de la réponse du gouvernement canadien face à l’importante réforme de la fiscalité des entreprises américaines pourrait se justifier du côté du gouvernement canadien puisqu’il reste encore de nombreux inconnus sur l’effet néfaste des changements annoncés et à venir.

« Le silence du gouvernement sur ces questions peut se justifier par le fait qu’on ne connaît pas encore l’effet direct des négociations et des changements à la fiscalité des entreprises. Ce sont des questions complexes. Par exemple, il faut reconnaître que la réforme fiscale du côté américain va augmenter la dette, ce qui va aussi amener de l’incertitude, des taux d’intérêt à la hausse et plus d’inflation. Alors qu’ici, la dette, c’est une affaire qui reste gérable. Plusieurs pays envient notre situation », soutient la professeure Tellier.

Le dernier budget canadien du ministre des Finances Bill Morneau, qualifié de féministe, a prévu des mesures pour soutenir les femmes en entreprise, notamment en injectant 1,4 milliards $ sur trois ans pour soutenir la croissance d’entreprises dirigées par des femmes, et en  mettant sur pied un programme en faveur de l’équité salariale pour les entreprises sous juridiction fédérale. Les compagnies qui font des affaires avec le gouvernement fédéral pour des contrats de plus d’un million $ seraient elles aussi touchées puisqu’elles devront y adhérer.

« Ces mesures pour l’équité salariale pourraient avoir une influence sur plusieurs entreprises de la région de la Capitale nationale qui sont sous juridiction fédérale ou qui font des affaires avec le gouvernement fédéral », explique Mme Tellier.

Phénix à la poubelle

Parmi les autres incertitudes qui persistent, il ne faut surtout pas oublier les impacts négatifs sur l’économie régionale des ratés du désormais célèbre système Phénix, qui traite les paies des employés la fonction publique fédérale.

Puisqu’ils restent dans le doute à chaque paie, les employés fédéraux peuvent être frileux à l’idée de dépenser, ce qui a des répercussions sur les commerces et l’économie en général. Maintenant que le gouvernement a décidé de mettre Phénix à la poubelle et de le remplacer par un autre système, il y a peut-être une lueur d’espoir. Mais encore faudra-t-il patienter plusieurs années.

« L’incertitude va arrêter quand on va régler le problème de Phénix. Ce qui est un peu rassurant, c’est que le gouvernement démontre qu’il est conscient des problèmes et qu’il va chercher un autre système. Cela aurait été pire si aucune décision n’avait été prise. Toutefois, on ne connaît pas encore toutes les sommes qui devront être investies et ça risque de prendre plusieurs années », termine la professeure Tellier.