À l’aube de la cinquantaine, la femme d’affaires Anne-Marie Éthier ne voit pas le jour où elle ralentira la cadence.

Anne-Marie Éthier: l’équilibre avant tout

« Les femmes ont fait de grands progrès. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire ». Cette phrase, Anne-Marie Éthier me la répétera à plusieurs reprises pendant l’entrevue. Après avoir passé les 25 dernières années dans le monde des affaires, un milieu longtemps réservé aux hommes, elle sait de quoi elle parle.

Anne-Marie Éthier est comptable. Elle a commencé sa carrière en Haute-Gatineau, à Maniwaki précisément. Elle est maintenant associée chez Deloitte, l’un des plus grands cabinets de services professionnels au Canada avec 9 335 employés.

« Quand j’ai eu mes enfants, à Maniwaki, au début des années 2000, je travaillais dans le privé, au cabinet de mon père. Il n’y avait pas de congé de maternité à l’époque, pas d’assurance-emploi pour les mères. Je suis retournée travailler assez vite. Les femmes ont fait des gains depuis ce temps-là », constate la femme d’affaires. « Mais encore aujourd’hui, ce sont les femmes qui sont responsables de l’agenda familial, les choses n’ont pas beaucoup changé de ce côté », ajoute-t-elle.

Elle voudrait que les femmes aient plus de modèles féminins à qui s’identifier, pour montrer la voie. Mais ce ne sera pas suffisant. « Il faut aussi changer les modèles masculins pour faire évoluer la société, » dit-elle. Elle reconnaît que c’est par l’audace que les choses changeront. Encore là, il y a beaucoup de chemin à faire, répète-elle.

Madame Éthier, elle, aura eu tout un modèle au cours de sa carrière. Lorsqu’elle a déménagé à Montréal, elle a travaillé sous les ordres de Monique Leroux, une femme d’affaires aguerrie qui deviendra, quelques années plus tard, présidente du Mouvement Desjardins. « C’est une femme extraordinaire. Encore aujourd’hui, il m’arrive de l’appeler pour avoir ses conseils », raconte madame Éthier.

Puis, elle parle des hommes qui ont jalonné sa carrière et qui l’ont influencée. Son ancien collègue Serge Desrochers. Et son père Donald G. Éthier. Son premier modèle, un comptable, comme elle. Elle a passé 10 ans dans son cabinet de Maniwaki, et n’en a gardé que de bons souvenirs.

Elle n’est pas la seule à avoir apprécié le travail de son père. Donald Éthier a obtenu le titre de Fellow CPA, une reconnaissance par les pairs. Elle aussi, c’était en 2014. « J’en suis très fière. C’est un titre qui ne s’achète pas. » En 2015, elle est élue personnalité de l’année par la Chambre de commerce de Gatineau, pour ses réussites professionnelles et personnelles.

Entrepreneure dans l'âme

« Quand j’étais jeune, je savais que je voulais être en affaires », lance Anne-Marie Éthier. D’ailleurs, elle se voit avant tout comme une entrepreneure, plutôt que comptable. Dans son quotidien, elle veille à la bonne marche du cabinet de Gatineau, qui compte 25 employés, elle doit développer de nouveaux marchés, atteindre des objectifs financiers, s’occuper des ressources humaines, autant de tâches variées qui sont le propre des travailleurs autonomes. Et les défis sont nombreux, notamment la rétention du personnel. « Les jeunes aujourd’hui ont besoin de reconnaissance, d’être valorisés. Ils cherchent plus la conciliation travail-vie. Il faut s’occuper de la relève si on veut la garder », note-elle.

Elle continue cependant de s’occuper de sa clientèle des deux côtés de la rivière, qu’elle dessert dans les deux langues officielles. « Je porte beaucoup de chapeaux, c’est ça qui m’allume, C’est un bel équilibre. » Un autre mot qui reviendra souvent pendant l'entretien. Équilibre au travail et aussi avec la famille, son refuge. « Le repos, c’est être à la maison, devant le foyer, avec mes proches, un verre de vin. » 

Autrement, le repos se trouve dans les voyages. Cet équilibre, Mme Éthier tente également de le retrouver à l’extérieur du bureau. Elle a, par exemple, présidé la campagne de Centraide en 2014, elle siège au conseil d’administration du Centre de pédiatrie sociale. Elle a œuvré pour la Fondation Santé Gatineau, la Fondation canadienne du cancer, etc. Un engagement dans la communauté qui lui vient de ses parents et qu’elle espère transmettre à ses enfants. «J’aime les gens, je suis une fille d’équipe », dit-elle.

À l’aube de la cinquantaine, la femme d’affaires ne voit pas le jour où elle ralentira la cadence. L’avenir, dans 10 ans? C’est très loin encore. « Peut-être que je me lancerai en affaires avec mes enfants? ». Le présent occupe tout l’espace.

Elle constate cependant qu’avec le temps, elle aime conseiller les plus jeunes, être en leur présence. Sans s’en rendre compte, elle devient mentor à son tour. Un modèle, même?

Sûrement, car il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, dirait-elle.