Le directrice générale du Groupe ADGA, Françoise Gagnon

Une femme de tête

Rien, mais vraiment rien ne la destinait au poste qu’elle occupe.

Françoise Gagnon dirige une importante entreprise canadienne du domaine de la sécurité, de la défense et de l’informatique, un monde d’hommes avant tout. Le groupe ADGA fournit des conseils de sécurité à la Défense nationale, à la Marine canadienne, à la Gendarmerie royale du Canada et à Transports Canada depuis plus de 50 ans.

«J’avais une très bonne carapace», raconte, sourire en coin, la directrice générale du groupe ADGA depuis maintenant cinq ans.

Mais il fallait un peu plus qu’une carapace pour gérer des centaines d'employés et faire grimper les revenus de l’entreprise de 50% en l’espace de cinq ans.

Françoise Gagnon est née à Lucerne (Aylmer) de parents Franco-ontariens. Elle complète des études à l’Université Carleton sur l’Europe de l’est et l’Union soviétique, où elle apprend le russe. Elle étudie une année à la Sorbonne à Paris puis passera les 10 années suivantes à la maison à élever ses trois enfants. Plus tard, elle occupera plusieurs postes en communications chez Telus, Centraide Ottawa et même auprès de l’ancienne ministre libérale Lucienne Robillard. Puis, en 2013, son destin bifurque. Son père, Denis Gagnon, qui avait créé à Ottawa la compagnie ADGA en 1967, lui demande d’en prendre la relève. La femme, qui ne connaissait rien au domaine, saute dans l’aventure.

Nouvelle carrière

«Toute de suite, je me suis bien entourée», précise Mme Gagnon. Son conjoint, John Jarvis, qui dirigeait l’hôtel Westin à Ottawa depuis des années, abandonne tout lui aussi et devient directeur des finances chez ADGA. «J’avais quand même une bonne tête d’affaire, ce n’était pas juste une question de chance, ajoute-t-elle. Je n’ai pas besoin de savoir comment lancer un satellite, mais je dois savoir comment gérer une équipe pour réussir.»

Le directrice générale du Groupe ADGA, Françoise Gagnon

Mais la courbe d’apprentissage sera abrupte: la défense nationale, la cybersécurité, l’ingénierie, la gestion de 500 employés (à l’époque), voilà des gros morceaux à digérer et ce, très rapidement.

«Mon premier rôle a été de donner une vision à la compagnie», explique celle qui est devenue du jour au lendemain la nouvelle directrice générale du groupe ADGA. Elle met sur pied peu après son arrivée un groupe conseil consultatif stratégique pour orienter l’entreprise vers de nouveaux horizons, avec notamment le général à la retraite Raymond Hénault. Elle comprend que la compagnie a besoin de diversifier ses revenus dans le secteur privé pour ne pas dépendre uniquement de contrats fédéraux et elle amorce un processus de transition.

C’est dans cette perspective que l’an dernier, ADGA a acheté Extravision, une compagnie québécoise spécialisée en sécurité matérielle, puis a acquis Presidia, d’Ottawa, qui s’occupe de la protection des personnes. Ces nouveaux partenaires viennent renforcer l’expertise d’ADGA.

Maintenant que la compagnie ADGA vogue avec une nouvelle erre d’aller, reste à trouver la main-d’œuvre pour alimenter la machine. «L’acquisition de talents, c’est notre défi numéro un. Surtout dans un domaine pointu comme le nôtre, où on demande des cotes de sécurité. Par exemple, les immigrants qu’on recrute doivent attendre jusqu’à sept ans pour les obtenir, ça complique les choses.»