Raymond Cyr, patron de l'entreprise Expographiq

Dossier «Exit la retraite»: Travailler pour ne pas mourir

Pendant que certains rêvent toujours à la «Liberté 55», d’autres refusent d’envisager leurs vieux jours en dehors du boulot. Lorsque le train de la retraite est passé, ils l’ont laissé filer sans même hésiter. Matin après matin, décennie après décennie, ils prennent le chemin du bureau sans trop se laisser freiner par les pépins de santé qui, passé les 70, 80 et même 90 ans, font partie du quotidien. Le Droit AFFAIRES s’est entretenu avec ces travailleurs infatigables de la région, hommes et femmes, pour découvrir ce qui les motive à rester dans la parade.

À l’heure où le carrosse de Cendrillon menace de se transformer en citrouille, Raymond Cyr enfile ses souliers, impatient d’aller travailler.

«Je vais mourir ici», lance sans ambages le président-directeur général d’Expographiq, lorsque rencontré dans les locaux de la firme gatinoise où, du lundi au vendredi, il empile des journées de 12 heures de boulot.

«Moi, je vis pour travailler et je dors pour me reposer pour aller travailler», poursuit l’homme qui vient de souffler ses 91 chandelles.

Il faut dire que le père de M. Cyr est décédé un an après avoir pris sa retraite, à l’âge de 84 ans.

«La morale de mon histoire, c’est n'arrête pas de travailler, sinon tu vas mourir», insiste M. Cyr qui soutient n’avoir pris qu’une seule semaine de vacances, à l’occasion de son voyage de noces en 1948.

Ses cinq enfants sont pour leur part tous retraités. «Ils me disent: Papa, tu es heureux, alors continue comme ça.»

Lorsque M. Cyr s’est joint à l’équipe d’Expographiq en 1985, il avait déjà travaillé 40 années chez Allied Papers, où il était responsable d’une usine d’une centaine de personnes à Toronto.

Sa venue au sein de l’entreprise gatinoise, qui offre des services dans le domaine des musées, des expositions, de la conception sur mesure et du marketing 3D, est ainsi devenu son «projet de retraite» et sa «seconde famille».

Le patron arpente d’un pas dynamique les longs corridors de l’entrepôt et salue au passage les employés par leur prénom, les questionnant sur l’avancée des projets en cours.

À l’heure où la plupart des fonctionnaires quittent le bureau, M. Cyr entre dans les bras de Morphée. Puis, hiver comme été, sur les douze coups de minuit, l’oiseau de nuit sort de sa tanière, prenant le chemin du bureau du secteur Hull, depuis Rockland, dans l’Est ontarien, à bord de sa voiture.

Si M. Cyr est maintenant passé maître dans l’art de naviguer sur la toile, tel n’a pas toujours été le cas. Les ordinateurs et autres technologies n’existaient pas à sa naissance et les chevaux faisaient encore partie du paysage urbain du secteur Vanier, à Ottawa, où il a grandi.

«En 1928, il n’y avait pas d’ordinateur. Il n’y avait rien. Je suis très curieux et j’aime ça apprendre», fait valoir le nonagénaire.