Sébastien Demers, Jonathan Fournier et Martin Khalifé de l'entreprise Artblr.com

L’art de créer du lien

Lancé à Gatineau en 2016, artblr.com héberge des milliers d’artistes du monde entier. Il représente bien les possibilités qu’offre le web à des entrepreneurs branchés. Contributif, collaboratif, interactif, Artblr.com s’est donné pour mission de devenir le «Kijiji de l’art». Et vise le million d’artistes inscrits d’ici 2021. Rien de moins !

En quelques années, Internet est devenu un vecteur incontournable du commerce. Le marché du commerce de détail en ligne connaît d’ailleurs une croissance exceptionnelle. Selon Statistique Canada, il a bondi de 17,2% entre 2016 et 2017 tandis que le total du commerce au détail a progressé de 3,4 %. Ce grand chambardement n’a pas échappé à trois entrepreneurs de Gatineau, passionnés d’art, qui ont lancé leur site en 2016. Surfant sur l’engouement pour les réseaux sociaux et l’essor des moteurs de recherche en ligne, ils ont imaginé une plateforme qui permettrait aux artistes de se faire connaître et aux internautes, de magasiner leur œuvre d’art en un clic. Aujourd’hui, le site répertorie quelque75 000 œuvres pour un coût moyen oscillant entre 500 et 1000 $ l’artefact.

« Nous cherchions avant tout à développer un projet autour d’une start-up technologique, se souvient Martin Khalifé, cofondateur du site avec Sébastien Demers. Nous étions nous-mêmes jeunes collectionneurs et l’idée initiale est partie d’un dilemme que nous éprouvions: comment trouver des œuvres d’art d’ici sans forcément connaître le nom des artistes? »

Ainsi naît l’idée d’un site qui répertorie l’art par catégories et géolocalisation. Les deux jeunes quadras, amis de longue date, imaginent une plateforme ouverte où les artistes créeraient leur propre profil mais qui, à la différence d’Etsy ou d’Artsy, fonctionne sans filtre. Un site qui donnerait aux artistes les moyens de leur propre croissance selon le principe de vente directe, donc sans intermédiaire. « Nous ne prélevons pas de commission», tient à préciser Sébastien Demers. Vendeur et acheteur gèrent eux-mêmes leur transaction, à la manière de Kijiji.

Artblr.com repose ainsi sur le même principe d’intermédiation : faciliter la mise en relation entre un vendeur de biens et des clients dispersés à travers la planète. Soixante-quinze pour cent des ventes se font à l’étranger.

Art en ligne, un bon plan ?

L’absence de commissions pratiquées par les intermédiaires, comme les galeristes, signifie aussi l’absence de validation et d’authentification des œuvres par des professionnels, acteurs essentiels du monde de l’art. Pour cela, Artblr.com s’en remet à un algorithme qui calcule la popularité d’un produit en fonction d’un système de pointage. « Nombre de vues, appréciation des internautes, ou encore suivi des artistes contribuent à définir la beauté d’une œuvre », explique Jonathan Fournier, chef de la technologie du projet.

Sébastien Demers et Martin Khalifé

Jusqu’ici, le site a réussi à se développer à partir d’un apport financier initial complété par les revenus engendrés grâce aux abonnements. L’inscription est gratuite pour la mise en ligne de deux œuvres mais elle devient payante si l’on souhaite promouvoir davantage d’oeuvres. Et ça marche : les quelques 1000 artistes inscrits au lancement du site en 2016 ont vu la concurrence affluer. Le prix des abonnements a doublé sans effrayer le consommateur, bien au contraire. Aujourd’hui, le site recense 115 000 abonnés et 15 000 membres forfaitaires partout dans le monde.

« Notre objectif est de conserver une base payante de 10%, espère Sébastien Demers. Nous étudions également la possibilité de partenariats publicitaires et d’outils promotionnels comme les renvois en haut de page qui donneraient une meilleure visibilité au produit ».

Artblr.com continue de prospérer sans rien dépenser en marketing, ou presque: le trafic repose surtout sur la publicité faite par les artisans eux-mêmes sur les réseaux sociaux et par le bouche-à-oreille. «Notre plus grand défi, c’est de nous faire connaître à l’international, reconnaît le fondateur. Gatineau nous offre une bonne force de travail dans le domaine de la haute technologie avec la proximité d’Ottawa mais le risque est de rester concentré sur marché local plutôt qu’international.»

L’équipe travaille actuellement à l’intégration d’un logiciel de blockchain afin de pister toutes les transactions et d’authentifier les œuvres. « Nous étudions l’application de cette technologie au monde de l’art visuel, poursuit-il, pour que le magasinage de l’art soit ouvert et transparent. » Un nouvel outil pour épater la galerie virtuelle, en somme.